‹ Les capitulations; étude d'histoire militaire sur la responsabilité du commandementChapitre 25 sur 116 · Bclroas, les Sièges d'Espagne · texte numérisé non relu

Bclroas, les Sièges d'Espagne

sont pour un moment impuissants comme ceux de Bonaparte à Jaflfa en 1799, de Suchet lui-même après Tassant de Tarragone, de Soult et de Bernadotte à Lubeck, en 1806.

Les suites de ces assauts ne furent que des jeux d* enfants à côté des atrocités commises par les soldats de Wellington. L* exemple de Suchet protégeant la population de la ville de Lerida réfugiée dans les églises et arrêtant T emportement de ses soldats après Tliorrible assaut de Tarragone, ne fut imité ni à Ciudad-Rodrigo , ni à Badajoz, ni à Saint-Sébastien. Et cependant, les habitants de Lerida et de Tarragone s'étaient montrés pour les Français des ennemis acharnés, parfois même féroces, tandis que les Espagnols étaient les alliés de TAngleterre, dont Farmée était censée combattre pour eux, mais les soldats anglais étaient des mercenaires, dont la bravoure incontestable avait besoin d'être stimulée par Tappât du pillage, et froidement, r illustre duc de fer livra à leurs violences ces trois malheureuses villes, peuplées de ses propres alliés.

Il suffit de lire les récits laissés par des officiers anglais eux-mêmes, témoins des faits qu'ils racontent, pour voir qu'au xix* siècle, ont été commises des horreurs comparables au fameux sac de Magdebourg. « A Badajoz », dit un de ces officiers, « le « 7 avril , avant 6 heures du matin , tout ordre avait « disparu parmi les troupes assaillantes, pour faire

< place à une scène do pillage et de violence, telle

• qu'il aérait difficile d'en citer d'autres exemples. « L'armée, si belle encore le jour précédent, se s trouvait alors tranEformée en une horde de bri- « gands, renforcée d'une multitude de vagabonda a eepagnola ou portugais ; ni l'âge, ni le acxe

* habitants ne furent respectés; aucune niaisoi « resta intacte, et aucune femme ne put se soustraire " aux insultes et aux mauvais traitements. Pendant « deux jours et deux nuits, les malheiu-cux habitants K de la riche et belle cité do liadajoz furent à la « merci de 20,000 forcenés armés, qui s'y livrèrent « à toute espèce de désordres...»

A Saint-Sébastien, la scène fut plus terrible encore peut-être. Après la défense la plus glorieusÊ qu'il soit possible de citer, l'explosion d'une pile d'obus chargés avait, en tuant ou blessant la plupart des défenseurs de la brèche, permis à l'armée anglaise d'enlever la place d'assaut ; la garnison s'était retirée dans le château. «Les soldats anglais», dit l'historien des Sièges d'Espagne, le commandant Belmas, « ternirent par leurs excès la gloire « qu'ils avaient acquise dans le siège. Plongés dans « l'ivresse la plus dégradante, le pillage, levioletle « meurtre furent pendant trois jours leurs délasse- « ments. Enfin, un incendie général coua-onnant ces « scènes d'atrocité, acheva de détruire dans cette « malhoureuBe ville tout ce que l'artillerie y avait

« épargné. Les habitants se pressaient dans les « dernières maisons qui se trouvaient au pied du « château , sous notre canon , et imploraient par « leurs cris une protection que nous ne pouvions « pas leur donner. »

Quoi que Ton puisse penser des progrès de la civilisation et de radoucissement des mœurs, nul ne saurait affirmer que le retour de pareilles scènes est impossible. Les fils des Anglais de Badajoz et de Ciudad>-Rodrigo, excusables cette fois, car les gens massacrés par eux avaient eux-mêmes débuté dans * leur rébellion par de féroces assassinats, ont encore montré à Delhi comment ils comprennent une prise d'assaut. « Une fois mitres du quartier Européen » , dit M. de Valbezen, dans le beau livre intitulé : les Anglais et VInde, « les soldats méconnaissent « les ordres de leurs officiers; les uns quittent les « rangs, alléchés par l'appât du butin; les autres, « et les plus nombreux, envahissent les magasins « des marchands de liqueurs et de vins. Des régi- « ments entiers perdent toute cohésion, toute disci- « pline. Dans les maisons, des pillards éhontés « enfoncent les portes, crochètent les serrures; sur « le sol boueux des caves, des ivrognes dorment au « milieu des mares de liquide et des débris de bou- « teilles. » Ne sont-ce pas là, renouvelées en 1857, les scènes de Magdebourg, de Badajoz et de Saint- Sébastien?

A Brescia, en 1849, le feld-maréchal Haynau ne menaça-t-il pas la ville de la livrer au pillage si, à heure dite, les portes ne lui étaient pas ouvertes ? N'exécuta-t-il pas sa menace en ordonnant à ses soldats de ne respecter ni âge ni sexe? Ses ordres ne furent-ils pas suivis par les troupes, irritées d'une longue résistance? Oui, Brescia fut traitée en 1849 par les Autrichiens comme elle avait été traitée en 1511 par les soldats du gentil duc de Nemours^. « Comme vous pouvez entendre », dit à ce sujet Thistorien naïf du chevalier Bayard, « en telles affaires, il « s'en trouve toujours quelques-uns de méchants, les- « quels entrèrent dans les monastères et firent beau- « coup de désolations. » Aussria dame chez laquelle le chevalier sans peur et sans reproche fut se guérir de sa blessure, avait-elle caché en un grenier, sous du foin, deux belles filles qu'elle avait. Y eut-il un Bayard dans Tarmée autrichienne de 1849? C'est ce que l'histoire ne dit pas, mais elle apprend que ces mêmes Anglais, si grands admirateurs de leur Wellington, ont accueilli à Londres par des huées et des menaces de mort le /eVoce Haynau, dont la conduite en Lombardie leur faisait horreur. . . Toujours l'histoire de la poutre et de la paille !

Quoi qu'il en soit, l'humanité commande, ainsi que je viens de le dire, de ne pas exposer la partie

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