III. — Cancer bronchique vrai
Obs. X (inédite) du service du Professeur SERGENT.
Cha.., 58 ans, menuisier entre dans le service médicochirurgical de l'hôpital Broussais le 26 janvier 1934, sur les conseils de son médecin traitant le Dr Imbert.
En décembre 1932, le malade se sent fatigué, devient anorexique, l’asthénie s’accentue jusqu'en mars 1933, le 24 de ce mois il fait une hémoptysie de moyenne abondance qui se répète les jours suivants. Cette hémoptysie s'accompagne d’une élévation thermique qui atteint 39,5 et persiste entre 39 et-38 pendant plusieurs semaines. L'expectoration devient ensuite muco-purulente, non fétide. Deux examens de crachats sont faits ; ils ne contiennent pas de bacilles de Koch.
Le Dr Imbert pensant à une suppuration pulmonaire, fait des injections d’émétine, l'expectoration diminue un peu et pendant l'été 1933, l'état général s'améliore et le malade reprend du poids. Cependant, la fièvre persiste. En septembre 1933, l'état général recommence à décliner et le poids diminue. En novembre, l'expectoration redevient plus abondante et à plusieurs reprises contient du sang. A ce moment, apparaît une certaine fétidité. En décembre, apparition d’une laryngite.
A l'examen, sujet d'aspect général médiocre. On constate une voussure de la face antérieure de l’hémithorax gauche. La percussion met en évidence une diminution de la sono rité de la partie moyenne du poumon gauche en arrière, et sur la ligne axillaire. On perçoit un souffle rude intense qui s'entend dans tout l'hémithorax et en arrière; sur la ligne axillaire des râles sous-crépitants A droite, la respiration est rude, on entend quelques ràles ronflants, sibilants.
A l’auscultation du cœur, on perçoit un petit souffle diastolique de la base. L'examen par ailleurs montre l'existence d'un petit ganglion dur, indolore, roulant sous le doigt à la partie interne du creux sus claviculaire gauche.
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Un examen radiologique montre à la partie moyenne du champ pulmonaire droit l'existence d'une ombre non homogène à contour supérieur arrondi qui en dedans se confond et se continue dans l’ombre hilaire (fig. 13).
La réaction de Bordet Wassermann est négative. À l’examen des erachats on ne voit pas de bacille de Koch. La recherche des cellules néoplasiques est négative.
Un examen bronchoscopique est fait le 7 février 1934. Le compte-rendu est le suivant :
1° Pas de paralysie laryngée vraie, mais paralysie myopathique : fente ovalaire pendant la phonation ;
20 Eperon trachéal très infiltré, le contact du tube fait saigner. À l'entrée de la bronche gauche petit bourgeon, calibre normal ;
3 Bronche droite, infiltration bourgeonnante des parois réduction considérable du calibre de la bronche. Un prélèvement biopsique est fait sur un des bourgeons : il s'agit d'un épithélioma bronchique (fig. 14). |
La tumeur est constituée par un certain nombre de boyaux
de type glandulaire digités.
La majorité de ces boyaux présente un revêtement assez régulier constitué par deux catégories de cellules : les unes sombres, d'aspect cylindrique souvent en mitoses à noyau ovale, les autres plus claires, présentant soit simplement leur apex occupé par des mailles de substances mucigènes, soit la presque totalité de leur protoplasme envahi par des boules de mucus (vert lumière, bleu d’aniline et mucicarnum positifs). Dans ce dernier cas le noyau est comprimé et aplati et il est très rare de voir de telles cellules en mitoses ce qui répond à la loi de Prenant. (Plus une ceilule se différencie vers un type sécrétoire moins son potentiel de multiplication est élevé).
Il s’agit donc d'un épithélioma bronchique avec ses deux éléments caractéristiques : élément épithélial proprement dit et élément muqueux.
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Fig. 13. — CANCER BRONCHIQUE VRAI (Obs. X)
Opacité peu intense non homogène juxta-hilaire droite et exagération des images broncho-vasculaires du lobe inférieur droit.
Fig. 14. — CANCER BRONCHIQUE VRAI COUPE DE FRAGMENT PRÉLEVÉ D'UNE BRONCHOSCOPIE (Obs. X).
‘ On remarque que les éléments cellullaires sont essentiellement de deux types. Certaines cellules sont sombres, d'aspect cylindrique, souvent en mitose à noyau ovale ; les autres plus claires contiennent du mucus, celles-ci ont leur noyau comprimé et aplati, il est rare de les voir en mitose,.
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Figure 14
Cependant, l'expectoration est peu abondante : — 25 gr. environ — la température oscille autour de 38. Le 22 février, on institue un traitement radiothérapique. Le malade
- reçoit 8 irradiations, du 22 février au 42 mars. Un examen
radiologique est fait le 7 avril. L'ombre s'est étendue à sa partie externe et à sa partie inférieure. Une nouvelle série de neuf irradiations est faite du 14 avril au {er mai. Le malade sort sur sa demande le 4 mai: L'état continue d’empirer, la cachexie s’accentua et la mort survint le 12 juin.
Cette observation qui concerne un cancer bronchique vrai illustre bien la description clinique que nous avons faite du cancer de la bronche souche. Sars doute le ma: lade était un suppurant pulmonaire mais d’une part la suppuration n’était pas très abondante et d’autre part sur le film radiographique la réaction parenchymateuse à distance du cancer se montre très peu importante.