I. — Influence du sexe et de U âge
Nos douze cas ont trait à quatre hommes et huit femmes ; 66 °/0 d’entre eux appartiennent donc au sexe féminin.
Cette proportion semble être, à peu de chose près, celle que l’on relève pour les cancers en général. Dans la thèse de Curel (64), qui renferme d’importantes statistiques, on constate une notable prédominance de la maladie cancéreuse dans le sexe féminin. Voici par exemple la statistique de Simpson (3) rapportée par lui ;
Age
Hommes
Femmes
10 ans
De 10 à 15 ans
De 15 à 25 ans
De 25 à 35 ans
De 35 à 45 ans
De 45 à 55 ans
De 55 à 65 ans
De 65 à 75 ans
De 75 à 95 ans
Après 95 ans
Lapchine (63) a obtenu les memes résultats.
Conformément à la règle, l’âge moyen de nos femmes cancéreuses est moins élevé que celui des hommes, 55 ans au lieu de 61 ; autrement dit, le maximum du chiffre des cancers se trouve plus toi chez la femme (Curel).
II. — Fréquence de la coïncidence des cancers et des lésions cardiaques.
Une question plus intéressante, mais bien plus difficile à résoudre, c’est de déterminer la fréquence du cancer chez les cardiaques : est-elle plus ou moins grande que chez les sujets à système circulatoire normal?
Nous avons vu au début de cette étude (historique) que pour Frænkel, le cancer survient seulement chez des gens sains, et sains en particulier dans leurs vaisseaux et leur cœur (l’auteur a d’ailleurs en vue l’artériosclérose et non les lésions cardiaques valvulaires). Nos observations ne sont pas en faveur de cette opinion.
Toutefois, il est impossible de dire, en l’absence d’une statistique, fort difficile à établir, si la proportion des cancers survenant au cours des cardiopathies est bien différente de celle des cancers survenant dans les conditions ordinaires. Il faut remarquer pourtant que bien des cardiaques meurent avant 40 ans, c’est-à-dire avant d’être aptes, de par leur âge, à faire des néoplasies; cette circonstance tend donc à les rendre rares chez eux. De plus, un point nous a frappé, c’est le peu de difficulté qu’on a à trouver des observations des cas dont nous nous occupons; nous avons réuni assez facilement les douze que nous publions et nous avons pu, dans différents services, en recueillir plusieurs autres qui n’étaient pas suffisamment complètes pour trouver place ici. Il semble donc que la coïncidence des deux affections dont nous parlons est loin d’être une rareté, qu elle est peut-être même assez fréquente, sans que nous puissions donner de chiffres précis.
III. — Formes des cardiopathies au cours desquelles se rencontrent les cancers.
En jetant les yeux sur le tableau qui suit les observations, on voit que ces dernières se décomposent ainsi au point de vue de la cardiopathie : symphyse péricardique 1 , anévrisme de l’aorte 1 , cardiopathies artérielles 4, cardiopathies endocardiaques 5.
Le grand nombre relatif de cardiopathies artérielles (ces dernières étant d’une façon absolue moins fréquentes que les valvulaires primitives) tient sans doute, comme nous l’avons dit précédemment, à ce que beau-
coup de sujets atteints d’affections endocardiaques, qui surviennent le plus souvent dans l’adolescence, sont morts avant 40 ans, du fait de leur maladie de cœur, et par conséquent avant d’être arrivés à l’àge de nos cancéreux, dont le plus jeune avait 41 ans. L’athérome valvulaire, au contraire, survient tardivement, à la même époque que les cancers, et c’est sans doute pour cela que ces derniers sont fréquents, chez les athéromateux.
Fait particulier, sur 5 maladies valvulaires propagées de l’aorte à l’orifice aortique, se trouvent 3 hommes, et sur 5 endocardiaques, on compte 5 femmes. Les hommes, sujets à un plus grand nombre d’intoxications que les femmes, voient leurs artères plus souvent touchées; le rétrécissement mitral, par contre, est notablement plus commun dans le sexe féminin.
Quant à la coïncidence de néoplasme de l’œsophage et d’anévrisme de l’aorte, remarquons en passant que Frænkel, ne l’ayant jamais rencontrée, la considère comme très rare.