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Thiers, Histoire de la RévoliUiorif tome IV

58 LES GAPITULATIOXS.

guerre, maïs ils étaient consommés, et en ontre le typhus sévit avec une rigueur extrême sur les jeunes soldats, incapables de supporter une campagne comme celle de 1813. Quatorze mille honmies de la garnison et autant de personnes dans la population moururent de cette affîpeuse épidémie pendant Thiver. A la même époque, la place de Torgau, renfermant 23,000 hommes, était, comme Mayence, en proie au typhus. Plus de 6,000 hommes avaient péri dans les seuls mois de septembre et d'octobre, et l'épidémie dura tout T hiver ; elle enleva le gouverneur de la place, le comte de Xarbonne qui, après avoir été sous Louis XXl un des derniers ministres de l'ancienne monarchie, était devenu aide de camp de Napoléon. A Stettin, une garnison de 10,000 hommes était réduite par la famine; à Dantzick, les soldats périssaient de la fièvre de congélation, cette horrible maladie à laquelle avaient succombé, dans Kœnigsberg, au retour de la campagne de Russie, les généraux Lariboisière , premier inspecteur général de l'artillerie, et Eblé, le héros de la Bérézina. A Custrin, une garnison de 4,000 hommes était décimée par le scorbut.

A Pampelune, cette même année 1813, la garnison de 3,550 hommes, insuffisante pour défendre la place et bloquée par une armée de 20,000 hommes, supporta la famine avec une constance admirable, pendant quatre mois. Lorsque Pampelune

fut investie, le 26 juin, par la division anglaise Piéton, il y avait un approvisionnement de pain et de biscuit pour 77 jours ; la ration de viande était de 4 onces par jour et par homme. L'investissement n'étant pas complet, on put faire sortir presque tous les habitants le !•'' juillet, et Ton chercha, par une visite minutieuse de toutes les maisons, à se procurer un supplément de vivres; mais le long blocus auquel la ville avait été soumise par les bandes de Mina, avait empêché les habitants de s'approvisionner, et l'on ne trouva que fort peu de chose. Le fourrage manquant pour les bœufs et les chevaux, la garnison exécutait tous les deux jours une sortie pour ramasser la paille, les légumes et le blé. Des ennemis cherchaient, de leur côté, à brûler les récoltes pour priver la place de cette ressource ; de, là des combats continuels. Au milieu de juillet, les Anglais furent relevés par l'armée espagnole de O'Donnell. Soult fit à la fin de ce mois une tentative pour délivrer la garnison de Pampelune ; mais Wellington couvrait le blocus avec 50,000 hommes; l'armée de Soult fut repoussée après un violent combat pendant lequel les assiégés avaient éprouvé un espoir malheureusement déçu. Ils profitèrent du moins de la présence de l'armée de secours pour faire, le 27 juillet, une moisson complète ; et par des sorties incessantes, ils purent utiliser jusqu'au dernier moment les ressources du pays.

60 LES CAPIXULATIOXS.

Au mois d'août, les vivres devinrent rares ; à partir du 15^ les bœufs furent réservés pour les malades : on distribua aux hommes valides 4 onces de viande de cheval par jour et par tête : le pain et le biscuit furent remplacés par une ration de 4 onces de riz. Aux premiers jours d'octobre, les vivres étaient épuisés. On mangea les chiens, les chats, les rats ; les animaux les plus immondes parurent bientôt des mets exquis. On dévorait toutes sortes d'herbes et de racines; plusieurs hommes furent empoisonnés par la ciguë. Le 24 octobre, la garnison comptait plus de 1,000 malades et 800 blessés ; le scorbut se mit de la partie ; les soldats ne pouvaient plus marcher ; ils ressemblaient à des spectres ambulants ; plusieurs des habitants restés dans la ville moururent de faim. Le général Cassan, qui commandait la place, se vit forcé de parlementer^ Wellington exigea que la garnison fût emmenée prisonnière en Angleterre. Le gouverneur refusa d'abord de consentira cette condition. Enfin, pour ne pas voir tout son monde mourir, il se rendit à la nécessité, et la capitulation fut signée le 1*' novembre *. ^^F.n 1796, Wurmser, bloqué dans Mantoue, ne se rendit à Bonaparte que lorsque les vivres lui manquèrent complètement. Qui n'a lu dans les Mémoires de Sainte-Hélène, la discussion de cette capitulation

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