Campagne de France, par Gœthc
2.- D'aprèâ les règlements actuels, le maire de la ville, en territoire national, fait partie du comilû des npproviciionnemeats ei non du conseil de défense.
« rent possession ; mais nous eûmes aussitôt un trait « du caractère républicain : Le commandant Beau- « repaire, pressé par la bourgeoisie aux abois, qui « voyait déjà la ville tout entière brûlée et détruite « si le bombardement continuait, ne put refuser « plus longtemps de rendre la place, mais lorsqu'il « eut donné ' son consentement en pleine séance à « rhôtel de ville, il tira de sa poche un pistolet et se « tua, pour donner un nouvel exemple de dévoue- « ment patriotique \... Comme les Prussiens en- « traient », dit encore Goethe, « il partit de la foule « du peuple un coup de fusil qui ne blessa personne. « Un grenadier français ne put ni ne voulut nier cet « acte téméraire. J'ai vu ce soldat au corps de garde « où on Tavait conduit. C'était un très beau jeune « homme, bien fait, au regard assuré, à la conte- « nance tranquille. En attendant que son sort fût « décidé, on le laissa en liberté. Près du corps de « garde était un pont, sous lequel passait un bras de « la Meuse; il s'assit sur le parapet, demeura quel- « que temps immobile, puis se renversant en arrière, « il se jeta dans l'eau ; il en fut retiré mort. Ce « deuxième acte héroïque et qui disait beaucoup « pour l'avenir, excita une haine passionnée chez « les nouveaux envahisseurs, et j'entendis des per- « sonnes, d'ailleurs sensées, soutenir qu'on ne de-
1. Ou prétend que Reaurcpaire ne se tua pas, mais qu'il fui tucS do peur qu'il ne voulût prolonger la résistance.
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« Timit accorder une sépulmre honorable ni à cet « homme, ni an commandant. On s'était, il est vrai, c promis d'autres sentiments, et Ton ne voyait pas
< encore chez les tronpes françaises le moindre mou- « vement pour passer à nous... Mais le récit de la
< réception que Verdun avait faite au roi de Prusse, « rendit les cœurs à la joie. Quatorze jeunes filles, « les plus belles et les mieux élevées, avaient sou- « haité à Sa Majesté la bienvenue avec d'agréables « discours, des fleurs et des fruits — Ces charmantes « personnes inspirèrent aussi à nos jeunes officiers « quelque confiance; ceux qui eurent le bonheur « d'assister au bal ne pouvaient assez vanter leur « amabilité, leur grâce et leurs bonnes manières. »
On sait avec quelle rigueur la ville de Verdun, rendue par les Prussiens après la bataille de Valmy, fut châtiée par la Convention et le Tribunal révolutionnaire.
Peu de temps après la capitulation de cette malheureuse ville, Mayence tomba au pouvoir de Farmée française, grâce à la connivence d'une partie de ses habitants. Par une marche plus heureuse que sage, Custine s'était emparé successivement de Spire, de Worms ei de Franckenthal, et s'était ensuite présenté devant Mayence, avec 17,000 hommes seulement et sans matériel de siège. Quoique la garnison allemande fût peu nombreuse, il suffisait de tenir les portes fermées pour empêcher les
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Français d'y entrer. Mais les idées produites par la Révolution agitaient un grand nombre de villes, et Custine noua facilement des intelligences dans celle de Mayence. Quand il crut que le moment favorable était venu, il adressa au conseil de la ville une proclamation emphatique ; il la fit porter par le colonel Houchard, qui devait, comme lui, monter un an plus tard sur Féchafaud révolutionnaire et qui, très grand, le visage balafré par un coup de sabre et orné de longues moustaches, avait un aspect des plus farouches ; la vue de ce singulier envoyé, son langage, la lettre dont il était porteur, firent impression. Les autorités civiles et militaires délibérèrent ; les affidés de Custine , dont le principal était un ' professeur, ami du vieux général commandant les troupes de Tarchevêque, soutinrent avec ardeur ridée de la capitulation, et le 21 octobre Mayence ouvrit ses portes sans coup férir.
La prise de Valenciennes en 1793 est un autre exemple de Fimpuissance d'un gouverneur de place forte vis-à-vis du mauvais vouloir de la population. Les fortifications étaient excellentes, la garnison comprenait 7,000 hommes d'assez bonnes troupes; le général Ferrand qui les commandait était un homme énergique, parfaitement secondé par les représentants du peuple en mission. Les dispositions des habitants paraissaient bonnes au début. La tranchée fut ouverte le 14 juin, le feu commença le 19 ;
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la lutte entre les deitx artilleries fut violente et terrible ; celle de la place eut d'abord le dessus; mais, à l'ouverture de la 3* parallèle et en présence des ravages causés et des incendies allumés par les bombes dans une ville riche comme Tétait, comme Test encore Valenciennes, la population, travaillée d'ailleurs par des émissaires, demanda à grands cris la capitulation. Des rassemblements se formèrent et furent dissipés par la garnison. A la suite d'un assaut terrible, livré le 25 juillet mais victorieusement repoussé, le duc d'York menaça de passer au fil de Tépée la garnison et les habitants, si la place ne se rendait sans retard. Les attroupements devinrent alors plus nombreux; le conseil de guerre fut entouré d'une foule furieuse, qui exigeait la reddition immédiate de la place. Le gouverneur et les représentants du peuple, voyant l'impossibilité de résister plus longtemps à cette pression, se résignèrent à capituler le 28 juillet. Le bombardement avait duré 40 jours; 84,000 boulets, 20,000 obus, 48,000 bombes avaient été lancés par l'ennemi pendant ce siège fameux. Si Valenciennes n'avait pas eu d'habitants, la défense aurait pu être prolongée pendant quelque temps encore.
Pendant les guerres de l'Empire, peu de places françaises furent assiégée^ avant 1814, mais des garnisons françaises eurent à supporter de longs sièges dans des places étrangères ; la défense fut plus d'une fois paralysée ou tout au moins gênée
par les intelligences que les ennemis entretenaient dans ces places. C'est ainsi qu'au mois de novembre 1813, Gouvion-Saint-Cyr, sollicité par tous les officiers généraux des 1" et 14* corps qui formaient sous ses ordres la garnison de Dresde, de tenter une sortie pour essayer de rejoindre la Grande-Armée, ayant enfin permis au comte de Lobau de sortir avec le premier corps, des espions renfermés dans la ville en avertirent le général Klenau, qui commandait les Autrichiens ; le mouvement éventé n'eut plus aucune chance de succès. A Hambourg, où le maréchal Davout était bloqué avec 30,000 hommes par Tarmée de Benningsen, les sentiments hostiles d'une population qui avait souflfert du blocus continental et dont la révolte, au commencement de l'année 1813, avait été sévèrement réprimée, ne pouvaient faire aucun doute ; mais la force numérique du corps d'armée français et l'énergie bien connue de son commandant suffirent pour prévenir toute manifestation de ces sentiments. Ils ne se donnèrent libre carrière qu'après l'évacuation de Hambourg, ordonnée par Louis XVIH. A Gènes, le général Frezia, qui commandait à une garnison de quelques milliers de conscrits, eut à se défendre non seulement contre les Anglais qui l'assiégeaient, mais encore contre la population insurgée qui, le prenant entre deux feux, le força de capituler.
Nous venons de voir que, pendant la guerre de
1870, les habitants de Metz, de Strasbourg, de Paris, de Phalsbourg, de Verdun, avaient, ou aidé la garnison dans ses travaux, ou supporté les rigueurs d'un blocus et d'un bombardement avec une patriotique résignation et une constante fermeté. Les habitants, ou plutôt les autorités civiles de quelques autres places, ne tinrent pas la même conduite. Ailleurs Tindiscipline de certaines garnisons paralysa le bon vouloir du commandant et du conseil de défense. Sur des questions aussi délicates, il est bon de ne parler que d'après les renseignements officiels. Il ne s'agit pas ici, du reste, de porter un jugement sur telle ou telle population, mais d'apprécier les difficultés qui viennent compliquer le rôle d'un, commandant de place forte. La commission d'enquête instituée le 30 septembre 1871, sous la présidence de M. le maréchal Baraguey-d'Hilliers, a tenu grand compte, dans ses avis motivés, de l'état des esprits et de la conduite des autorités civiles dans les diverses places assiégées. C'est ainsi qu'aux approches de l'armée allemande, le 8 septembre, la ville de Laon adressa un télégramme au ministre de la guerre pour demander qu'on cédât à la sommation du général ennemi, au lieu d'exposer la place, par une défense inutile, au sort de Strasbourg. Et le ministre, de manière à ne pas se compromettre, répondit : « Agissez devant la sommation suivant les « nécessités de la situation... » Sur quoi, le comman-
dant, d'accord avec le maire et le préfet, rédige la capitulation, et les Allemands font leur entrée dans la place le 9 à midi. On sait ce qu'il en advint et comment, dans un accès de folie patriotique, le garde d'artillerie Henriot protesta à sa façon contre la faiblesse des autorités en faisant sauter le magasin à poudre de la citadelle. A Vitry-le-François, mauvaise petite place dont les remparts auraient dû être démolis depuis longtemps, vrai nid à bombes, suivant l'expression des artilleurs et des ingénieurs, les choses se passèrent à peu près comme à Laon. La garnison se composait d'un millier de mobiles, ne sachant même pas tenir un fusil, et d'une trentaine de canonniers. Un chef d'escadron d'artillerie, investi in extremis du commandement de cette bicoque, travaille à la mettre en défense, mais le maire et le sous-préfet réclament auprès du Gouvernement, et, par télégramme, le président de ce gouvernement ordonne l'évacuation de Vitry. Le conseil d'enquêté fait ressortir à ce sujet les sentiments peu patriotiques des autorités civiles. Le massacre des mobiles de Vitry commença la série de ces sauvageries commises de sang-froid par nos envahisseurs et dont il est bon de garder le souvenir.
A Toul où, malgré l'insuffisance de la garnison, les premières attaques sont énergiquement repoussées, l'incendie du seul moulin qui pût servir pour la nourriture des habitants et de la garnison, est
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donné comme motif par le conseil municipal pour ré* clamer avec instance la reddition de la place. A Soisiïons, où les canonniers de Lille se couvrent de /jloire et méritent les applaudissements de l'artillerie allemande, c'est encore le conseil municipal qui insiste pour la capitulation. A Sclilestadt et à Xeufbrisach, c'est l'indiscipline de la garnison qui -y^ force les commandants à se rendre. Que dira-t-on de Mézières, de Rocroi, de Péronne? A Belfort, où le colonel Denfert trouva des auxiliaires dévoués dans le maire et dans les principaux habitants, où les pompiers furent admirables, où le dévouement des médecins fut au-dessus de tout éloge, où les femmes, comme partout, déployèrent un zèle surhumain pour soigner les blessés, les derniers jours du siège furent cependant marqués par le mauvais vouloir et les plaintes d'une partie de la population, qui accusait le gouverneur de prolonger la défense par suite d'un amour-propre excessif.
Enfin, l'histoire dira que, le 31 octobre 1870, la guerre civile faillit être allumée dans Paris assiégé, devant l'armée étrangère que le devoir de tous était de combattre, et que le 22 janvier 1871, lorsque le danger de la patrie appelait encore les citoyens sur les remparts, une fusillade fratricide éclata sur la place de l'Hôtel-de- Ville.