Commandant Canonge, Histoire mililaire contemporaine
Metz, les maréchaux de France avaient été mis sous les ordres de Bazaine...
Quant à Paris, Tinvestissement complet d'une place d'un aussi vaste périmètre trompa toutes les préFisions.
On est parfois tenté d'éprouver un certain mépris pour la sagesse humaine lorsque, après un événement, on retrouve écrites Jes prévisions ou les jugements émis à l'avance par les hommes réputés les plus savants et les plus clairvoyants. Que de choses déclarées impossibles et qui se sont faites! Impossible , le télégraphe sous-marin ! Impossibles, les chemins de fer ! Impossible, l'investissement de Paris ! Dans la discussion du projet de loi sur les fortifications de Paris , aux mois de janvier et d'avril 1841, il n'est pour ainsi dire pas un orateur favorable au projet, qui n'explique, avec complaisance, comment l'ennemi ne pourrait songer au siège de Paris avec une armée de moins de 300,000 hommes ; comment 300,000 hommes répartis sur un périmètre de 100 kilomètres, donneraient seulement 3,000 hommes par kilomètre et comment un cordon aussi faible pourrait être facilement percé par la garnison. « Toute tentative de blocus » , dit l'un de ces orateurs , « n'aura aucune « chance de succès. » Ceux qui combattaient le projet s'appuyaient au contraire sur l'impossibilité d'approvisionner Paris pour la durée du siège. 11 est
vrai que les chemins de fer n'existaient alors qu'à l'état d'embryon \
Quoi qu'il en soit, on s'occupa, en 1870, de mettre la capitale de la France en mesure de se défendre ; mais quoique la question des subsistances fût certainement, de toutes celles qui se présentaient, la plus difficile et la plus importante à résoudre, puisqu'il s'agissait de faire vivre, armée et population comprises, deux millions d'individus, on songea cependant , tout d'abord, à faire rentrer dans Paris le matériel de guerre et les munitions qui se trouvaient dans les départements non envahis ; comme d'ailleurs Paris possédait pour la fabrication des bouches à feu, projectiles, poudres, cartouches, etc., des moyens de production énormes, il résulta de là que, le siège terminé, il existait encore plus de deux fois ce qu'il aurait fallu pour suffire à un second siège. C'est ce que prouva surabondamment la guerre soutenue par la Commune. Mais à quoi sert d'accumuler des munitions pour une défense d'un an, si l'on n'a de subsistances que pour 3 ou 4 mois ? Quant à compter ravitailler une ville comme Paris au moyen de sorties, c'eût été
1. Il y eut cependaDt quelques hommes qui virent clair, et, il faut bien Tavouer, ce ne furent pas les militaires. M. le duc de Bruglie à la Chambre des Pairs, répondant aux attaques dirigées contre le projet, s'exprima ainsi : « Nul ne peut savoir ce qui arrivera, si « Paris pourra ou voudra se défendre, mais avec les fortifications « nous lui en donnerons le moyeu. »
insensé ; car la consommation journalière moyenne s'élève par tête, d'après des renseignements précis, à l'^jSOO, non compris le fourrage et le combustible; ce qui donne un total d'environ 2,600 tonnes, qui exigent pour leur transport plus de 260 wagons, ou, en tenant compte des marchandises encombrantes et en supposant que tout vienne par chemin de fer, il faut environ 400 wagons 5 près de 1,000, si l'on veut y ajouter le fourrage et le combustible*.
Le 20 août, les compagnies de chemins de fer reçurent du Gouvernement avis d'assurer les moyens de transport, pour compléter les approvisionnements. Le réseau de l'Ouest, à lui seul, fit entrer dans Paris, du 15 août au 19 septembre 1870, 14,982 wagons, chargés de 72,442 tonnes de farines, grains, fourrages, denrées coloniales, et de 67,716 têtes de bétail.
Il ne faut pas se figurer d'ailleurs que la durée de la résis^nce d'une ville aussi peuplée puisse être égale à celle des approvisionnements. Une garnison de 3,000 à 4,000 hommes peut, à la rigueur, attendre, pour capituler, qu'elle ait mangé son dernier morceau de pain. Il est facile à l'ennemi de la nourrir aussitôt qu'elle s'est rendue. Lors de l'évacuation de Gênes par l'armée de Masséna,
1. Jacqmin, les Chemins de fer pendant la guerre de 1870-1871, p. 196.
le 4 juin 1800, la partie valide de la garnison, composée de 8,000 hommes à peine capables de se traîner, sortit fièrement de la ville, le général Gazan en tête, tambours battant et drapeaux au vent ; elle trouva aux avant-postes autrichiens des rations en nombre égal. Mais les Autrichiens furent toujours des ennemis généreux entre tous, et autre chose, d'ailleurs, est d'assurer, du matin au soir, la nourriture de deux millions de personnes. Nos ennemis le savaient bien. « Dans le cas où la capitulation « de Paris serait retardée par le Gouvernement « provisoire », avait dit M. de Bismarck dans son Mémorandum d'octobre 1870, « jusqu'au moment « où le manque de vivres la rendrait nécessaire , « les conséquences seraient terribles... Dans l'é- « ventualité d'une capitulation, il serait impossible « au chef des armées allemandes de subvenir à l'ap- « provisionnem.ent d'une population de près de « deux millions d'âmes, même pour un seul jour. Il « en résultera infailliblement que des centaines de « milliers d'individus devront mourir de faim \.. » On peut juger des difficultés de ce ravitaillement par ce qui fut fait réellement après l'armistice ; des approvisionnements considérables avaient
1. Extrait du livre précité de M. Jacqmin, les Chemins de fer pendant la guerre 1870-1871, un des ouvrages les plus substantiels et les plus dignes d^attention qui aient été publiés sur la dernière guerre, page 197.
été créés dans ce but dès le moîs de novembre 1870, à un moment où Ton avait cru à une premier armistice. Plus de 24,000 à 25,000 tonnes de marchandises, préparées par M. Césanne, ingénieur des ponts et chaussées, parti en ballon de Paris, le 2 novembre 1870, étaient sur wagons, dans la presqu'île de Cotentin, en arrière des lignes de Carentan. Par les conventions qui suivirent ou accompagnèrent l'armistice, le gouvernement allemand accorda 12 trains par jour, pour amener dans Paris, non seulement ces approvisionnements, mais tous ceux que pourraient fournir les diverses régions de la France. Plus tard, il voulut bien comprendre que le nombre de ces trains était absolument insuffisant \ L'armistice avait été signé le 28 janvier ; le premier train, partant de Vierzon, arrivait à Paris le 3 février. Il fut transporté par les chemins de fer, du 3 au 23 février, 42,580 têtes de bétail et 155,955 tonnes de denrées et de combustibles. Lors de la capitulation, il ne restait dans Paris que la subsistance de sept jours. On voit qu'il était difficile d'attendre plus longtemps et que c'est bien au dernier moment que l'on se résigna à la triste nécessité de se rendre. Le seul reproche qu'on soit en droit d'adresser au gouvernement qui défendit Paris et
1. L'abondance qui existait dans certains départements montra bien co que Paris i^sorbe d'ordinaire ; n'ayant plus à fournir à sa consommation, les départements regorgeaient de vivres.
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qui conclut rannîstice, c'est d'avoir Ké ixmjjfi la France à son sort en admettant, pour préserver les rues de Paris du contact de F étranger des stipulations où il n'était même pas tenu compte d'une des principales armées qui soutenaient la lutte en province. Mais une fois de plus, sans doute, on voulut prouver que la France se résume dans Paris.
La durée de la résistance fut du reste beaucoup plus longue qu'on ne l'avait pensé. D'après une déclaration datée du 8 septembre, insérée au Journal officiel et placardée sur les murs par l'ordre de M. Magnin, ministre du commerce sous le gouvernement provisoire, Paris avait à cette date des vivres pour 2 mois. Suivant les renseignements formels que Gambetta apportait avec lui en descendant de son ballon, les approvisionnements ne devaient même durer que jusqu'à la fin de novembre. C'est du moins ce que la délégation de Tours affirmait confidentiellement à tous ceux qui, à un titre quelconque, concouraient aux efforts tentés pour délivrer Paris 5 c'est ce qui semble également prouvé par les dépêches pressantes que le gouvernement de Paris adressait à la délégation de Tours, vers la fin d'octobre, notamment par une lettre de Jules Favre, en date du 23 de ce mois. La défense se prolongea cependant jusqu'au 28 janvier : elle fut caractérisée, comme celle de Metz, par l'inertie passive
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de laganuBon, dont les chefs avaient du moins pour excuse rinexpérience des troupes, presque toutes de nouvelle formation. Du reste, les chiffres ont encore ici leur signification : Tinvestissement de Metz a coûté aux Allemands, 5,482 hommes ; ils en ont perdu 11,563 sous Paris*.
La résignation héroïque avec laquelle cette population de Paris, réputée si frivole, souffrit les privations de toute sorte auxquelles elle fut soumise pendant un long blocus de près de quatre mois, est acquise à Thistoire, ainsi que Tattitude de cette population devant un bombardement inutile, puisqu'il était impuissant. Paris ne fut pas rôti, comme on Ten avait menacé ; mais il fut bien près de mourir de faim. 25 grammes de viande de cheval, 300 grammes de mauvais pain, telle était, d'après une note officielle, publiée par le Gouvernement au lendemain de Tarmistice, la ration moyenne et journalière d'un habitant de Paris, dans les derniers jours du siège ; mais on sait quelle peine chacun devait se donner pour en avoir sa part, et Ton gardera longtemps le souvenir des longues files de femmes et d'enfants à la porte des boulangeries et des boucheries. Les plus malheureux ne furent peut-être pas ceux qui parurent l'être le plus.
A Bitche, petite place dont la garnison, forte seu-