CHAPITRE XII Épithéliomes de revêtement
Caractéristique des tumeurs du type épilhéliome. — Globes cornés, leur évolution. — Epithéliomes de revêtement pavimenteux adultes. — Epithéliomes pavimenteux embryonnaires. — Epithéliomes muqueux cylindriques stratifiés des muqueuses.
Dans le chapitre précédent, il a été question des néoplasmes d'origine tégumentaire qui évoluaient dans la direction centrifuge et qui, malgré leurs involutions plus ou moins variées dans le derme sous-jacent, en demeuraient toujours séparés, comme les épithéliums no rm aux, par la membrane basale ou basement membrane. Aujourd'hui, nous allons faire un pas de plus et aborder les tumeurs de môme origine, chez lesquelles la désorientation s'est accentuée au point de provoquer l'inclusion dans b' lissu conjonctif dermique d'amas épithéliaux isoles, mais encore
orientés, si Ton envisage la masse des cellules qui les consti-
tuent. Il est bien évident, toutefois, que, ainsi que nous l'avons
Schéma de L'orientation de la division cellulaire dans l'épithéliome de revêtement, ti, point ulcéré; </, couche basilaire du globe épidermique; b, bourgeon eu voie de prolifération.
LES CANCERS ÉPITHÉLIAUX
VU à propos des eulhéliomes, cette désorientation peut être plus ou moins accentuée et donner naissance, d'une part, à des tumeurs très voisines de ces derniers; d'autre part, à des formes voisines des carcinomes.
A partir des épithéliomes, nous voyons intervenir une cause de complication plus apparente heureusement que réelle, cause au sujet de laquelle nous avons fait déjà allusion dans le cha pitre relatif à l'orientation cellulaire et que nous avons étudiée plus longuement dans le chapitre vu. Je veux parler du stade évolutif auquel se fixe et sous lequel se développe une tumeur. Pour éviter toute confusion, cependant, il suffit d'envisager, dans chaque degré de désorienlation, deux types bien nets d'évolution, l'un allant vers le type adulte, l'autre vers le type embryonnaire, mais il ne faut pas en môme temps perdre dé vue que ces types ainsi envisagés ne sont que des degrés choisis pour la commodité de la description dans deux séries continues et parallèles reliées elles-mêmes entre elles par des termes de passage et de transition.
Les épithéliomes se développent aussi bien aux dépens des épithéliums malpighiens de la peau, de la bouche, de l'œsophage, etc., qu'aux dépens des épithéliums muqueux cylindriques stratifiés. Nous commencerons par l'étude des premiers, nous les suivrons dans leurs deux modes d'évolution et ensuite nous procéderons à l'examen comparatif des seconds.
Épithéliomes de revêtement pavimenteux adultes. — La forme la plus simple de ce genre de tumeurs est évidemment celle danlaquelle on retrouve le plus complètement la succession normale des stades évolutifs de la cellule épithéliale, c'est-à-dire la couche basilairc, la couche de Malpighi et la couche cornée. Nous avons vu, en étudiant les papillomes du type le plus compliqué que celle succession s'y retrouvait de la façon la plus frappante. Si nous supposons que certains bourgeons de ces papillomes, tout en conservant la structure qu'on vient de leur voir, s'isolent dans le lissu dermique par un étrahglemenl de leur couche basilaire, <lc telle sorte que celle-ci circonscrive
une sphère plus OU moins irrégulière, il nous sera facile de
concevoir que désormais les éléments produits par la multiplication de cette couche basilaire se trouveront nécessairement
ÉPITIIÊLIOMES DE REVÊTEMENT 181
poussés vers un point contrai unique et qu'il en résultera un agencement concentrique de cellules d'âge, de plus en plus
Ilot épithélial entouré d'une couche de cellules jeunes en voie de prolifération et dont le centre est en voie d'atrophie. Gross. i5o/i.
avancé, aboutissant à la formation d'une couche cornée également concentrique ou globe épidermique [fig. 57, 58). Cette
Fig. 59.
Ilot épithélial complètement kératinisé et transformé en volumineux globe corné sans couche basilaire susceptible d'en accroître la masse. Gross. i5o/i.
disposition se trouve; sous une forme, pour ainsi dire schématique, dans un grand nombre d'épithéliomes delà peau, de la
LES CANCERS ÉPJTHÉLIÂVX
lèvre, de la face interne do la joue, etc. On y voit alors des sphérulcs (pl. I, fig, i3, 1 4) dont le centre est occupé par un globe épidermique, l'orlemcnt coloré en rose par la safranine, en jaune par l'acide picrique et dont la périphérie présente une couronne de cellules jeunes en pleine période d'accroissement e1 de multiplication.
Dans la majeure partie des cas, cependant, la désorientation partielle de l'épithélium basilaire n'arrête point là ses manifestations, ou du moins celles-ci revêtent des formes plus compliquées et plus variées, quoique fondamental emenl identiques.
Tanlôt, la kératinisation atteint, successivemenl toutes les cellules d'un îlot épithélial, jusques et y compris la couche basilaire de celui-ci; il en résulte alors un globe corne, indus dans du tissu conjonctif et désormais incapable de se développer et de s'étendre {fig. 5g). Quand cette forme atrophique prédomine clans une tumeur, il peut se produire de véritables alvéoles remplies d'une matière jaunâtre analogue à celle de certains kystes sébacés et qui n'est constituée que par des cellules épithé: liales kératinisées et plus ou moins altérées. Dans un épithéliome de la lèvre (n° 60) que j'ai eu l'occasion d'examiner, le processus était si singulièrement exagéré, qu'une tranche verticale de la tumeur, lavée dans l'eau, laissait voir de véritables mailles d'un tissu conjonctif résistant, assez dense, dans lequel étaient primitivement contenues des masses épithéliales friables que la moindre pression suffisait à faire sourdre sous forme de vermicides. Une tumeur de cette nature serait fatalement destinée à disparaître, ou tout au moins, à demeurer stationnaire après une certaine période d'accroissement, si le renouvellement de ses tissus ne se faisait d'une façon continue par le développement toujours plus étendu des masses d'épi I hélium jeunes émanant de bourgeons produits par les couches basilaires avant leur complète atrophie, bourgeons que l'on retrouve toujours entre 1rs globes cornés arrivés au terme ultime de leur évolution.
On peut, semble-t-il, assister, dans certains cas, à un véritable arrêt de la production néoplasique, et bien que je n'aie jamais eu l'occasion d'étudier de tumeurs de cette nature, je pense pouvoir ranger ici les épithéliomes perlés, caractérisés par La présence de boules cornées, sèches, brillantes, isolées
ÊPITHELIOMÉS DE REVÊTEMENT i83
dans un stroma conjonctif, caractérisés aussi par la lenteur de leur évolution et la bénignité de leur pronostic. Pour l'étude de ces tumeurs, je ne puis que renvoyer aux travaux des auteurs qui les ont rencontrées et décrites. .
Elles sont, sinon
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rares, du moins f| |\ | :
assez peu gênantes ■ 'ù -, '■ ; ; | ;, â
pour ne pas nécessiter Finterven- % I®
tiondu chirurgien.
MM. Corn il et Ranvier disent n'en jj avoir observé que trois cas.
D'autres fois, et le plus souvent, les
bourgeons épithé- ^ ; ; \ É| liaux intra-dermiques présentent à
la fois un accrois- r<';'^^*\\ > $f§|| | ^f^l^-i-. sèment rapide de la couche basilaire
vers la profondeur ' * . Û$|S§S|| ^^^É" lll ÉIL.^
et une kératinisa- / '/f^M'iM Itir 'S. l'^î ^ tion centrifuge des I .lf\^: " ,,v-- IH • v '
centres de ces bour- 0*M. %?'\|'.'f .y***"' ' % |) ff^'l fe^geons. Ceux-ci Wplift'^liS^H ï ' M 11 SSfe| affectent alors les
formes les plus y// y )É E
variées, les anasto- ° ^ .s.r
moses les plus di- . FlG- 6o-
Verses mais de Épithéliome de la langue, 85. C. L, coupe d'ensemble ' 1 verticale de la tumeur. Gross. 40/1.
place en place, dans
leur épaisseur se trouvent des globes épidermiques complets, (|iii attestenl à la fois et du stade évolutif de là tumeur qui les a produits el «le son caractère de désorientation. Nous verrons plus loin, en parlant des carcinomes, que certains (rentre
LES CAXCFRS F.P1TIIFLÏ AUX
eux peuvent présenter aussi des globules épi dermiques, mais remarquons bien iei, et n'oublions pas qu^ ce qui caractérise r épithéliome pavimenteux adulte, tel que bous le comprenons et le distinguons, c'est, d'une part, la discontinuité de la couche basilaire de ses masses épithéliales, et d'autre part, l'oriental ion assez accentuée encore; de ces masses, pour présenter de leur périphérie à leur centre la succession chronologique normale de la cellule épithéliale.
Nous trouvons, dans le cas n° 191, un terme de transition très intéressant entre ces formes à désorientation incomplète
Fig. 61.
Epithéliome de la peau de la tempe, 191. C. L, coupe verticale de la tumeur vers un de
ses bords. Gross. 16/1.
et le carcinome adulte proprement dit. Là, en effet, les amas épithéliaux qui constituent Le néoplasme possèdent encore une couche basilaire assez fortement indiquée; la prolifération cellulaire évolue de la périphérie de chaque îlot vers son centre, mais à partir du moment où la cellule est repoussée hors delà couche basilaire parle développement de ses sœurs plus jeunes, elle évolue pour son propre compte et atteint le terme de son existence, c'est-à-dire la kératinisation sans lien aucun avec ses voisines; il en résulte alors une accumulation de sphères de kératine dont chacune est le dernier vestige (Tune cellule parvenue à son complet développement.
11 ne sera pas sans intérêt, après avoir décrit les types
ÊPITHÊLIOMES DE REVÊTEMENT
d'épithéliomes que nous venons de passer en revue, d'examiner à quoi ils correspondent dans la classification des principaux auteurs classiques qui se sont occupés des tumeurs épithéliales. La comparaison aura l'avantage de mieux préciser les laits
Fig. 62.
Coupe totale verticale d'une lèvre inférieure atteinte d'épithéliome, 12. G. L. La région externe, qui présente des coupes de poils et de glandes sébacées, est à gauche de la figure. Gross. 16/1.
dans la pensée de ceux qui ont étudié ces auteurs et en ont adopté les idées. Pour la plupart des anatomo-pathologistes, la présence des globes épidermiques dans une tumeur épilliéliale est la caractéristique de L'épithéliome lobule adulte, et, bien que l'on retrouve facilemenl dans leurs figures el dans leurs descrip-
LES CANCERS frPTTHÉLlAUX
tions les types <[iie nous avons distingués, ils n'établissent aucune différence entre les néoplasies à globes épidermiques.
Bien que les figures de Thiersch soient très belles et tics démonstratives, il est à peu près impossible d'y retrouver l'indication de l'orientation cellulaire. Le grossissement employé permet mieux de saisir l'anatomie générale des tumeurs que d'en étudier la structure intime. On peut facilement, par contre, dans les figures de MM. Gornil e1 Ranvier, Ziegler, Thin, etc., constater que ces savants ont bien vu el exactement reproduit La couche basilaire épithéliale autour des masses de certains de leurs épithéliomes lobulés. Telles sont, par exemple, les figures 147, 1 48 du Irailé de MM. Cornil et Ranvier aux yeux de qui, cependant, les épithéliomes lobulés de la peau, de la lèvre, de la langue ne constituent qu'une seule et même forme dont la gravité clinique est plutôt subordonnée au siège du néoplasme qu'à sa constitution histologique. Les faits observés par nous ne nous permettent point d'adopter dans son ensemble cette manière de voir, puisque nous séparons, d'une part, des épithéliomes lobulés certains papillomes et, d'autre part, certains carcinomes qui, tout en évoluant à un stade identique, ou stade adulte, offrent des degrés de désorientation bien différents, desquels dépend entièrement leur gravité clinique et notamment leur tendance à la généralisation à la production de tumeurs métastatiques. La même observation s'applique à la manière de voir de Ziegler, qui (fig. i43-i46) représente des coupes de cancers de la peau avec une couche basilaire encore bien nette et les range cependant avec les carcinomes, sous le nom de cancers à cellules épithéliales plates. Nos épithéliomes pavimenteux adultes ne correspondent donc qu'à une partie des épithéliomes lobulés de Gornil e1 Ranvieb et des carcinomes dermiques de Ziegler. Ils comprennent très probablement aussi les épithéliomes perlés à évolution si bénigne e1 si Lente, dont Gornil et Ranvier font une espèce à part qu'ils rangent à côté de l'épithéliome lobulé.
Épithéliomes pavimenteux embryonnaires. — Lorsque, au lieu d'évoluer vers l'état adulte, les bourgeons épithéliaux émanant de La prolifération néoplasique de La couche basilaire de l'épithélium pavimenteux conservent la forme de cellules jeunes,
É PITBÊLiOMES DE REVÊTEMENT 187
lorsque par conséquenl ces bourgeons demeurent à L'étal embryonnaire que nous leur avons vu présenter normalemenl chez le- fœtus pour la formation des glandes, i'épithéliome qu'ils constituénl revêt lui-même la forme dite embryonnaire. Sous cette forme, si la couche basilaire persiste au pourtour des bourgeons, nous assistons à une évolution à peu près identique, quant à sa désorientation, à eellc B (iue nous avons vu se produire dans ^^^^r^^ -
l'épithéliome pavimenteux adulte a globes épidermiques complets.
Le cas n° 5o nous fournira un
exemple d'autant meilleur de ce \ î^/s&fj^i^l*?-**
cm :(t «
Fie. 63.
Epithéliome de la peau de la joue (5o. CL). A, coupe transversale d'un lobule. B, coupe verticale de la peau et d'un diverticulum ncoplnsiquc émanant de la prolifération anormale de sa couche basilaire. Gross. i5o/i.
genre de tumeurs, que nous pourrons, par un heureux hasard de préparation, observer en certains points de la préparation le retour de certains Mois épithéliàux vërs Tétai adulte el la formation de globes épidermiques. La ligure 63 représente une vue d'ensemble destinée à montrer la disposition el l'orientation générales des cellules; on y voit que les bourgeons el les Ilots d'épithéliome son1 constitués par des amas de cellules très uniformes, comme taille et comme aspect, que les cellules
LES CANCERS ÈPITEÈllAUX
bordantes, plus allongées que les autres conservent une orientation parfaite par rapportait centre de L'îlot, que Les extrémités de leurs grands axes sont toutes dirigées vers ce centre. Lorsque les ilôts épithéliomateux onl acquis une certaine taille, les cellules qui en formenl le centre el qui, par Le fail même de leur orientation, on1 atteintle terme de leur évolution, subissenl la dégénérescence fatale pour toute cellule épithéliale qu'elle appartienne à un épithélium ou à un épithéliome. Celle dégéné-
HHG
Tu
Epithéliome de la peau (sous-oculaire) (87. CL). — Vue d'ensemble. Gross. 16/1.
rescence, dans le cas que nous examinons, peut être ou muqueuse et alors le centre des îlots apparaît comme une cavité remplie de filaments incolores avec des vestiges nucléaires épars, ou se rapprocher davantage de la dégénérescence kérat inique. Dans ce dernier cas, les îlots montrent à leur centre un amas plus ou moins rétracté d'une substance claire, homogène, fortement colorée par les couleurs d'aniline et par la safranine en particulier. En certains points de la coupe même, l'on voit des îlots épithéliomateux qui, nu lieu d'évoluer dans le sens embryonnaire, ont subi la kératinisation franche et sont parvenus au stade de globes épidermiques complets. Cette coïncidence des deux formes dans une seule
É PITB É UOMES DE II E I ' Ê 1 E M E NT 1 89
et même tumeur monlre J> ie 11 quelle éli-oite parenté les réunil et démontre en même temps L'origine purement épidermique de notre tumeur. Mais ce n'est point la seule preuve de eette origine. La tumeur était encore revêtue en certains endroits
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Fie. 65.
Une portion plus grossie (i5o/i) de la préparation précédente, montrant l'orientation concentrique dos cellules embryonnaires constitutives du néoplasme.
de l'épiderme aux dépens duquel elle s'était développée. Or, en des points assez nombreux d'une même coupe, on peut voir un bourgeon identiquement semblable à ceux qui se trouvent situés plus profondément à partir de la couche basilaire
LES CANCERS ÉPITHÉLIAUX
épidermique, s1 étrangler au voisinage de celte couche et tendre de la aorte à former un nouvel amas épithéliomateux isolé. De |)lus, si sur une coupe transversale d'ensemble de la tumeur on cherche quel est le siège des glandes sudoripares, on ne tarde pas à constater que la couche glandulaire qu'elles constituent se trouve uniformément refoulée dans la profondeur par le développement des niasses épithéliales formées entre elles et la couche basilaire épidermique. On peut aussi suivre assez facilement l'atrophie progressive des glandes sébacées et l'envahissement du tissu néoplasique.
L'orientation cellulaire que nous voyons si nettement indiquée dans le cas précédenl peut, tout en conservant encore un certain degré de régularité vers les centres, subir une déviation un peu plus grande qui aboutit alors à la formation de tourbillons ou de nids cellulaires inclus dans des masses épithéliales encore entourées elles-mêmes d'un vestige plus ou moins marqué de couche basilaire. Tel est, par exemple, le cas n° 87 dont nous donnons, figure 64, une vue d'ensemble à un très faible grossissement, et, figure 65, une image plus fortement grossie. Il s'agit encore d'un épithéliome de la peau. Ainsi qu'on peut le voir en divers points de la figure 6f>, la désorientation incomplète aboutit à la formation de cellules embryonnaires en nids qui rappellent par leur disposition celle des globes épidermiques, mais qui aussi, étant donnée leur évolution, n'arrivent jamais à la kératinisation. Il est curieux de mettre en parallèle ce casa évolution embryonnaire bien franche, et le cas 191 que nous avons décrit plus haut; on voit, par leur simple comparaison, deux degrés identiques de désorientation profondément différenciés l'un de l'autre par le mode d'évolution de l'un, dans le sens embryonnaire, de l'autre dans le sens adulte.
Les épithéliomes pavimenteux embryonnaires correspond en 1 pour la majeure partie aux épithéliomes tubulés de MM. Cornil et Ranvier, au carcinome de Ziegler, au rodent ulcer de Thin. ÏVous disons cependant en majeure partie, parce que les auteurs que je cite n'ont point tenu compte de l'existence ou de l'absence d'une couche basilaire autour de noyaux néoplasiques, ni de
l'orientation des cellules qui les constituent. Par conséquent, parmi lès épithéliomes tubulés de MM. Cornil et Ranvieh un
ÈPJTHÈLIOMES DE REVÊTEMENT 191
grand nombre doivent, si on les envisage au point de vue de ces deux caractères, entrer franchement dans le groupe des carcinomes, soil dermiques, soit glandulaires, puisque ces ailleurs reconnaissent eux-mêmes qu'ils peuvent dériver soit de l'épiderme, soit des glandes sous-jacentes intra-dermiques.
Dans son livre sur les cancers de la peau, Thin insiste en passant sur l'aspect çolumnaire que prennent dans Yulcus rodons
T'Ai'- -O s4v£^;-.v ^£2$ V^-^^ ' ^W.-/'^ ■■■*"■■«.
Fie. 66.
Epithéliome de la vessie. Préparation de M. Halle. Gross. i5o/i
les cellules externes des masses épithéliales (p. 68) ; il représente même 1res exacte nie ni cet aspect dans sa ligure 5, et nomme ces éléments « cellules en palissade », mais sans attacher a cel aspecl I importance que nous lui donnons.
Epilhéliomes muqueux cylindriques stratifiés adultes. — Certaines muqueuses, telles que Celles des fosses nasales et du sinus
maxillaire, de la vessie, etc., présentent un épithélium spécial dont le sens évolutif rappelle beaucoup celui des épithéliums
19a IES CANCERS ÈP1TIIÉLIAUX
pavimenteux en ce (|ue, comme pour ceux-ci, la couche basilaire, chassant devant elle les cellules jeunes, les pousse vers la surface. Dans cet acheminement lent, les cellules subissent des modifications graduelles, puis finissent enfin par mourir et par subir une desquammation analogue à celle des cellules épithéliales. Ici cependant la desquammation ne s'accompagne point ou presque pas de kératinisation ; si les cellules prennent l'aspect
lamelleux, elles gardent encore leurs noyaux et tombent soit entières, soit sous forme de corps arrondis, gonflés, altérés. Ce mode de terminaison se retrouve dans les tumeurs qui dérivent des épithéliums cylindriques stratifiés (fig. 67).
Nous avons vu plus haut que ceux-ci pouvaient donner naissance à des papillomes, nous allons étudier maintenant les épithéliomes de môme origine.
Je n'ai pas eu par moimême l'occasion de recueillir de tumeurs vésicales appartenant à ce groupe, et serais obligé d'en emprunter la description à des travaux plus complets sur ce point si je ne devais à mon excellent collègue, M. le Dr Halle, la communication de préparations très intéressantes provenant du service de M. le professeur Guyon et ayant trait à des tumeurs développées aux dépens de la vessie. M. Halle a depuis lors publié une partie de ses observations (1896) et a établi nettement, en ce qui concerne l'épithélium de cet organe, la filiation des tumeurs qui en dérivent. 11 importe néanmoins de faire remarquer, pour éviter toute confusion, que les néoplasies décrites par lui, sous le nom de cancroïdes, correspondent, d'après notre propre terminologie, tantôt à des épithéliomes (pl. II, fig. 2, loc. et/.), tantôt à des carcinomes (pl. III, fig. 3, loc.
Fig. 67.
Epithéliome du sinus maxillaire (n° 37.
C. L.) montrant la disposition des masses néoplasiques en replis contournés 40/1- Voir la figure de détail, pl. VI. 108.
ÊPITUÊLIOMES DE REVÊTEMENT ig3
cit.) évoluanl vers le type cellulaire adulte. Ainsi que le montre la Qgure 66, ces productions épithéliales présentent tous les caractères des épithéliomes de revêtement (évolution centripète Limitée extérieurement par une couche basilaire), tout en participant de ceux de l'épithélium vésical dont elles dérivent.
Fig. 68.
Tumeur kystique de l'ovaire présentant des cavités tapissées d'un épithélium cylindrique stratifié et des bourgeons massifs d'épithélium clans le bas de la figure à gauche.
L'existence de ce type d'épithéliomes s'explique d'ailleurs parfaitement lorsque l'on se reporte à la constitution normale et à l'évolution des cellules de la muqueuse vésicale. Celles-ci, comme on le sait, évoluenl vers un type sinon corné, du moins morphologiquement voisin du type pavimenteux. Elles s'en
CANCERS ÉPITHKLIAUX. 13
LES C ASC EUS ÉPITHÊLIÂVX
distinguent surtout par l'absence du rétieulum intra et extracellulaire propre aux cellules de la couche de Malpighi, La production d'un épithéliome pavimenteux dans la vessie n'est donc que le résultat d'une évolution du tissu néoplasique vers le type adulte, sous l'empire d'une désorientation plus accentuée que celle du papillome. Albariun range ces formes, sons le nom de « épithéliomas dermoïdes ou cornés », dans le groupe des tumeurs hétérotopiques, mais l'examen de ses figures 26 et 27, aussi bien que la lecture du texte qui les accompagne (p. i3o-i33), permettent de voir que la désorientation correspond bien au degré des épithéliomes, puisque l'on trouve encore autour des lobules épithéliaux une couche basilaire assez bien indiquée sur sa figure 27, et que, d'autre part, l'évolution est de même nature que celle de l'épithélium vésical normal, puisque « presque partout les bords des cellules sont peu distincts, et l'on ne peut guère trouver entre elles de filaments protoplasmiques d'union (filaments de Ranvier), p. i32 ».
Il m'a été donné d'étudier une forme très intéressante d'épithéliome, développée aux dépens de la muqueuse du sinus maxillaire ou de la portion supérieure des fosses nasales (cas n° 3j). Après l'extirpation, la masse néoplasique se montrait sous l'aspect de petits agrégats mûriformes, à surface lisse, rougeâtre, rappelant un peu celui de bourgeons charnus en voie d'épidermisation. Une coupe d'ensemble d'un de ces agrégats (fig. 67) permet de voir que celui-ci est constitué par des couches épithéliales assez régulières, plissées et contourm < ss sur elles-mêmes, séparées par du tissu conjonctif. Il semblerait que la muqueuse se soit accrue en étendue sans augmenter son épaisseur, et que, ne pouvant plus, faute d'espace, s'étendre en surface, elle se soit contournée sur elle-même de laçons les plus diverses. Si cela était rigoureusement exact, nous dévi ions ranger celte tumeur parmi les néoplasmes à couche basilaire continue, c'est-à-dire dans les euthéliomes, niais un examen plus approfondi de quelques coupes sériées nous démontre qu'en réalité il se trouve aussi des lobules d'épilhélium isolés dans le tissu conjonctif du stroma. D'autre part, comme nous retrouvons, aux points de contact de ce stroma et des masses épithéliales, une orientation encore assez nette de la couche basilaire pl. VI,
ÊPITHÊLIOMES DE REVÊTEMENT
fig. [08 , nous devons considérer cette tumeur comme un véritable épithéliome mûcoïde.
Pour terminer enfin ce qui a trait aux épithéliomes de revêtement, nous devons dire un mot de ceux qui évoluent à l'intérieur des cavités kystiques normalement développées. L'étude de ces formations présente encore beaucoup d'obscurité el demanderait à être faite d'une façon particulière, en ce qui concerne surtout celles que l'on trouve si fréquemment dans
if-
Fig. 69.
Kystépithéliome du maxillaire inférieur (n° 6. CL). 1 et 2, coupes de la paroi de l'un des kystes. 3, forme ultime de la dégénérescence cellulaire du revêtement épithélial. 4 et 5, altérations cellulaires transitoires (figures empruntées aux leçons de clinique chirurgicale de M. le professeur Le Dcnlu, p. 4'2).
l'ovaire et les annexes. Préoccupé maintenant d'établir un tableau général de l'évolution des tumeurs épithéliales, j'ai dû, a mon grand regret, négliger ce point de leur histoire; j'y ai éle incité d'ailleurs par celle considération que les grandes lignes du problème ont été déjà tracées par Ma.la.ssez cl de SlNETY, donl le travail contient un ensemble île (ails complet et judicieusement coordonné, ensemble qui permet assez bien de superposer l'évolution de ces tumeurs kystiques à celle des tumeurs solides de mémo origine.
uj(> LES CANCERS ÉPJTll ÉLI AUX
En ce qui concerne les tumeurs kystiques des maxillaires dont j'ai eu plusieurs pièces à ma disposition, j'ai toujours trouvé que leur revêtement épithélial évoluait à la façon d'une muqueuse constituée par un épithélium de revêtement tantôt embryonnaire, tantôt adulte, mais toujours munie d'une couche basilaire normale. A côté des cavités kystiques ainsi revêtu* l'on trouve toujours des bourgeons épithéliaux solides de même nature et dont le rôle semble essentiel dans le processus d'accroissement et d'extension de la tumeur.