LES CANCERS ÉPITHÉLIA VX
cellulaire absolue du tissu néoplasique et du tissu normal; d'autre part, la conservation, dans toute leur intégrité, des canaux excréteurs correspondant à la partie de la glande frappée d'hypèrplasie.
A partir du moment où l'épithélium glandulaire cesse d'être conforme au type normal pour s'entasser sur deux ou plusieurs couches, le tableau change complètement et l'on voit survenir certaines divergences qui ne feront que s'accentuer jusqu'au type carcinome.
Je ne saurais décider d'une façon précise si dans les épithéliomes de la glande mammaire l'évolution cellulaire tend vers la sécrétion physiologique, mais il est un fait certain, c'est qu'un des moyens de diagnostic les plus sûrs de ce genre de tumeurs se trouve dans la production plus ou moins abondante d'un écoulement liquide par le mamelon. Cet écoulement correspond à la formation dans les culs-de-sac hypertrophiés et hyperplasiques d'un produit d'excrétion cellulaire abondant qui en remplit la cavité et se présente, après fixation sur les coupes, sous forme de masses granuleuses assez analogues à celles que l'on peut observer dans la glande en lactation. Il s'agit là très probablement d'une fonte cellulaire tenant, par certains de ses caractères, à celle qui préside à la formation du colostrum, mais en différant par certains autres.
Arrivons maintenant aux carcinomes glandulaires. Entre l'état embryonnaire pur et l'évolution complète vers le type adulte, il existe des termes de passage très nombreux et beaucoup plus fréquents que les termes extrêmes dont ils représentent les degrés de transition. La plupart du temps, en effet, les carcinomes glandulaires, de quelque tissu qu'ils dérivent, nous montrent un mode d'évolution cellulaire très sensiblement identique quant à sa forme, mais vraisemblablement variable quant à la composition chimique de ses produits d'élaboration cellulaire. L'évolution complète de la cellule jusqu'à son terme physiologique, c'est-à-dire jusqu'à la production de la substance qu'elle est destinée à produire lorsqu'elle fait partie d'un tissu glandulaire normal, est, au contraire, assez rare. Or, si la distinction entre ces produits complets et relativement bien étudies est déjà difficile, on préjuge facilement (le ce qu'il en sera pour
ceux où peuvent intervenir, en outre, des phénomènes de dégénérescence.
11 importe, en effet, de distinguer tout d'abord ce qu'on peul appeler, avec Lukjànow i8ç;5 . les métamorphoses cellulaires, des dégénérescences. Selon noire propre manière de voir, le premier terme pourrait être réservé aux transformations normales el fonctionnelles de la cellule, tandis que le second en comprendrait les transformations pathologiques. La métamorphose muqueuse, par exemple, est propre aux cellules caliciformes de l'intestin; elle devient dégénérescence lorsque, comme l'ont décrite MM. Quentj et Làndel (1897), e^e apparaît dans les cellules malpighiennes voisines d'un carcinome du rectum.
Dans le cours de ces dernières années et en raison de l'impulsion donnée à ces recherches par la théorie parasitaire, on a beaucoup étudié les divers modes de dégénérescence et de métamorphose cellulaire. Malheureusement, en raison de l'absence d'une technique microchimique convenable, les auteurs qui ont le mieux étudié ces questions ont dû recourir à l'emploi des matières colorantes pour établir les caractères différentiels des substances qu'ils rencontraient, et, malgré leurs efforts, ils n'ont pu établir pour les distinguer que des caractéristiques assez vagues et d'application très limitée. C'est ainsi c[iic Pianbse (1896) est amené à reconnaître l'existence d'une substance intermédiaire entre la mucine et la hyaline, à laquelle il applique le nom de substance mucoïde. Il la considère d'ailleurs comme pouvant provenir d'une sécrétion spéciale de la cellule cancéreuse aussi bien que d'une dégénérescence du plasma cellulaire de cet élément.
Dans un travail très conscencieux consacré à l'étude microchimique du mucus, Landel (1897) est également amené à conclure qu'il en existe deux variétés possédant des caractères microchimiques différents. D'après lui, fait très intéressant à retenir, il n'existe aucun caractère microchimique permettant de différencier le mucus des tissus normaux du mucus des tissus pathologiques.
Ce que Ton a appelé métamorphose ou dégénérescence hyaline se confond souvent par bien des points avec la dégéné-
LES CANCERS ÉPITHÉLIAUX
rescence précédente. D'après Piankse (1896), celle dégénères* cence peut exister soit seule, soit combinée avec la dégénérescence colloïde. Pour nia part, en dépit des efforts effectués et des résultais obtenus, je pense que, tout en nous efforçant, à L'exemple de Ernst, Ni ma, Pianese, Lanukl et d'autres auteurs, de trouver des caractères de colorabilité susceptibles de différencier la mucine, la hyaline, la substance colloïde, etc., nous ne devons pas oublier que ces matières — dans les tissus pathologiques surtout — ne constituent pas des entités morphologiques, mais qu'elles sont, au contraire, des produits mal définis de désassimilation protoplasmique susceptibles soit de s'isoler en se combinant entre elles sous forme de grain ou d'inclusions intracellulaires, soit d'imbiber des productions d'origine diverse en en modifiant l'aspect et les caractères chromatophilcs.
Au point de vue morphologique d'ailleurs, ces diver sortes de métamorphose et de dégénérescence aboutissent toujours à la formation au sein du protoplasma ou du noyau cellulaire à la formation d'inclusions qui tantôt s'individualisent sous l'aspect de boules, de granulations ou de croissants ; tantôt, au contraire, imprègnent ces parties dans leur ensemble.
L'étude de ces dégénérescences est si intimement liée à celle de la théorie coccidienne que je crois devoir renvoyer leur description systématique aux chapitres où j'en discute l'interprétation. Mais il est d'autres formes de dégénérescence qui n'ont aucun trait à cette théorie et dont je dois dire ici quelques mots.
Dans certaines tumeurs glandulaires — on pourrait même dire dans presque toutes les tumeurs glandulaires — et dans un sarcome colloïde paramammaire, j'ai rencontré des cellules dont la taille et la forme ne différaient pas sensiblement de leurs voisines, mais qui contenaient en très grande abondance des granulations hyalines réfringentes assez faciles à distinguer des inclusions muqueuses ordinaires. Ces granulations étant complètement insolubles dans une solution de potasse chaude, <>n arrive aisément à les isoler en faisant bouillir un fragment du tissu dans un tube à essai contenant un peu d'eau et quelques
ÉVOLUTION CELLULAIRE DES TUMEURS GLANDULAIRES ft83
pastilles de potasse caustique^ étendanl d'eau et recueillant la partie superficielle du liquide où se rassemblent les granulations.
Examinées dans un verre de montre e1 soumises à L'action drs réactifs, on constate leur résistance absolue à tous les dissolvants. Les acides acétiquè, sulfurique concentrés ne les dissolvent pas. Il en est de même de l'alcool et de l'éther. L'acide osmique les brunit faiblement sans les noircir.
Comprimées entre une lame et une lamelle dans une goutte d'eau, les granulations les plus grosses s'aplatissent, se déforment et s'étalent à la manière des gouttelettes d'huile. On arrive ainsi à les faire fusionner sous forme de masses lobées, réfringentes non miscibles à l'eau.
Conservées pendant quelques jours dans un tube contenant de l'alcool, elles tombent au fond et ne tardent pas à subir une dissolution partielle qui semble porter uniquement sur une partie de leur contenu. On les voit alors se plisser, se ratatiner et donner finalement lieu à la production de membranes plissées absolument comme si, formées d'une enveloppe et d'un contenu liquide, ce dernier seul s'était dissous dans l'alcool.
Cette matière, presque constante dans un grand nombre de tumeurs glandulaires ou autres, me parait se rapporter par ses caractères chimiques à celle que Collard de Màrtigny (1829) décrivit sous le nom d'hydatidine et qu'il avait extraite de l'enveloppe des kystes hydatiques, dont Zucke reprit plus tard l'étude et que Hope-Seyler dénomma enfin hyaline.
Cette hyaline de Hope-Seyler n'a évidemment de commun que le nom avec le produit de dégénérescence décrit sous le môme nom dans les cellules des tumeurs glandulaires aussi bien que dans leur tissu conjonctif. Cette dernière se dissout en totalité dans la potasse aussi bien que dans les acides forts et ne brunit pas par l'acide osmique.
La dégénérescence amyloïde est rare dans les tumeurs glandulaires; je n'en ai rencontré qu'un seul cas bien net dans les pièces soumises à mon examen, et ce cas a fait l'objet d'une communication du regretté préparateur du laboratoire, M. Thélohan (189.3).
II s'agissait d'un carcinome de la parotide accessoire dans
•as; LES CANCERS ÉPITUÊUÀUX
les alvéoles duquel se trouvaient d'énormes inclusions extracellulaires arrondies ou plurilobées et qui présentaient une striation concentrique très nette. Or, ces masses, dont Tjiklohan attribue l'origine à la fusion des cellules néoplasiques et à leur dégénérescence, offraient dans certaines de leurs parties seulement les caractères microchimiquès de la matière amvloïde. Elles constituent donc encore un exemple de la combinaison des deux sortes de transformations hyaline el amyloïde.