‹ Les cancers épithéliaux [electronic resource]Chapitre 61 sur 132 · LES CANCERS É P I T 11 È LI AU X · texte numérisé non relu

LES CANCERS É P I T 11 È LI AU X

tumeur elle-même n'a pu prendre naissance qu'aux dépens de ce tissu. Il base sou opinion sur les faits que la peau recouvrant la masse néoplasique était saine et que par conséquent ce n'est pas elle qui a proliféré ; que dans le tissu étudié il n'existait pas de glandes sudoripares et qu'enfin l'on ne pouvait trouver aucun vestige de division cellulaire dans la tumeur. Ces raisons ne me semblenl pas entraîner fatalemenl la conviction. Il existe dans la peau du dos à l'état normal de nombreuses glandes sudoripares aussi bien que des glandes sébacées. L'auteur a constaté dans la tumeur l'existence de ces dernières. Or il arrive fréquemment que, dans les épithéliomes ou les carcinomes de la peau développés aux dépens des glandes sudoripares, il soit absolument impossible de trouver une seule de ces glandes soit dans le corps, soit au-dessous de la masse néoplasique; tout au plus au pourtour de celle-ci, peut-on rencontrer quelques glomérules eu voie d'hyperplasie. Pour peu que ces glandes lussent rai es et disséminées dans le derme du molluscum, une ou plusieurs d'entre elles ont pu devenir le siège d'une prolifération aux dépens de laquelle s'est constituée la tumeur sans qu'il fût possible de déceler cette origine. Quant à l'absence complète de prolifération des cellules néoplasiques i moquée par M. Chambard peut-être faudrait-il l'attribuer à la technique que l'auteur a suivie, mais qu'il n'indique pas dans son mémoire. L'accroissement rapide de la tumeur dans les dernières périodes de son développement rend peu probable l'hypothèse d'une croissance par simple transformation.

M. Malassez, après avoir partagé les opinions de MM. Cornil et Ranvier, se rallie aujourd'hui à la doctrine de la spécificité, à l'édification de laquelle ses propres travaux ont d'ailleurs porté l'appui le plus solide et la démonstration la plus rigoureuse. L'épiderniisation des bourgeons charnus el les tumeurs épithéliale intramaxillaires constituaient les deux principaux arguments des partisans de l'indifférence cellulaire qui pensaient trouver là des preuves indiscutables de l'évolution épithéliale du tissu conjonctif. La découverte des débris épithéliaux paradentaircs a réduit à néant le dernier de ces deux arguments; le premier, ainsi que nous l'avons vu plus haut, est également à peu près abandonné aujourd'hui.

HISTOGÉNÈSE 109

Il existe encore relativement à l'élément d'origine des tumeurs épithéliales une troisième hypothèse. Pour certains observateurs, en effel 'Recklinghausen, Kcester), un grand nombre de ces tumeurs proviendraient seulement de la transformation de rèndothélium des vaisseaux sanguins et lymphatiques. C'est ainsi que, d'après Gaucher, l'épithéliome de la rate serait un endothéliome ; que, d'après Chambard, le carcinome primitif des ganglions lymphatiques reconnaîtrait la même origine. D'autre part, l'on voit dans la plupart des ouvrages classiques l'endothéliome vrai classé parmi les sarcomes (Sarcome angiolithique de Corxil et Ra^vjer, endothéliome de Ziégler). Bien mieux encore, tous les sarcomes auraient, d'après MM. Monod et Arthaud, une origine endothéliale.

La réalité de l'existence des endothéliomes n'est pas douteuse et les enveloppes des centres nerveux, les séreuses, en général, présentent des altérations néoplasiques dans lesquelles on peut reconnaître tous les caractères histologiques de la cellule endothéliale. Il y a donc lieu d'admettre pour ces tumeurs une semblable origine; mais doit-on en conclure qu'elles constituent des épithéliomes ? (Test ce que nous ne croyons pouvoir admettre.

Il importe, en effet, de remarquer qu'il existe, tant au point de vue embryologique qu'au point de vue histologique et histogénétique, des caractères qui font de l'élément endothélial un groupe à part plus voisin certainement du tissu conjonctif que du tissu épithélial proprement dit.

Tandis que la plupart des épithéliums de revêtement dérivent des feuillets externe et interne du blastoderme, rèndothélium est, comme le tissu conjonctif, le produit d'une différenciation du mésoderme. Tandis également que le tissu épithélial une Ibis formé ne produit jamais par la prolifération de ses éléments (pie du tissu semblable à lui, du tissu épithélial, le tissu endothélial peut toujours revenir à son point de départ embryonnaire pour évoluer dans le sens conjonctif. (Test ainsi, par exemple, que dans le cas d'organisation des thrombus, l'on voit le tissu conjonctif nouveau se constituer indifféremment soit par la prolifération des cellules

no LES CÀNÇERS EPITBELJAUX

endothéliales de leur paroi, soit par celle des éléments conjonctifs de ces mêmes parois (Zikglkk. j>. 98).

Dans la néoformation (les vaisseaux selon les conditions normales ou pathologiques, Ton voit également l'élément endothélial produire par sa multiplication du tissu conjonctif.

Tous ces faits tendraient à démontrer que le tissu endothélial est une différenciation de l'élément conjonctif qui s'organise en vue de jouer le rôle d'un lissu de revêtement, mais que là se borne le caractère commun des tissus endothéliaux et épithéliaux.

Le tissu endothélial est un véritable épithélium conjonctif el les tumeurs d'origine endothéliale n'ont rien de commun avec celles dont nous avons à faire l'histoire.

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