A DÉ S O MES
êpithéliaux ou si elle en esl indépendante, ("est celle dernière opinion cependant que je serais porté à admettre.
J'en arrive enfin au type le plus fibreux de l'adénome, à
Fig. 87.
Coupe verticale d'un adénome du rectum carcinoma adenomatosum simplex, d'après Hauser (1890). Gross. 80/1.
celui (|iie certains auteurs considèrent comme un fibrome fibrome intracanaliculaire de Ziegler), à cause de la prédominance, dans sa masse, du lissu conjonctif. J'ai pu en étudier un exemple provenant d'une opération démon maître, M. le
LES CANCERS ÉPITUELIAUX
j)rofesseur Le Dentu, et qui est intéressant en ce qu'il montre bien {fig. 86) la relation qui existe entre ces tumeurs et les adénomes tubuleux et papillaires. L'on peut voir, d'une part, sur la partie droite de la figure une région encore à l'état d'adénome tubuleux et sur le reste de la coupe les travées pleines ou tubulaires ramifiées, caractéristiques de cette sorte de tumeur.
C'est bien à tort, selon moi, que l'on donne à cette forme de néoplasme l'épithète iïintracanaliculaire, qui ferait supposer que le stroma prolifère à l'intérieur des tubes glandulaires. En réalité, il ne se passe rien de semblable; les tubes conservent toujours ici, comme avant, l'intégrité absolue de leurs parois et la prolifération conjonctive est toujours extracanaliculaire ; seulement, comme elle prédomine sur la prolifération et l'extension des tubes glandulaires, elle comprime ceux-ci latéralement. La forme semi-lunaire ou presque hémisphérique des végétations conjonctives a fait dire que ces végétations proliféraient dans des kystes formés par les tubes glandulaires dilatés. Mais s'il en était ainsi entre la forme tubuleuse, que l'on peut voir à droite (fig. 86) et qui représente la phase initiale de la néoplasie et la forme en travées semi-circulaires qui en est le terme ultime, on apercevrait des cavités kystiques représentant la phase intermédiaire du développement. Il n'en est rien, et si sur certains points de la tumeur on peut découvrir quelques cavités kystiques, on trouve, par contre, toutes les transitions entre le tube épithélial circulaire et la travée aplatie ramifiée. L'on peut donc admettre qu'il s'agit ici d'un véritable adénome fibreux, débutant comme un adénome tubuleux et devenant par la compression de ses tubes à la suite de la prédominance de son stroma conjonctif un adénome à forme squirrheuse. Nous donnerons à cette forme de tumeur le nom à? adénome canaliculè en raison de la disposition de ses travées épilhéliales.
L'évolution cellulaire de Yadénome canaliculè que j'ai étudié m'a paru rigoureusement centrifuge; toutes les cellules avaient leur grand axe perpendiculaire à leur base d'implantation : ces cellules, dont le noyau se colore fortement par les couleurs d'aniline ou par l'hématoxyline, présentaient certains caractères particuliers que nous étudierons dans le chapitre xix,
E UTH É LIOM ES GLANDULAIRES — ADÉNOMES 247
consacré à l'évolution cellulaire dos adénomes envisagée en elle-même.
11 ne sera pas sans intérêt d'établir une comparaison rapide entre la disposition des masses épithéliales par rapport à leur stroma conjonctif dans les adénomes du sein et dans les tumeurs atypiques du même organe, les carcinomes. Ces deux formes, si différentes Tune de l'autre, proviennent du même élément glandulaire qui, dans le premier cas, demeure typique, dans le second au contraire évolue sans aucun ordre. Eh bien, si par la
Q df Fig. 88.
Adénome des glandes sudoripares. aa, boyau épithélial s'abouchant dans un kyste, lequel est rempli de matière colloïde ; b, boyau épithélial ramifié dont quelques cellules ont dégénéré, ce qui démontre le mode de développement des kystes ; c, kyste volumineux vidé accidentellement de son contenu; d, embouchure d'une glande sudoripare avec bourgeonnement latéral; ce', vaisseaux. D'après Jacquet et Darier (1887).
pensée nous remplissons de cellules atypiques les espaces intratubulaires des adénomes acineux, tubuleux, papilleux et caniculé, nous obtiendrons autant de formes subjectives de carcinomes correspondant à des réalités objectives. Quoique proliférant de la façon la plus irrégulière, le tissu épithélial du carcinome n'est point tout à fait libéré de l'influence du stroma conjonctif qui l'entoure et l'accompagne dans son développemenl . ( !e stroma concourt ici, tout comme dans les adénomes, au modelage de la masse néoplasique *'l nous pourrons voir, en étudiant les tumeurs glandulaires de la mamelle à désorienta-
LES CANCERS ÉPJTI1ÉLIAUX
tion totale des formes, où les masses épithéliales gardent la disposition arrondie des aeinis primitifs, d'autres où elles se disposent en cylindres diversement indiqués el d'autres enfin où le tissu épithélial, comprimé par le tissu fibreux qui l'envahit, cède à son influence et s'oriente sous forme de travées cellulaires constituées parfois par des files de cellules allongées et contiguës seulement par leurs extrémités.
Arrêtons ici ce tableau des euthéliomes glandulaires de la ma m elle pour examiner les tumeurs de même ordre développées dans d'autres glandes de l'économie. Dans les chapitres xvi et jcvii, nous continuerons l'histoire des néoplasmes mammaires en envisageant les épithéliomes et les carcinomes du même organe. Comme j'ai moins en vue, dans ce travail, de faire une monographie que de tracer un tableau d'ensemble de l'évolution épithéliale néoplasique, on me permettra, après le développement donné aux adénomes de la mamelle, d'être un peu plus bref pour ce qui concerne les tumeurs analogues des autres glandes.
Adénomes du rectum. — Je n'ai pas observé par moi-même de tumeurs évoluant sous cette forme; si j'en juge pourtant parles traités classiques, l'adénome du rectum ne serait pas rare et constituerait les polypes muqueux fréquents, surtout chez les enfants. Cornil et Ranvier (t. II, p. 355, fîg. 124) en donnent une description qui permet de s'assurer facilement que ces auteurs ont réellement en vue la tumeur épithéliale évoluant selon le type glandulaire normal.
Ce qui distingue l'adénome du rectum de l'épithéliome cylindrique du même organe, c'est la conservation de la structure glandulaire normale d'une part, et très probablement aussi, d'autre part, la continuité des tubes glandulaires qui le constituent et qui, malgré leurs ramifications variées, conservent leurs libres communications avec la surface libre de la muqueuse. J'emprunte à Hatjser la figure 87 d'un adénometype du rectum. Malgré le faible grossissement auquel a été dessinée la préparation, on peut se rendre aisément compte de son anatomie topographique e1 «le sa cou si il ni ion cellulaire. L'on voil en effet, d'une part, les tubes glandulaires déboucher à la surface de la muqueuse en conservant à peu près leur parallé-
E l'THÈ LIOMES G LA .\D IL A IR F. S
— A DÉ XO M ES
lisme et, d'autre pari, leur revêtement épithélial garder sa garniture de cellules allongées en palissade Vers la profondeur cependant les tubes se contournenl en s'intriquanl les uns dans lesautres, cl il en résulte des coupes plus ou moins obliques dans lesquelles on ne peul plus observer que sur les parties bien orientées la disposition réelle de leurs cellules épi ihéliales.
Adénomes des glandes salwawes. — Je n'ai jamais rencontré de tumeurs de ce genre; elles existenl cependanl cl ne doivent
pas être I res rares étant donnée la fréquence des tu meurs fermes, indolentes, souvent négligées par leurs possesseurs, que Ton peut observer dans la région parotidienne de certains individus qui s'habituent fort bien à vivre avec leur néoplasme et ne se décident que rarement à demander l'intervention du chirurgien. C'est, je pense, pour cette raison que MM. Cornil et Ranvi er considèrent l'adé-
nome des glandes sali-
Fig. 89.
Dilatation kystique d'un boyau épithélial de la préparation précédente vue à un plus fort grossissement. Le boyau épithélial contient une lumière centrale (un peu exagérée par le dessinateur). Le contenu colloïde du kyste a été entraîné par le rasoir et l'on voit les cellules plates qui forment la paroi; a, bourgeon épithélial plein coupé transversalement. D'après Jacquet et Darier (1887).
grosses
vatres comme excessivement rare. Mais, si
l'on étend un peu les investigations au delà des glandes salivaires eonglobées et qu'on envisage l'histoire de ces glandes erratiques de constitution identique qui tapissent la muqueuse de la cavité buccale et du voile du palais, on trouve dans la littérature des cas assez nombreux d'adénomes. Dans sa thèse, parue en r 883, M. L. Fonnegra relevé une série de seize observations de tumeurs enkystées du voile du palais qu'il décril comme des « épithéliomes enkystés » de celle région. D'après lui, l'adénome n'<-\isie pas, ci ce terme
LES CANCERS ÉPITBÉUAUX
ne peut servir qu1à créer des équivoques en anatoinie pathologique. En dépit de cette manière de voir trop exclusive, les descriptions histologiqnes de cet auteur nous permettent de reconnaître que ses épithéliomes correspondent cliniquement et anatoiniqueincnt aux formes néoplasiques que nous avons en vue dans ce chapitre. Tubes et acinis glandulaires, formés d'une, souvent de deux couches de cellules épithéliales, lumière glandulaire nettement limitée, délimitation aussi parfaite parle tissu conjonctif des acinis et de la masse néoplasique tout entière d'une part; d'autre part, évolution extrêmement lente de ces productions (maximum 4o ans). Telles sont les raisons qui nous portent à considérer les épithéliomes de M. Fonnegra comme des adénomes des glandes salivaires erratiques du voile du palais.
Adénomes des glandes sudoripares. — Les tumeurs typiques des glandes sudoripares sont encore peu connues pour la raison bien simple qu'isolées elles passent inaperçues du malade lui-même, ou ne sont point soumises à l'intervention du chirurgien (i). Dans les cas assez rares d'ailleurs où, comme beaucoup de tumeurs bénignes, celles des glandes sudoripares se développent en grand nombre sur le même sujet, elles prennent l'aspect de boutons, de saillies arrondies ou ovalaires, et constituent parfois alors une véritable affectjon cutanée dont la nature ne peut être reconnue que par l'examen histologique de fragments excisés. C'est un cas de ce genre qu'ont étudié MM. Jacquet et Damer (1887), et dont ils ont donné une étude assez complète, accompagnée des figures que nous leur empruntons, n'ayant jamais eu l'occasion d'en rencontrer de semblables. Il s'agissait d'un homme de 26 ans porteur depuis huit ans d'un nombre toujours croissant de boutons indolores sur la région antérieure du tronc et des bras.
Sur une coupe verticale d'une de ces tumeurs fig. 88
(1) On trouve dans l'article de M. Daiuer une revue très soigneusement fuite des travaux relatifs aux tumeurs bénignes émanant probablement des glandes sudoripares. Je souligne le mot probablement, parce que très peu de ces cas ont été soumis à l'investigation microscopique nu début de leur apparition. Il s'agit presque toujours de tumeurs très anciennes, a évolution pour ainsi dire stationnairc durant des années, et qui. par suite de causes indéterminées, se sont transformées en tumeurs inalignes à évolution rapidement fatale.
EUTUÊLIOMES GLANDULAIRES — ADÉNOMES a5i
examinée à un faible grossissement, on trouve au-dessous d'un épiderme à peu près aormal un épaississement du derme dont les éléments sont légèrement épaissis et sclérosés. Uniformément répartis dans le derme, des Iraelus épithéliaux, tantôt pleins, tantôt creux, rappellent beaucoup l'aspect et la constitution de tubes sudoripares. De place en place, Ton voit
Fig. 90.
Prolifération des glandes du corps de l'utérus se rapprochant par certains caractères de l'adénome, mais ne donnant pas lieu à la production d'une tumeur limitée. Gross. 25o/i.
appendues à ces tubes des cavités kystiques tapissées d'un épithélium à plusieurs couches aplaties concentriques et d'un contenu hyalin, amorphe et réfringent. La substance qui le constitue est insoluble dans l'acide acétique; elle se colore en jaune par le picrocarmin, et ne présente pas la réaction de la graisse en présence de l'acide osmique.
La tumeur observée par MM. Jacquet et Damer ne correspond pas (rime façon tout à fait exacte au type que nous nous sommes
LES C ASC ERS ÉPITHÉ LIA UX
fait de l'adénome. On n'y a point observé, autour des tubes glandulaires el des cavités kystiques, une membrane basale limitante. De plus, les cellules épithéliales paraissent avoir déjà perdu jusqu'à un certain point leur caractère de cellules sudoripares. Peut-être faudrait-il revenir sur ces points au moyen de procédés techniques différents de ceux employés par MM. Jacquet et Damer et qu'ils ont d'ailleurs malheureusement omis de mentionner. Quoi qu'il en soit, leur observation ne constate pas moins un fait extrèmemenl important pour l'étude des tumeurs épithéliales en général, à savoir la formation de tumeurs typiques, d'euthélîomes développés aux dépens d'un système glandulaire de la proliférai ion duquel dérivent un grand nombre de néoplasmes cutanés appartenant 'à la classe des épithéliomes ou à celle des carcinomes.
Incidemment et à propos d'épithéliomes sudoripares M. Damer (1889) revient sur l'observation que nous venons d'analyser, et la complète au moyen d'un second cas inédit, semblable au premier, rencontré par M. Jacquet. D'après les préparations microscopiques de ces nouvelles pièces, M. Darier conclut que la prolifération épithéliale débute par les canaux excréteurs des glandes sudoripares. D'après la dernière communication de M. Jacquet au Congrès de dermatologie, il semblerait cependant que l'origine des tumeurs signalées par lui soit due à des inclusions congénitales multiples d'épithélium. Je ne crois point pour ma part devoir admettre cette hypothèse. De ce que l'on n'ait trouvé aucun conduit sudoripare s'abouchant avec les lobules adénomateux, cela ne veut pas dire qu'il n'y ait aucune relation entre ces formations et les sudoripares. On sait que l'hyperplasie néoplasiquc peut frapper certaines régions très limitées, s'isoler et évoluer ensuite à l'état d'indépendance.
Le développement du processus épitlîélial néoplasique n'est pas moins intéressant à étudier dans le foie que dans la glande mammaire, et il sérail aussi facile en compulsant la bibliographie de cet organe d'y retrouver des types parallèles a ceux que nous avons établis pour cette dernière. Je ne tenterai cependant pas ce travail de pure érudition pour La bonne raison (pic je n'aurais que très peu d'observations personnelles à y ajouter. La plupart des affections du foie ne se constatent qu'à
EUT1IÊLI0MES GLANDULAIRES — ADÉNOMES <i$S
L'autopsie, el j'ai eu surtoul L'occasion de me servir, pour mes travaux, de pièces d'opérations. L'adénome du foie esi reconnu comme tel el décrit sous celle l'orme depuis longtemps; l'on trouvera dans le travail récent de M. Siegenbeck van Heukelom iSç)/) sur Le sujet une bibliographie complète ci un relevé
exact îles cas observés depuis [864 |)al" GreSINGER, RlNDFLEISCII et Eberth jusqu'à l'année 1890. Les observations de Kjelsch el Kienek (1876), de Sabourin (1881), Hanot et Gilbert (1888), Pilliet et de y an Hetjkelom lui-môme, ne laissent subsister aucun doute sur la nature de ces productions.
Les glandes utérines sont aussi le siège de proliférations néoplasiques qui semblent se rapporter dans beaucoup de cas à l'adénome. Quoique le matériel ne m'ait pas manqué, grâce à L'aimable empressement de mon ami Pichevin, chef du service gynécologique à l'hôpital Necker, je ne suis point en mesure de fournir d'observations probantes sur ce sujet. Il est à présumer que certaines formes décrites sous le nom de métrite touchent de près à l'adénome; mais, d'autre part, tant que la prolifération ne donne pas lieu à la formation d'une tumeur bien limitée — tumeur que nous n'avons pas encore rencontrée — la distinction est bien difficile à établir.