‹ Les capitulations en BulgarieChapitre 4 sur 10 · GO · texte numérisé non relu

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les villes hanséatiques à commercer sous la bannière de Tempereup d'Allemagne et à la même époque Louis XV occupé à agir en roi et non en marchand se préparait à signer à Aix-la-Chapelle une paix sans profit après une guerre sans objet. Dans cette débâcle de notre autorité morte, dans cet effrondrement de notre dignité défunte, il ne nous resta rien — triste consolation — que la grandeur d'inoubliables souvenirs.

Du moins, la France aurait-elle pu conserver à son commerce dans les pays du Levant une situation de premier ordre : les ports delà côte méditerranéenne de Marseille à Cette et à Toulon étaient, pour cela, des centres d'activité tout désignés. Cette situation allait être aussi compromise et après avoir perdu une clientèle autrefois nombreuse, nous allions perdre encore la position personnelle que les siècles précédents nous avaient acquise. La Révolution en fut la cause. Les troubles intérieurs qu'elle occasionna, les coalitions qui se succédèrent et attirèrent à la frontière du Rhin et des Alpes Ténergie nationale tout entière, l'ostracisme odieux dont nous frappa l'Europe occupée à maintenir l'édifice vermoulu de l'ancien régime qui menaçait ruine de toutes parts et aussi à S3 garer de la fièvre d'indépendance et de liberté qui avait secoué la France d'un long frisson généreux, avant toutes choses, la jalousie irréductible de l'Angleterre désireuse de capter à son profit

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toutes nos sources de richesse ne tardèrent pas à nous paralyser à travers le monde et à ruiner notre commerce des Echelles. Bientôt même nous n'eûmes plus qu'un ambassadeur à Constantinople^ sans mandat désigné et fixe, sans instruction précise du dehors et les capitulations devinrent lettres-mortes, tandis que nos nationaux abandonnés par la mèrepatrie, occupée à sauver son existence môme, cherchaient aide et protection auprès des autres consuls européens pour faire respecter leurs biens et leurs vies. L'expédition d'Egypte rendit les rapports entre la France et la Turquie plus tendus encore et pendant quelques mois aucun résident chargé de défendre nos intérêts ne demeura à Gonstantinople. D'ailleurs le mouvement des marchandises françaises était si restreint, notre décadence s'était tellement accentuée que son rôle eût été insigniûant et presque ridicule à force d'être amoindri jusqu'à n'exister plus.

L'empire sembla vouloir réveiller de cette torpeur notre existence commerciale. Napoléon tenté par le mirage oriental jetait sans cess3 sur la Turquie mystérieuse des regards de curiosité et de convoitise. Il se rappelait combien cette nation d'énigme et de song3, ce monde mulsuman, l'avait séduit lors de la campagne d'Egypte, tandis qu'il voyait par delà l'Euphrate et le Gange, l'Inde l'appeler comme jadis Alexandre et les grands conquérants

de l'antiquité. Sa politique conserva toujours — quinze ans durant — l'empreinte de ce séjour en Orient et jusqu'au dernier jour Tempire turc fut son objectif et le but inavoué de sa pensée envahissante: il dirigea donc ses efforts constants vers le Bosphore, essaya de rendre à la France dans ces pays reculés sa splendeur passée, remit les traités en vigueur et sut les faire énergiquement respecter. Il fit plus, le lils de la Révolution était attaché plus que personne à la tradition qui, vivante, l'aurait chassé de son trône ; il se disait héritier et continuateur de la monarchie et le rôle que la France protectrice avait joué dans les mers de l'Archipel, dès la fin du moyen âge, ne lui avait point échappé. Des conquêtes prodigieuses après de prodigieux triomphes lui avaient donné, comme à Charlemagne jadis, une série d'Etats suzerains. Le commerce de ces Etats .-l'Italie, l'Espagne, la Hollande, il voulut qu'il soit fait comme jadis sous pavillon français et pendant quelques mois, il fit revivre ce rôve que condamnait la réalité. Ce fut un éclair et quand l'empereur tomba, quand le congrès de Vienne eut essayé d'effacer d'un trait de plume vingt-cinq années de révolutions et de guerres triomphales pour revenir à Fancien régime condamné^ toutes les capitulations accordées par Fempire ottoman furent remises en vigueur après 1815, comme avant 1789.

Elles le sont restées depuis ; elles sont devenues

peu à peu la charte des pays chrétiens en Orient. Au COUPS de ce siècle, les quelques nations qui n'en étaient pas pourvues, les ont tour à tour sollicitées et obtenues de la Porte : en 1823 ce fut la Sardaigne, en 1830 les États-Unis, la Belgique en 1838, le Portugal en 1843. Aujourd'hui la clientèle de la France est réduite à la Suisse tout au plus. Après avoir joué un rôle gigantesque et exclusif au point d'exciter les rivalités les plus violentes et les jalousies les plus âpres, elle a vu ce rôle diminuer peu à peu et elle n'est maintenant qu'une unité perdue parmi beaucoup d'autres, honorable sans doute, mais non prépondérante et principale.

Avant de terminer cet exposé rapide nous allons essayer de résumer en quelques lignes, l'attitude adoptée par la France à travers les siècles dans l'histoire et le développement des capitulations. Lorsque FEurope voyait encore dans le Turc l'ennemi commun et l'infidèle contre lequel avaient combattu les croisés, et lorsque celte Europe tout entière en hostilité sur toutes questions, ne tombait d'accord que sur une seule, l'alliance contre le croissant et Constantinople, la France eut le grand honneur, la première, de compter la Turquie comme un élément politique au môme titre que les autres puissances : elle se rapprocha donc d'elle, l'associa à ses luttes et en lira profit. Il y avait en eflFet dans le Levant une mine de commerce admirable, des richesses

inexploitées et des débouctiés merveilleux : la France naissait alors comme nation^ elle avait échappé aux crises atroces du moyen âge et son activité débordante avait besoin d'un emploi. Elle jeta les yeux sur rOrient et put monopoliser à son profit tout le commerce qu'on y pouvait faire ; en même temps avec une habileté merveilleuse, en avance sur son siècle, tout entière au progrès, elle se déclara la haute protectrice de tous les chrétiens qui faisaient du négoce, dans les Echelles, elle leur imposa sa bannière, sut se rendre indispensable, et se fit reconnaître Thabitude prise comme un droit acquis.

La jalousie de TAngletere et des républiques italiennes devant la grandeur d*une situation pareille chercha dès lors à hériter de nos efforts : une longue lutte également acharnée de part et d'autre en fut le résultat ; elle eut des alternatives imprévues, des retards subits, elle est faite d'intrigues, de menées souterraines, elle dura plus d'un siècle. L'Angleterre y triompha, et non contente d'avoir droit de cité en Turquie, d'y envoyer des ambassadeurs et d'y déployer son drapeau, elle voulut nous remplacer, prendre la clientèle que nous avions gagnée avec nos services et notre sang ; elle réussit seulement à enlever à notre influence plusieurs des nations européennes sans se les inféoder. Cependant, à plusieurs reprises, par l'habileté de ses ambassadeurs, par le prestige qu'elle exerçait, la France

reprit encore d'un coup le terrain perdu jusqu'au jour où des crises intérieures auxquelles s'ajoutèrent des guerres gigantesques vinrent détourner son attention de TOrient. Elle dut se résigner à abandonner alors une importance passée qu'elle ne pouvait plus soutenir. D'ailleurs autour d'elle les Etats prenaient de plus en plus conscience d'eux-mêmes, de leur dignité et de leur force, ils supportaient avec peine la tutelle de la Franc? ; dès lors il eût été imprudent ou odieux de les y contraindre; une protection se demande, elle ne s'impose pas. La France dut céder. — Malgré tout, le grand passé qu'elle évoque lui donne, même encore aujourd'hui, une situation sinon supérieure, du moins un peu particulière et spéciale ; elle a conservé la protection nominale des sujets chrétiens de l'empire ottoman et le nom de franc — nous l'avons vu — est resté pour les musulmans synonyme d'européen. Elle a jadis montré la voie à l'Europe et si elle n'est plus seule dans le chemin qu'elle a tracé et ouvert, c'est bien assez déjà de s'y être engagée la première ; à trois siècles de distance la civilisation occidentale lui doit, à ce titre, sa gratitude émue et son éternelle reconnaissance.

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