C À RCI N O M E S G I. A N DU LA 1RES 2G
de sujet à sujet, suivant l'âge, le terrain et l'intervention ou la non-intervention opératoire.
La preuve de l'importance réelle que nous attribuons au degré de la désorientation se trouve d'une façon frappante dans les métastases. On admet — et l'expérimentation aussi bien que l'observation semblent l'avoir suffisamment démontré — que les tumeurs métastatiques sont le résultat du transport à distance par le système vasculaire de quelques éléments cellulaires de la tumeur primitive. On admet de plus, non sans raison, que ces éléments sont bien pour les tumeurs épitbéliales des cellules épithéliales néoplasiques et non des cellules conjonctives du stroma. Je pourrais citer de nombreuses observations à l'appui de cette opinion, mais me bornerai à rappeler la figure 1 53 de Ziegler (trad. p. 392), représentant un petit noyau métastatique d'un carcinome de l'estomac développé dans un capillaire du foie et sa définition : « Quand des germes épithéliaux provenant d'un nodule carcinomateux s'introduisent dans les voies circulatoires sanguines ou lymphatiques, ils forment des métastases là où ils se développent. »
Les métastases sont donc le produit du développement des cellules épithéliales du néoplasme primitif. Or, quand ces cellules isolées, emportées par le torrent circulatoire, s'arrêtent en un point et s'y développent, elles ont besoin, elles aussi, d'un stroma eonjonctif, et force nous est bien d'admettre qu'elles l'empruntent à la prolifération des tissus environnants ou des éléments migrateurs. Cela n'empêche pas que, si les cellules métastatiques proviennent d'un épilhéliome glandulaire, elles s'orienteront encore de façon à reproduire l'aspect si particulier [fi g. 46, p. i43) de la tumeur initiale; que si, au contraire, elles proviennent d'un carcinome, elles se grouperont en alvéoles plus ou moins épais, mais pleins et séparés par des 1 pavées <le tissu eonjonctif.
Fie. 102.
Lobules carcinomateux développés dans un cancer de la peau aux dépens des sudoripares. Ces lobules représentent le stade ultérieur à celui figuré p. 261. Gross. 25o/i.
a;o LES CANCERS SPJTBBLIÂUX
Le caractère de la désorientation prime donc tons les autres et impose à la tumeur métastatique la structure anatomique qui présidait à la disposition lissulaire des éléments de la tumeur primitive. Il n'en est plus de même en ee qui concerne les caractères secondaires de la tumeur. Quelques cellules échappées d'un squirrhe du sein depuis longtemps stationnaire iront for-
2 jj «A' .- ,94) £• .
Fig. io3.
Carcinome de la glande mammaire (n° 173. C. L.). Forme correspondant au carcinoma simplex, de Millier. Gross. 25o/t.
mer dans les ganglions axillaires, dans le foie, les reins ou tout autre organe, une tumeur secondaire à marche rapide, plus rapide même que celle de la tumeur primitive, et ce sera la tumeur secondaire qui causera la mort en dépit du caractère quasi bénin du néoplasme d'où dérivent ses éléments. A quoi tiennent ces changements apparents de nature d'un seul et
CARCINOMES GLANDULAIRES 271
même élément ? A ce fail que, pour un même degré de désorientation, la puissance de pénétration d'une tumeur esl intimement subordonnée à la résistance de sou stroma conjonctif et que les caractères de ce stroma nesonl nullemenl liés à ceux des éléments épithéliaux qu'il soutient.
Le stroma conjonctif ne contribue pas seul néanmoins à former les diverses variétés de carcinomes développés aux
Fig. 104.
Carcinome de la glande mammaire (n° 173. C. L.), coupe verticale du mamelon rétracté et des lobules cancéreux sous-jacents. Les canaux galactophores sont ici fortement atrophiés et réduits presque tous à l'étal de travées fibreuses. Cette pièce est tirée de la même tumeur que celle de la figure précédente. Gross. 4/1.
dépens d'une même glande. L'état plus ou moins jeune auquel évoluenl les cellules néoplasiques, leur hypertrophie pathologique, leurs déviations cytodiérétiques entrent aussi pour une bonne part dans la constitution des variétés de carcinomes, niais le caractère fondamental de toutes ces variétés, le degré de la désorientation ne s'y perd jamais.
11 y aurait certainement lieu de reCaire parallèlement pour chacune des glandes de l'économie l'histoire clinique et histologique des néoplasies dont peul être le siège son lissu épithélial
LES CANCERS ÈPITI1ÊLIAUX
et de montrer à quel point se superposent les faits cliniques et les laits histologiques lorsqu'on les interprète les uns par les autres sans l'aire entrer dans cette étude l'idée de prépondérance. Les exemples assez nombreux que j'ai eus sous les yeux me portenl à penser que cette voie serail de quelque utilité pour le pronostic des tumeurs épithéliales, mais c'est là un côté qu'il ne m'appartient pas de développer et je reprends l'histoire des variétés du carcinome.
C'est surtout dans la glande mammaire que l'étude de ce
Fig. io5.
Deux premières phases de la transformation fibreuse du stroma dans un carcinome de la glande mammaire, a, alvéole rempli de cellules carcinomateuses ; b, lumière au centre d'un des alvéoles ; c, stroma fibreux ; ri, stroma conjonctif non modifié. Gross. 400/1.
genre d'affections est riche en documents, c'est à cet organe que nous nous adresserons de préférence pour nos descriptions. Toutefois, d'autres glandes, comme la parotide, les glandes utérines, le rein, le foie, les glandes stomacales et intestinales fournissent un matériel tout aussi intéressant et dont il est facile de dresser un tableau néoplasique superposable à celui de la glande mammaire.
Mue dans un stroma analogue à celui de l'adénome figuré page 23o,, figure 84, ou de l'épitliéliome figuré page 287, ligure c)3, nous remplacions par la pensée le revêtement épithélial simple on multiple qui s'y trouvait par des niasses épithéliales pleines à
CARCINOMES GLANDULAIRES a73
cellules en division réparties uniformément dans leur épaisseur, nous aurons le carcinome le plus typique, le carcinoma simplex de Muller, une partie des carcinomes et des épithéliomes tabulés de MM, Gohnil et EUnvier, le carcinome simple ou proprement dit de Ziegler, etc. Nous représentons {fig. io3) une coupe d'ensemble d'un semblable carcinome provenant de la glande mammaire. Dans cette forme de tumeur, le stroma conjonctif
a \ flil> ■ ils»; 'y,
Fie. 106.
Carcinome encéphaloïde à grandes cellules, développé aux dépens de la glande mammaire. Les figures de division cellulaire tranchent sur le reste de la préparation par leur couleur plus foncée. Gross. 25o/i.
affecte à peu près la structure et la consistance qui lui sont propres et que Ton trouve dans le tissu normal.
Bien que très souvent une tumeur soit entièrement constituée par un tissu homogène, il arrive beaucoup plus fréquemment encore que, de place en place, son stroma éprouve quelques modifications et que le môme carcinome mérite à certains points l'épithète de carcinome simple, et à d'autres celui de squirrhe ou d'encéphaloïde. Nous avons retrouvé la plupart de ces modifications dans un seul cancer du sein évoluant de la façon la plus nette au stade carcinome.
Tandis que, dans les formes de carcinomes ordinaires ou dans les encéphaloïdes, le stroma conjonctif se réduit plus ou
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