LES CANCERS É P /THÉ LIA UX
en masse une kératinisation totale, exagèrent à l'extrême l'aspect que Ton est habitué à voir sur la couche de Malpighi normale et aboutissent à la formation de masses cornées analogues à celle représentée dans la figure 35, planche II Tantôt, au contraire, chaque cellule se détache de sa voisine, perd ses filaments d'union et, s'entourant d'une couche cornée à la façon d'un véritable kyste, achève de se kératiniser dans cette enveloppe. C'est le cas que nous avons vu se produire dans les globes cornés de l'épithéliome ; mais tandis que dans ce dernier la cellule kératinisée se trouve entourée d'une série de lamelles imbriquées, résultant de la dégénérescence de ses voisines et d'une couche basilaire, dans le carcinome on ne voit plus rien de semblable. Surviennent alors des modifications de détail, variables à l'infini et dont nous ne pouvons donner qu'une description incomplète. Les figures de la planche II en reproduisent quelques-unes, dont la plus intéressante (fig. 34) représente un globe de kératine absolument uniforme d'où a complètement disparu toute trace d'organisation cellulaire.
Kératinisation du protoplasma. — Le noyau, continuant à conserver ses propriétés chromatophiles et sa constitution filamenteuse normale, s'entoure d'une coque de kératine qui l'isole du protoplasma (pl. II, fig. 22). En même temps, celui-ci se condense, tantôt d'une façon uniforme, tantôt sous forme d'un lacis filamenteux qui ne laisse plus apercevoir la moindre trace de séparation cellulaire. Ces modifications cellulaires aboutissent tantôt à des globes cornés isolés réfringents pourvus d'un noyau colorable (pl. I, fig. i3), tantôt à un syncitium cellulaire, c'est-à-dire à une masse unique dans laquelle sont plongés des noyaux en apparence indépendants de tout corps cellulaire. La figure 79 représente un de ces aspects lires d'un carcinome de la langue.
Se rattachant encore à ce même mode d'altération, nous pouvons citer la curieuse modification cellulaire assez fréquente dans les carcinomes et les épilhéliomes de la langue; nous voulons parler des cellules en raquette qui ne sont que deéléments à proloplasma kératinisé partiellement et suivant une direction toujours la même. Dans celle forme d'altération, le corps cellulaire ne perd pas tout à fait son individualité et
Fig. 79.
Dégénérescence cellulaire en raquettes d'un épithéliome de la langue. Gross. i5o/f.
celle-ci se trouve conservée, en partie, par les queues des raquettes qui représentent les pointes extrêmes du corps de l'élément. Le mécanisme de celle altération curieuse est assez difficile à expliquer; mais j'ai pu m'assurer qu'il correspondait bien à une altération protoplasmique et non à un accident de préparation.
Mentionnons enfin, pour terminer, une forme curieuse d'altération protoplasmique, dans laquelle une partie du corps de la cellule se kératinise en se condensant et en formant autour du noyau et d'une partie du protoplasma une coque épaisse et translucide, entourée ellemême de protoplasma (pl. II, fig. 26).
Kératinisation du noyau. — La kératinisation d'un noyau dans une cellule encore vivante ou qui, du moins, n'a pas encore revêtu les caractères de la cellule cornée , s'observe aussi quelquefois dans certaines tumeurs épithéliales de revêtement, mais cet accident, qui peut s'homologuer avec la dégénérescence muqueuse des noyaux dans les tumeurs glandulaires, est relativement beaucoup plus rare. Quand il se produit, c'est généralement à la suite d'une fragmentation nucléaire qui donne naissance à un certain nombre de petits noyaux secondaires et ceuxci subissent alors la dégénérescence cornée. Comme ils s'entourent d'une coque de
Fig. 80.
Dégénérescence cornée du noyau dans les cellules d'une tumeur épithéliale de la région malaire. D'après Borrel, 1892.
LES CANCERS ÈP1TI1ÊLIAVX
kératine et que leur nucléole seul persiste souvent, en gardant ses propriétés chromatophile's, ils peuvent en imposer pour des éléments cellulaires indépendants et complets, contenus dans une grande cellule. La paroi nucléaire simule, dans ce cas, la paroi de la cellule et la nucléole en paraît être le noyau. La figure 80, d'après Borrel, représente une dégénérescence de ce genre et se retrouvera plus tard, dans la suite de ce volume, lorsque nous aurons à discuter les interprétations données par quelques auteurs aux diverses altérations cellulaires dans les tumeurs.
Telles sont les principales dégénérescences observées le plus fréquemment dans les cancers épithéliaux pavimenteux évoluant vers la kératinisation. Lorsque, au contraire, l'élément cellulaire tend à subir la dégénérescence muqueuse 1 .les choses peuvenl changer d'aspect et l'on constate dans le protoplasma . aussi bien que dans lé noyau, le dépôt de diverses substances chimiques encore mal définies et qui reçoivent à tort,suivan1 Leur aspect, les noms de granulations graisseuses, de corps colloïdes, de gouttes muqueuses, sans que l'on soit très bien fixé sur leur com position chimique réelle. Dans les tumeurs kystiques du maxillaire, par exemple, représentées planche III, figures Sj- jo. on voit que La cellule morte, parvenue au terme ultime de son évolution, offre la forme d'une sphère ou d'un ovoïde, au lieu de prendre celle d'une lamelle cornée. Or, parmi les éléments qui rappellent beaucoup ceux du papillome compliqué de La planche I, certains ont manifestement un mode de dégénérescence très voisin de la dégénérescence cornée [fig. 48-5o), tandis que d'autres, après s'être remplis de granulations homogènes, se transforment peu à peu en globes d'une substance différente de la kératine, aussi bien que delà mucine proprement dite. La chimie des altérations cellulaires es1 encore, d'ailleurs, à la période des tâtonnements et, dans l'état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons, avec certitude, déterminer ces substances qui, très probablement, sont de composition variable et capables de se combiner ou de se mélanger entre elles en proportions indéfinies.
(1) Le terme do dégénérescence muqueuse est ici employé dans le sens vogue qu'on lui uttribuc très souvent et qui serait plus nvuntugeusement remplacé par le terme dégénérescence claire, qui n l'nvuntagc de ne rien présumer des propriétés chimiques des produits dégénérés.