‹ Les capitulations; étude d'histoire militaire sur la responsabilité du commandementChapitre 20 sur 116 · Napoléon, Campagne d'Italie · texte numérisé non relu

Napoléon, Campagne d'Italie

prisonniers autrichiens n'avaient pour se nourrir que des soupes d'herbes de toutes sortes ; à peine pouvaient-ils se tenir debout. Bientôt, la ration du soldat fut réduite à 2 onces de Taffreux pain dont il vient d'être question. La situation devint in- '^ tolérable, plusieurs soldats, désespérés, allèrent jus- ^ qu'à briser leurs armes, et Masséna, après avoir -; prolongé sa résistance au delà de toutes les prévisions, consentit enfin, non pas à capituler, mais à évacuer Gênes le 4 juin.

A une époque plus récente, le long et glorieux siège de Kars , par lequel s'illustra, en 1855, le colonel anglais Williams, commandant la garnison turque , se termina, après une vigoureuse défense et plusieurs assauts repoussés, par un blocus et une famine qui força la garnison à capituler, lorsqu'elle fut réduite à la détresse la plus absolue.

Le manque d'eau est souvent aussi une grande cause de souffrance pour les villes assiégées; à Monzon, en 1813, la petite garnison qui défendait le château, avait été rationnée à une bouteille par jour et par homme. A Saint-Sébastien, les citernes du château, qu'on avait vidées quelque temps auparavant pour les réparer, étaient complètement desséchées aux approches du siège. Il fallut, pendant plusieurs jours, employer toutes les femmes de la ville à monter de l'eau dans ces citernes.

A l'exception de ceux de Metz et de Paris, les

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sièges de la guerre de 1870-1871 n'ont pas duré assez longtemps pour que les garnisons et les places assiégées aient pu souffrir de la faim. Une guerre défensive n'ayant jamais fait partie des prévisions du gouvernement impérial , aucune place n'avait été approvisionnée. C'est seulement vers le commencement de juillet 1870 , après la séance de la Chambre des députés dans laquelle M. le duc de Gramont lut sa fameuse et malheureuse déclaration, que M. l'intendant Blondeau, directeur de l'administration au ministère de la guerre, prit sur lui d'ordonner des achats pour constituer les approvisionnements de siège des places principales. Mais jamais celui de la place de Metz ne dut être calculé sur l'effectif de l'armée que l'on immobilisa plus tard à l'abri de ses fortifications. C'est ici que les chiffres ont leur éloquence : 173,000 hommes ont été faits prisonniers le 27 octobre ; l'investissement était complet depuis le 20 août ; il avait donc duré 68 jours. Ainsi l'approvisionnement, pour suffire à ce long blocus, aurait dû être de 68 fois 173,000, c'est-à-dire de près de 12 millions de rations. Quoi qu'il en soit, ces 173,000 hommes ont vécu pendant 68 jours ; une garnison normale de 30,000 hommes aurait donc pu, dans les mêmes conditions, vivre pendant 392 jours \

1. En supposant, bien entendu, que la place n'eût pas été prise par les opérations d'un siège régulier.

D'après le nouveau règlement sur le service des armées en campagne, il est formellement interdit au commandant d'une armée de toucher aux approvisionnements de bouche formant la dotation normale des places qui se trouvent dans le rayon d'action de cette armée ; disposition des plus sages, qui, si elle avait été appliquée en 1870, aurait forcé le maréchal Bazaine à quitter Metz. Elle revient à interdire à un général d'immobiliser son armée sous une place forte, où elle court le risque d'être bloquée. Le maréchal de Saxe Ta dit et Napoléon Ta répété : « Toute armée qui s'enferme est perdue « pour la victoire et forcée par la famine à un jour « certain. »

Les souffirances de la garnison et de la population de Metz n'ont cependant pas été comparables k celles qu'ont éprouvées les villes dont j'ai parlé plus haut : Sienne, Mayence, Gênes, Pampelune; mais elles ont été aggravées par une circonstance qu'il eût été bien facile de prévenir avant l'investissement, si Ton avait eu tant soit peu de prévoyance : le manque presque absolu de sel. Quand on calcule que la ration journalière de sel est de 0^,016, qu'un million de rations de sel pèsent par conséquent 16 tonnes et 10 millions de rations, 160 tonnes, qu'ainsi il eût suffi de 16 wagons pour approvisionner complètement la place en sel, on s'étonne que personne n'y ait songé. Si la place eût possédé,

en outre, une quantité de sel suffisante, on aurait pu d'avance y tuer et y saler des milliers de chevaux qui, à partir du commencement d'octobre, périrent inutilement à raison de 1,000 par jour, et prolonger d'autant la résistance de la place, c'est-àdire de l'armée qui, avec la population de la ville, consommait, à la fin du siège, 250 chevaux par jour. Or, la fin de la résistance de Metz entraînait, comme conséquence, la perte de l'armée de la Loire, et l'on ne peut répondre de ce qui serait arrivé si cette dernière armée eût été en état de marcher sur Paris avant l'arrivée de celle du prince Frédéric- Charles devant Orléans. Chaque jour retranché de l'existence de l'armée de Metz doit donc être imputé comme un crime à ceux qui n'ont pris, quand il en était encore temps, aucune des mesures nécessaires pour la prolonger.

Et cependant l'intérêt personnel du commandant en chef de l'armée du Ehin aurait dû lui dicter ces mesures. Quelle est, en efifet, la seule idée qu'il soit possible de lui attribuer, d'après les faits et d'après les débats du procès jugé à Trianon ? Conserver son armée intacte jusqu'à la paix, c'est-àdire jusqu'à la chute de Paris, pour se trouver à ce moment à la tête de la seule force organisée restant dans le pays et être alors le maître de la situation. Il fallait, pour la réalisation de ce plan, faire vivre Metz plus longtemps que Paris ; là était

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toute la question, mais Bazaine ne put croire, ce que personne du reste ne croyait, comme nous le verrons tout à Theure, que Paris vivrait jusqu'à la fin de janvier. Encore moins pouvait-il s^maginer lui, à qui personne, même parmi ses plus ardents défenseurs, n'a jamais accordé l'élévation de la pensée et du caractère, qu'il y avait assez de patriotisme et de ressources en France pour continuer la lutte, une fois les armées régulières tombées. Toujours est-il qu'on ne prit, au début du blocus du Metz, aucune mesure pour prolonger la durée des approvisionnements. Depuis le 6 août, jour de la bataille de Forbach, jusqu'au 14, date de la bataille de Borny, il s'est écoulé huit jours, pendant lesquels, en utilisant les ressources de la campagne dans un rayon de cinq ou six lieues autour de Metz, ressources incalculables en grains, fourrages, porcs, etc., ainsi qu'en voitures et chevaux pour tout amener, on aurait pu rentrer dans la place d'immenses approvisionnements. Non seulement on ne le fit pas, mais on l'interdit aux citoyens de bon vouloir, et ils étaient nombreux, qui le tentaient d'eux-mêmes. Et tout cela, dit-on, pour ne pas inquiéter la population en lui faisant craindre le siège de Metz \ Bien plus, depuis l'investissement, le commandant de l'armée française laissa l'ennemi corn-

1. Tenu, personnellement par Tauteur, d'habitants de Mots det plus dignes de foi.

plètement maître de cette campagne si riche , et tandiB que les chevaux étaient , pendant un certain nombre de jours, nourris avec du blé, ce qui était un crime, on ne fit aucune tentative pour occuper un instant une seule partie des environs de Metz. Nous venons de voir à Pampelune, en 1813, une faible garnison de 3,500 hommes, bloquée par 20,000 hommes, qui eux-mêmes étaient soutenus par une armée de 50,000 hommes, reprendre possession de la campagne tous les deux jours par de vigoureuses sorties. Qu'a-t-on demandé de semblable à cette belle armée de Metz, qui s'était si bien battue le 14, le Iti et le 18 août? C'est seulement lorsque les vivres sont sur le point de manquer tout à fait , que , le 22 septembre , le 3* corps enlève 25,000 gerbes de paille, que le 23 on fait une tentative inutile ; que le 27, en cherchant vainement à s'emparer des trains de vivres qui se trouvaient dans la gare de Courcelles, on ramène quelques têtes de bétail, tandis que sur la rive gauche de la Moselle, on livre un combat qui ne rapporte rien ; que le

1" et le 2 octobre, on prend du large, en occupant le village de Lessy et le château de Ladonchamps ; qu'enfin le 7 octobre a lieu la belle affaire de Saint- Bemy ou de Ladonchamps, ou la division de chas- ■enrs et de voltigeurs de la garde impériale excite l'admiration de l'ennemi et qui procure quelques

vivres et beaucoup de gloire, au prix de 1,200 hom-

mes, tués ou blessés*. Mais c'est le chant du cygne de Tarmée de Metz, dont Fagonie commence.

Déjà le 27 septembre, le prince Frédéric-Charles avait dit, dans un ordre du jour :

« Ma volonté formelle est qu'on enlève à l%n- « nemi toute occasion de remplacer ses approvision- « nements, qui commencent à s'épuiser. »

Le 16 octobre, il disait dans un nouvel ordre du jour:

« Tout semble indiquer que le moment décisif « approche. » En effet, le 29 octobre, la faim, suite funeste de l'inaction et de l'imprévoyance, livrait aux Allemands : 173,000 hommes, dont 3 maréchaux de France, 607 pièces de campagne, 800 pièces de position, 53 drapeaux, etc. Depuis le 2 décembre 1804, date de la 1" promotion des maréchaux de l'Empire, jusqu'à la chute de Napoléon, un seul de ses maréchaux était tombé aux mains de l'ennemi. Sur le point d'être pris. Mortier à Diemstein, Davout à Viazma, Ney sur le Dnieper, avaient combattu en soldats ; Macdonald et Poniatowski, à Leipsick, s'étaient précipités dans les flots de l'Elster l'un pour y périr, l'autre pour en sortir vivant et libre ; Gouvion Saint-Cyr seul était allé en captivité , victime de la mauvaise foi des souverains alliés violant la capitulation de Dresde. Mais à

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