‹ Les capitulations; étude d'histoire militaire sur la responsabilité du commandementChapitre 15 sur 116 · LES APPROVISIONNEMENTS · texte numérisé non relu

LES APPROVISIONNEMENTS

■ Importance de la question des approvisionnements. — Comité des subsistances. — Le maréchal Davout à Hambourg en 1813; un comptable fusillé. — Bonaparte et les approvisionnements de Mantoue. — Dantzick en 1807. — Constance de certaines garnisons. — Exemples anciens : Jérusalem, Sienne et Montluc. — Sièges sous Louis XIV : Grave ; ravitaillement de Lille en 1708. — Mayence en 1793; un rôti de chat et de souris. — Typhus de 1813. — Blocus de Pampelune. — Wurmser à Mantoue; Masséna à Gênes. — Kars en 1856. — Le manque d'eau ; Monzon en

■* 1813. — Blocus de Metz en 1870.- Faux calculs du commandant en chef de l'armée du Rhin. Le manque do sel. Inertie et imprévoyance. Capitulation. — Approvisionnement de Paris avant l'investissement. Ravitaillement après l'armistice. Rôle des chemins de fer. — Belfort et les approvisionnements en munitions de guerre. — Blés et farines. — Les moulins.

Parmi les causes qui influent sur la durée de la défense d'une place, il en est peu d'aussi impérieuses et d'aussi fréquemment invoquées à titre d'excuse que l'épuisement des ressources en vivres et en munitions. Le règlement sur le service dans les places fortes impose à cet égard les devoirs les plus sérieux au gouverneur d'une place forte et au comité de surveillance des approvisionnements de siège. Ce comité, dont fait partie le maire de la ville lorsqu'il s'agit d'une place française, visite les den-

rées, assiste à leur réception, vérifie les états de situation, procède au besoin à des vérifications, recensements ou expertises; mais au gouverneur seul appartiennent, sous sa responsabilité, le droit et le devoir de régler la ration des troupes lorsque cela lui paraît nécessaire, soit pour remédier à un mauvais état sanitaire, soit pour prolonger la durée de la résistance en ménageant les approvisionnements.

Les attributions du comité de surveillance et les expertises auxquelles il procède sont de la plus haute importance. Lorsque, en 1813, le maréchal Davout se vit sur le point d'être investi dans la place de Hambourg, le règlement ne fixait pas encore comme aujourd'hui la composition de ce comité. Toujours consciencieux, le maréchal désigna une commission chargée d'examiner l'état des approvisionnements : « J'étais », dit dans ses intéressants Souvenirs le colonel de Gonne ville, « un des cinq membres de « cette commission qui constata que, pour nos 30,000 « hommes, il y avait pour dix-huit mois de blé et de « farine, pour deux ans de viande salée et une « énorme quantité de vin, de rhum et d'eau-de-vîe; « tout cela était d'excellente qualité et dans un état « de conservation parfaite. Pour les 4,000 chevaux « d'artillerie et de cavalerie, il y avait de l'avoine « dans une semblable proportion, mais malheureu- « sèment il n'en était pas de même pour le fourrage :

« le foin, mal choisi et emmagasiné sans soin, se «trouvait avarié; la plus grande partie fut jetée « dans TElbe. Comme le temps et Targent n'avaient « pas manqué et que les ressources du pays qui en- « toure Hambourg sont immenses en ce genre, le « maréchal, à la suite d'une enquête, fit juger par un « conseil de guerre Tagent comptable, reconnu cou- « pable de négligence et de malversation , et le fit « fusiller.... ce n'était que justice *. »

La correspondance de Napoléon I^^ est pleine à ce sujet de documents intéressants. Dès le 4 février 1797, après la prise de Mantôue, il donne à Berthier les instructions les plus sévères dans le but d'approvisionner cette place pour 12,000 hommes et 2,000 chevaux pendant un an. « Il sera remis », dit-il, « un inventaire général desdits approvision- « nements à l'état-major général , lequel sera pa- « rafé de l'ordonnateur en chef (on dirait aujour- « d'hui l'intendant général), et qui que ce soit ne « pourra toucher à ces approvisionnements, sous -«peine de mort, à moins que cène soit par un ordre ■^jâu général en chef. Tous les mois, le commandant .îiJÈ^o la place et le commissaire des guerres, qui sera « uniquement chargé de cette partie, visiteront ces « magasins et constateront ce qui pourrait être gâté « pour, d'après l'ordre du général en chef qui sera

]. Souvenirs militaires du colonel de Gonneuille, cliap. IX.

« mis au bas du procès- verbal, procéder au change- « ment des objets avariés, lequel changement ne « pourra être effectué que le remplacement ne puisse « en être fait dans les 24 heures. »

Quelques jours à peine après le coup d'Etat du 18 brumaire, il s'occupa avec ce soin des détails si remarquable chez un homme que Ton croirait toujours absorbé par les vues d'ensemble, de faire compléter l'approvisionnement en poudre dans toutes les places fortes, à commencer par celles de première ligne. Ils n'est pour ainsi dire pas une place en pays conquis dont il ne régla les approvisionnements, comme on vient de le voir pour Mantoue. C'est ainsi que, Dantzick ayant capitulé le 22 mai 1807, il adressa dès le 5 juinau général Rapp, nommé gouverneur de cette place, dont la défense devait l'illustrer cinq ans plus tard, les ordres de s'occuper sans retard de son approvisionnement. Il agit de même dans toutes les circonstances semblables. L'histoire des sièges montre d'ailleurs qu'un grand nombre de places ont succombé faute de vivres et que le blocus est un moyen lent, mais presque assuré de venir à bout des résistances les plus énergiques. D'autre part, la constance et la fermeté avec lesquelles les garnisons et les habitants de certaines places ont supporté la disette et les privations ont fourni plus d'une page émouvante.

Il est permis à ce sujet et sans être accusé de

pédantisme, de prendre des exemples dans les siècles les plus reculés, car de tous les temps il a fallu manger pour vivre. Le tableau de la famine de Jérusalem, tracé par Thistorien Josèphe, restera toujours vrai : « La famine faisait un tel ravage « dans la ville que le nombre de ceux qu'elle con- « sumait était innombrable. Qui pourrait entre- « prendre d'exprimer les horribles misères qu'elle « causait? Sur le moindre soupçon qu'il restait « quelque chose à manger dans une maison, on « lui déclarait la guerre,... on n'ajoutait pas foi, « même aux mourants, lorsqu'on disait qu'il ne leur « restait plus rien; mais par une inhumanité plus « que barbare, on les fouillait pour voir s'ils n'a- « vaient point caché sur eux quelque morceau de « pain. Quand ces hommes se voyaient trompés « dans leur espérance de trouver de quoi se ras- « sasier, on les aurait pris pour des chiens enra- « gés.... Leur faim leur faisait ramasser pour se « nourrir ce que les plus sales animaux fouleraient « aux pieds. Ils mangeaient jusqu'au cuir de leurs « souliers et de leurs boucliers, et une poignée de « foin pourri se vendait 4 attiques ^... etc. » Qui ne connaît le récit de la défense de Sienne, par Montluc? « Nous avons mangé, dit-il, tous les chevaux, « ânes, mulets, chats et rats qui étaient dans la ville.

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