MM. Thiers et De la Laurencie, la défense de Belfort
de donner à la place de Belfort avec les ressources existantes et avec le budget réduit dont on disposait avant la guerre pour le matériel de Tartillerie, budget qui dépassait à peine 5 millions, tandis qu'aujourd'hui, le même chapitre en comporte près de 16. Du reste, il existait encore dans la place de Belfort, à la fin du siège, 20,000 obus oblongs.
Il y a lieu d'observer d'une façon générale, en ce qui concerne les approvisionnements d'une place, qu'il ne suffit pas d'avoir du blé, mais que les farines ne pouvant être conservées indéfiniment, il faut encore avoir les moyens de convertir ce blé en farine. Avant l'invention des machines à vapeur, certaines places se sont trouvées, à cet égard, dans des conditions très difficiles, vu l'impossibilité où l'on se trouvait d'y installer des moulins. Aussi s'est- on servi assez souvent, soit dans les villes assiégées, soit dans les armées en campagne, de moulins à bras. Des moulins de ce genre, pesant 15 kilogr., pouvaient être manœuvres par un seul homme et donner 15 kilogr. de farine par heure. Faute de cette ressource, les soldats et les habitants étaient réduits à écraser le blé entre deux pierres et à en faire une sorte de bouillie. L'importance des moulins dans une place est donc évidente.
En 1870, il n'existait pour la ville de Toul qu'un seul moulin, situé sur la Moselle, entre l'enceinte fortifiée de la place et les ouvrages extérieurs. La
faiblesse numérique de la garnison, obligea le commandant de la place à faire évacuer ces ouvrages ; le moulin fut ainsi mis à découvert ; un détachement prussien de six hommes vint, quelques jours après, le détruire et le brûler sous les yeux de la garnison. A Paris on se donna beaucoup de mal pour installer des moulins. En vertu d'un des derniers ordres donnés avant Finvestissement, cent paires de meules furent achetées à la Ferté-sous-Jouarre et transportées à Paris par le chemin de fer. « Au milieu « de toutes les opérations d'alors », dit M. Jacqmin, « Tachât de cent paires de meules à la Ferté-sous- « Jouarre mérite d'être signalé comme un des plus « grands services qui furent rendus à la ville de « Paris. Nous regrettons de ne pas savoir à qui en « attribuer l'honneur. » Je ne saurais le dire plus que M. Jacqmin, mais lui-même nous apprend que les ingénieurs chargés des subsistances avaient demandé 300 paires de meules et que le comité des subsistances, n'ayant pas une idée très nette des nécessités de l'approvisionnement, réduisit ce nombre à 100.
Quoi qu'il en soit, une partie de l'usine Cail fut transformée en un vaste moulin où était installées une grande quantité de paires de petites meules, dans le genre de celles des moulins à bras ; 200 paires furent ajoutées, après le 20 novembre, à l'installation primitive. Toutes les gares de chemins
de fer furent également transformées en moulins, comprenant un total de 152 paires de grandes meules. Il faut avoir grand soin dans une place assiégée, exposée au bombardement, de disposer les moulins ainsi installés de manière à ne pas risquer de les perdre tous à la fois. Il eût suffi d'un obus tombant sur Tusine Cail, pendant les quelques jours du bombardement de Paris, pour priver la capitale de pain.