‹ Les cancers épithéliaux [electronic resource]Chapitre 76 sur 132 · LES C A SC ERS ÈPITIIÊLIAVX · texte numérisé non relu

LES C A SC ERS ÈPITIIÊLIAVX

Nous verrons plus loin quel est le sort évolutif des cellules qui constituent le revêtement épithélial des papilles de cette tumeur, lorsque nous étudierons dans leur ensemble les diverses manières de se comporter des éléments cellulaires des eu théliomes de revêtement; bornons-nous à faire remarquer ici que l'observation dont nous luisons mention, qui se rapporte manifestement à un papillome au sens histologique du mot, se trouve clôturée par la mort de la malade qui le portait. Cette malade est morte de cachexie sans généralisation, sans lésions fonctionnelles graves pouvant détourner l'attention et fausser les déductions. Dans ce cas, en effet, ou c'est la tumeur qui. par une action mystérieuse, occasionne la cachexie, ou, ce qui parait plus simple et plus rationnel, c'est la résorption des produits morbides qui empoisonne l'organisme. Là se superpose cependant très probablement une action microbienne due à la présence dans les interstices de la tumeur de bactériacées saprogènes accessoires; il se peut que la malade ait succombé autant à une infection microbienne qu'à une cachexie essentielle mais l'examen des organes en a démontré l'intégrité parfaite et l'intoxication provenait seulement en tous cas de la tumeur et de la décomposition de ses produits.

La deuxième forme de papillome complexe dermique que nous allons étudier, peut être considérée comme le type le plus extrême des papillomes. De même que tous les types de transition, sa place pourrait aussi bien se trouver à la fin de ce groupe qu'à la tète des épithéliomes ; toutefois son aspecl nettement papillaire, sa délimitation bien accusée d'avec les tissus voisins nous permettent autant que les signes cliniques delà considérer comme un euthéliome. Il s'agit d'une tumeur de la face interne de la joue gauche (obs. n° 224, P- 26). La ligure 56 montre une vue d'ensemble effectuée d'après une coupe verticale passant par le centre du néoplasme et intéressant les papilles. Ainsi qu'on peul le voir, le revêtemenl épithélial est continu et ininterrompu, l'évolution s'effectue du centre vers la périphérie e1 les cellules kératinisées formenl à la surface de la muqueuse une couche protectrice qui évite l'ulcération. Et cependant un examen plus approfondi «le ces cellules nous montre cà et. là une tendance à l'isolement, à la globulisation.

EUTHÉLIOMES DE REVÊTEMENT

Certains éléments semblent devancer dans leur marche ceux qui les avoisinenl et se transformer plus rapidement qu'eux en kératine, il en résulte la formation de globes hyalins représentant la globulisation de cellules isolées et comme trop hâtives.

Fie. 54-

Coupe d'ensemble d'un fragment d'un papillome complexe de la région sacrée (198. C. L.). b, espace interpapillaire communiquant avec l'extérieur; d, papille dermique. Gross. 16/1.

Ces cellules sont très intéressantes à étudier, nous en reprendrons tout à l'heure l'examen plus complètement, nous les comparerons à celles du papillome de la région sacrée et nous verrons quel lien génétique les relie à celles-ci aussi bien qu'à d'autres dont nous aurons bientôt l'occasion de parler.

LES C ASC ERS ÈPITUÉLIA UX

Papillomes muco-dermiques. — Nous avons vu que certains épithéliums, comme celui guj recouvre la muqueuse de la vessie el de ht portion membraneuse du canal de l'urèthre, présentaient des caractères communs à ceux des épithéliums franchement muqueux. Nous avons assez longuement établi ces caractères pour ne pas être obligé de revenir ici sur la nécessité de pincer les tumeurs dérivanl de ces épithéliums dans un groupe intermédiaire parallèle à celui que formenl ceux-ci dans la classification histologique normale ci nous entrerons de plain pied dans le sujet en étudiant un papillome développé aux dépens de la muqueuse vésicale.

Le caractère le plus frappant des papillomes vésicaux c'esl la netteté de leur orientation cellulaire. Gomme ils sont constitués par des cellules morphologiquement analogues à celles de répithélium normal, que celles-ci présentent — à l'exception des plus superficielles — la forme de fuseaux ou de raquettes, rien n'est plus net et plus démonstratif que l'agencement d'un revêtement constitué par ces cellules. Sur une coupe longitudinale d'une papille isolée, il est facile de constater la présence d'un axe conjonctif très mince, extrêmement vasculaire, formé d'un tissu lâche limité par une membrane basale d'épaisseur variable, mais toujours assez facile à discerner grâce à sa régularité. Perpendiculairement à cette membrane basale sont implantées des cellules fusiformes dont la première rangée représente la couche basilaire; toutefois cette dernière ne se montre pas ici avec la netteté qu'elle nous offre dans les épithéliums dermiques vrais; dans l'épithélium des papillomes vésicaux, la couche basilaire est indiquée par une zone de cellules plus densément pressées que celles des couches supérieures et dont le corps cellulaire présente un peu moins de développement par rapport à celui du noyau. Les cellules des couches supérieures sont de même peu différenciées de la profondeur à la surface cl celle-ci est assez, brusquement limitée par une on deux assises de cellules aplaties.

En certains points de la tumeur, les cellules épilhéliales du revêtemenl papillaire prennent un aspect spécial qui dans certains cas peut, seinble-t-il, s'étendre à toutes les cellules d'une tumeur, aspect que nous retrouvons chez d'autres

E UT II É 1.1 o M E S DE RE VÊTEMENT

Si. «

¥î» * * ' jjp* (.ira •

néoplasmes épithéliaux d'ordres les plus divers et qui a paru assez, caractéristique à M. Albarran i 89a) pour nécessiter la création d'une classe de néoplasmes à cellules claires (p. 77, fig. i5 . M. Albarran constate (railleurs (p. 78 que ce caractère peut se rencontrer seulement par places dans des tumeurs normalement constituées partout ailleurs. C'est le cas dans le papillome que nous avons sous les yeux.

11 résulte simplement d'un épaississement de la membrane cellulaire accompa.

o-né d'une raréfaction du

plasma et d'une atrophie plus ou moins accentuée du Tiovau. On peut considérer cette apparence comme une l'orme de dégénérescence particulière, une sorte de kératinisation sur place des membranes cellu- '•> ->$4^.®f • T'

laires d'un groupe plus ou • ':}' '/i^aréC • #|'^1É[ * /

moins vaste d'éléments. Je ne pense donc pas qu'il y ait lieu d'en l'aire un type néoplasique normal. La question rentre d'ailleurs

clans celle de l'évolution Fig. >5.

cellulaire Ct nOUS y revieil- Coupe verticale d'un espace interpapillairo ,i„.„., s pi de la tumeur précédente, i.stroma; j>, couche

cirons tout a 1 heure. , .. • a r , ,, '

basilaire; J, coupe transversale d un bour- LeS papillomes milCO- geon; 4, accumulation de cellules cornées dermiques si fréquents SUr P°lyg°nQles ; 5, cellules en voie d'exfoliation; 1 . . (i, cellules résiduelles rejetées vers la surface.

la muqueuse vesicale pa- Gross. l5o/l.

raissent assez rares dans

les autres régions de l'organisme ou se trouve un épithélium cylindrique stratifié ; ceux qui siègent dans les fosses nasales semblent affectionner de préférence la région vestibulaire où

<7<i LES CANCERS ÉPITHÉLIAUX

l'épilhélium est pavhnenteux stratifié; je ne connais point, personnellement, d'exemple de papillome de la trachée.

Papillomes muqueux. — Pour compléter le tableau des papillomes développés aux dépens des trois sortes d'épithéliums dermique, muco-dermique et muqueux, il nous reste à étudier ceux qui prennent naissance sur les muqueuses revêtues d'un épithélium cylindrique simple.

La forme la plus simple de ces papillomes est celle que l'on peut voir apparaître sur la muqueuse de l'estomac à la suite de gastrites chroniques prolongées. Je n'ai malheureusement jamais eu l'occasion de rencontrer un cas de ce genre et me borne à transcrire ici la description qu'en ont donné MM. Cornil et Ranvier. « Si l'inflammation chronique persiste pendant un certain temps, la surface de la muqueuse bourgeonne, le tissu fibro-vasculaire qui sépare les glandes envoie du côté de la surface libre des prolongements en forme de villosités dans lesquelles se trouvent des amas vasculaires. L'épithélium cylindrique n'est pas visible à la surface de ces végétations papillaires, car il est toujours tombé vingt-quatre heures après la mort » (p. a83).

Si dans la plupart des cas le papillome se différencie aisément des tumeurs malignes par son aspect et son évolution, sa détermination histologique est quelquefois beaucoup plus délicate à préciser. Cela lient, ainsi que le font très justement remarquer MM. Cornil et Ranvier, à ce que très souvent les sections portant un peu obliquement sur les bourgeons épithéliaux interpapillaires en imposent pour des coupes de lobules d'épithéliome fig. 55, 3). Or nous avons vu plus haut que la caractéristique du papillome c'est de présenter une couche génératrice continue sans pédiculisation ni étranglement de ses diverticulums. La constatation de ce dernier caractère suffit, niais est indispensable pour éclairer le diagnostic et c'est ce caractère

qu'il est précisément difficile de rechercher et d'établir. 11 existe cependant pour cela un procédé extrêmement sur qui consiste à inclure le fragment à examiner dans la paraffine et à y pratiquer des coupes perpendiculaires en série. Pour peu que les diverticulums épithéliaux soient un peu compliqués, I on

EUTUÊLIOMES DE REVÊTEMENT i77

trouvera sûrement, dans les coupes, des amas séparés que l'on pourrait considérer comme de vrais ilôts d'épithéliome lobulé;

mm.

". mm ■ ^^^^-^^^^

ti^'l * - s pli - ■- :.- - v.

Fig. 56.

Coupe d'ensemble d'un papillome do lu fuce interne de la joue (224 C. L.). a, lobules épithélinux ; b, stromn conjonctif; e, glandes salivaires erratiques ; d, lobules de graisse. Gross. ifi/i.

mais il suffira alors de suivre 1<- même Ilot sur 1rs coupes

CANCERS KPITHÉLIAUX. 12

LES CANCERS EPITHELIAUX

régulièrement sériées pour s'assurer ou bien qifil est réellement isolé (épithéliome) ou bien qu'il ne représente que la coupe oblique ou transversale d'un bourgeon épithélial en connexion avec la couche de Malpighi (papillome).

Albarran (p. 81) donne comme caractère distinctif des papillomes et des épithéliomes le fait que, dans les premiers, il n'existe de tissu conjonctif qu'au centre des lobules épithéliaux, tandis que, dans les épithéliomes, le tissu conjonctif se trouve à la périphérie de ceux-ci. Ce caractère est^ parfaitement exact, mais ne l'est qu'en partie. Dans un épithéliome quelconque il peut exister du tissu conjonctif aussi bien au centre des lobules qu'à leur périphérie. Dans un papillome, au contraire, du fait même de la continuité de sa couche basilaire, il ne peut exister entre les papilles que des espaces vides ou des débris épithéliaux.

Page 1