Voir au chapitre IX
r infanterie et la cavalerie tournèrent le fort par un sentier de montagne; Marmont, qui commandait Tartillerie, fit passer les canons pendant la nuit en répandant sur la route du fumier et tous les matelas du village et en entourant de foin tordu les parties sonnantes des affûts et des voitures. Avec les systèmes puissants d^ éclairage dont on dispose aujourd'hui, avec les procédés en usage pour le repérage du tir, un pareil moyen n'aurait pu réussir ; chaque jour de la résistance du fort eût été un jour de retard pour le débouché de Tarmée de réserve dans le Piémont, et au lieu d'aboutir à la victoire de Marengo, le fameux plan de Bonaparte eût peut-être misérablement échoué.
Parmi les exemples de places dont la défense n'a pas dû être poussée à outrance, il en est peu de plus célèbres que celui de Prague, en 1742. Après l'heureuse escalade qui avait rendu les Français maîtres de la capitale de la Bohême, leur armée avait tenu la campagne jusqu'au moment où Frédéric II, satisfait d'avoir conquis la Silésie, traita de la paix pour soji propre compte avec Marie-Thérèse, et laissa ses alliés se tirer d'aflfaire comme ils le pourraient. Forcés alors de se réfugier sous les murs de Prague, les Français y furent investis par l'armée autrichienne le 24 juillet. Ils s'y trouvèrent dans la position la plus difficile et menacés de la famine. Une armée envoyée de France à leur se-
140 LES CAPIXULATIOXS.
COUTS, ne put parvenir jusqu*à la Bohême. U devenait impossible de rester plus longtemps dans Prague ; le maréchal de Belle-Isle reçut de Paris Tordre impératif d'en sortir. L'ordre était plus facile à donner qu'à exécuter, £ait observer Frédéric II dans ses mémoires. Pour y réussir il importait de donner le change aux troupes du blocus. Le maréchal résolut, à cet effet, de laisser dans Prague quelques milliers d'hommes, y compris les malades et les blessés, sous un chef assez ferme pour imposer à la population et ne pas se laisser intimider par l'ennemi. 11 confia cette mission à l'illustre Chevert et lui donna les instructions les plus précises. L'armée, forte de 15,000 hommes, avec trente canons et un long convoi de vivres, sortit heureusement de Prague le 16 décembre au soir ; elle traversa les montagnes par un froid excessif, endura d'horribles souffrances, fut obligée de livrer plusieurs combats et arriva enfin, le 27 décembre, à Egra, au débouché des montagnes, réduite de moitié, mais l'honneur sauf. Elle avait marché pendant dix nuits, à raison de quatre heures par nuit, dans des chemins affreux. Pendant ce temps, Chevert disposait sur les remparts, pour tromper l'ennemi, tous les hommes qui pouvaient tenir debout (il avait 4,000 malades et environ 1,800 hommes pris dans tous les corps de troupe), puis lorsqu'il devint impossible de dissimuler le petit nombre de ses soldats, il menaça de mettre le feu
aux quatre coins de la ville si Pon faisait mine de Tattaquer. Pendant dix jours, il maîtrisa par sa ferme contenance Tannée assiégeante, la population et une partie de la garnison, mécontente d^être sacrifiée. Enfin, lorsqu^l sut Tarmée en sûreté, fidèle à la consigne qu41 avait reçue, il consentit à rendre Prague et en sortit avec les honneurs de la guerre, pour rejoindre le maréchal de Belle-Isle à Egra, ayant acquis autant de gloire que s'il avait soutenu un véritable siégea
Lorsque, au mois de septembre 1796. Moreau se vit, par suite de la défaite de Tarmée de Sambre-et- Meuse, forcé de reculer en combattant depuis les bords du Lech jusqu'au Rhin, puis obligé de passer à Vieux-Brisach sur la rive gauche du fleuve, les Français ne possédèrent plus sur la rive droite que deux points : le fort de Kehl et la tête de pont de Huningue. Prolonger la résistance sur ces deux points, de manière à permettre à son armée et à celle de Sambre-et-Meuse de se réorganiser , telle fut alors la résolution de Moreau. Il confia la défense de Kehl à Desaix, assisté de Gouvion-Saint-Cyr, avec trois divisions d'infanterie. A des fortifications informes et à demi ruinées, Desaix, par son activité incessante, substitua des ouvrages habilement tracés et
1. Général Pajot, la Guerre sous Louis XV; M. le duc do Broglie, Frédéric II et Louis XV.
142 LE.S CAPITULATIOXS.
feoli l^rinent établis. Les lenteurs de rennemi. occupé à se cou\Tir lui- iiiéine par des lignes de circonvallation. lui en laissèrent tout le temps. Un mois fut ainsi employé de part et d'autre : après quoi commença la lutte pied à pied. Elle dura 53 jours, pendant les<^|uels Desaix et Saint-Cyr multiplièrent les défenses et forcèrent Tennemi à s'y reprendre à plusieurs fois pour enlever chaque ouvrage. Moreau voyant la place enfin près de succomber, ayant atteint le but qu'il s'était proposé, puisque les armées françaises s'étaient reformées à l'abri du fleuve et avaient pu même envoyer deux divisions en Italie, Moreau, dis-jc, ordonna à Desaix de capituler aux conditions les plus avantageuses. Ces conditions furent l'abandon pur et simple de Kelil j^ar la garnison , sortant avec les honneurs de la guerre et emmenant tout son matériel. Vingt-quatre heures suffirent alors pour détruire tout ce qu'on ne pouvait emmener et pour IkjuIc verser les fortifications, afin de ne laisser à Tennemi que des ruines.
Tout se passa de même, à très peu près, pour la tête de 2>ont de Huningue, que défendait Abatucci, un général de vingt-sept ans.
Le 27 novembre 1796, après un mois de travaux préliminaires, le feu violent de treize batteries rompit h- pont de bateaux qui joignait le fort à la rive gauche. Le général autrichien fit sommation à la ^^lace de se rendre. Abatucci répondit par un refus et fut
blessé à mort, trois jours après, dans un violent combat (le nuit, en chassant Tennemi d'un ouvrage dont il s'était emparé. Après sa mort la garnison continua son opiniâtre résistance ; plusieurs sorties glorieuses signalèrent la défense jusqu'à ce que, le 3 février, les tranchées de l'ennemi fussent arrivées à 80 pas des fortifications ] alors le général Dufour, qui avait remplacé Abatucci dans le commandement, capitula, conformément aux instructions formelles qui lui avaient été laissées par le général en chef et obtint les mêmes conditions que la place de Kehl.
Abatucci ne devait pas être le seul général illustré par la défense de Huningue. Il se passa, dans cette même ville, au mois d'août 1815, un fait qui a pu être oublié au milieu d'événements plus considérables, mais que tout Français devrait se rappeler avec orgueil. La place de Huningue renfermant une garnison de 135 hommes (100 canonlîiers, 30 fantassins, 5 gendarmes), fut investie par l'armée autrichienne, forte de 25,000 hommes, aux ordres de l'archiduc Jean. Le général Barbanègre, qui commandait la place, refusa de se rendre 5 l'ennemi construisit 28 batteries, armées de 130 bouches à feu ; la place avait 30 pièces pour leur répondre. Grâce au patriotisme et au dévouement de la population, des abris blindés furent construits partout pour mettre à couvert le matériel, les soldats et les liabitants. Le feu commença le 14 août. Bientôt Hu-
ningue ne fat plus qu'un monceau de ruines ; aucun courage ne se démentit; les femmes et les enfants même ne craignaient pas de s'exposer au feu pour porter des munitions sur les remparts. Le 22 août, une explosion fit sauter la redoute Custine, un des ouvrages extérieurs ; 400 Autrichiens en profitèrent pour occuper cet ouvrage ; la petite garnison les en chassa immédiatement. Le 23 août, le général Barbanègre fut sommé de nouveau de se rendre, sous peine de voir incendier la ville ; il proposa de reconnaître le gouvernement de Louis XVlil et d'arborer le drapeau blanc, à condition de conserver la place ; les ennemis refusèrent.
Enfin, le 26, un armistice fut conclu, et Barbanègre capitula, après un bombardement de treize jours, obtenant de sortir avec les honneurs de la guerre. Lorsqu'il défila devant l'archiduc, précédé de deux tambours et suivi de 50 hommes, seuls restes des glorieux défenseurs de Huningue, l'ennemi ne put d'abord en croire ses yeux \ mais bientôt rendu à l'évidence, il salua la troupe héroïque de ses acclamations d'enthousiasme. Néanmoins , le général Barbanègre fut poursuivi, plus tard, pour avoir tiré sur la ville de Baie. Le conseil d'enquête devant lequel il comparut le renvoya absous à l'unanimité ; mais au même moment aucune poursuite n'était exercée contre les commandants des places d'Avesnes, de Péronne, de Cambrai (citadelle), qui s^étaient
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LES PLACES FOUTES. 14o
- rendus à première sommation, sans tirer presque un seul coup de fusil !
Il est à peine besoin de faire ressortir la différence entre les deux situations de 1796 et de 1815. Lorsque Abbatucci défendait, sur le territoire étranger, la tête de pont de Huningue, il prenait part à une opération militaire 5 il prolongea sa résistance dans les limites déterminées par ces opérations et conformément aux instructions du commandant en chef. Barbanègre, investi par Tennemi dans une place française, responsable de la conservation d'une partie, si petite qu'elle fût, du territoire national, se défendit à outrance 5 c'est ce que devra faire tout commandant de place dans sa position.
Rappelons d'ailleurs que si, à la fin de 1813, après les désastres de Leipzick, il eût été possible aux garnisons enfermées dans les places allemandes de Dresde, Torgau, Wittenberg, Magdebourg, Hambourg, Erfurt et Wiirtzbourg, de sortir, de se grouper et de former, pour marcher sur le Rhin, une armée de 100,000 hommes, la France aurait été certainement sauvée en 1814. Les commandants de ces garnisons devaient-ils et pouvaient-ils exécuter ce plan? C'est là une question en dehors du sujet qui nous occupe. Revenons aux défenses de places restées célèbres dans l'histoire.
On a l'habitude de placer au premier rang la défense de Grave, sur la basse Meuse, par M. de
CAPlTaL. 10
Chainîlly, en 1674. Elle dura 93 jours et coûta 16,000 hommes au prince d'Orange, qui assiégeait la place. La garnison ne comptait en tout que 4,000 hommes, pourvus, presque à Texcès, de tous les moyens de défense, mais ayant peu de vivres. Chaque jour du siège fut marqué par une sortie ou par une action de vigueur, et lorsque Louis XIV donna au marquis de Chamilly Tordre de capituler, rien ne restait plus debout dans la ville de Grave. Elle aurait cependant pu tenir encore quelques jours, dit Voltaire, Thistorien de ce règne, mais le roi jugea inutile de perdre plus de monde pour une ville qu41 ne pouvait pas secourir et qu'il ne voulait pas conserver *.
La plus belle défense de place sous Louis ^JY,
1. Au point de vue épisodiquo, le siège de Grave eut de remarquable la nomination d'un sergent au grade de lieutenant, chose qui ne s'était jamais vue et ne se vit plus souvent ; le sergent Lalleur, du régiment de Dampierre, envoyé e/i para" avec 21 hommes, ramenait dans la place des prisonniers faits par lui, quand il fut attaqué par 200 Hollandais ; il se retrancha dans une masure, leur tua 34 hommes, mit les autres en fuite et rentra dans Grave avec ses prisonniers. Sur la demande de M. de Chamilly, Louis XIV lui donna le grade de lieutenant et une gratification de 500 écus. Une autre remarque à faire, c'est que M. de Chamilly, nommé maréchal de France trente ans plus tard, fut de son vivant beaucoup moins célèbre pour avoir défendu Grave que pour avoir été le héros d'une histoire d'amour. C'est lui qui, en 1664, entrant dans une ville de Portugal avec son escadron de cavalerie, avait enflammé le cœur d'une religieuse portugaise, dont il avait reçu les lettres les plus passionnées, et qui, de retour en France, racontant sa conquête avec toute la légèreté d'un jeune officier, avait montré à tout le monde ces lettres, imprimées depuis lors et devenues comme classiques, sous le titre de Lettres porlugaises.
après celle de Grave, fut peut-être la défense de Bonn, par le baron d'Asfeld, un des généraux désignés par l'opinion publique pour commander en chef, et qui fut blessé à mort le jour de l'assaut. Il avait résisté pendant trois mois derrière de mauvais remparts, d'abord assiégé dans les règles, puis bombardé par cent canons et mortiers, puis bloqué, puis assiégé de nouveau. La garnison était, au début, de 6,000 hommes; il en restait au bout de trois mois 3,000, dont 1,200 malades et blessés.
La défense de Bonn n'a cependant pas conservé dans l'histoire la même réputation que cellede Lille et de sa citadelle, sous les ordres du maréchal de Boufflers, en 1708. Saint-Simon nous a laissé, à ce sujet, dans ses Mémoires^ le portrait d'un gouverneur de place assiégée, portrait qu'il serait bien à désirer de voir toujours réalisé 5 on ne saurait trop le répéter, le côté moral de la guerre, celui que Napoléon en appelle la partie divine, ne change pas d'un siècle à l'autre. Le maréchal de Boufflers, nous apprend Saint-Simon, était gouverneur général de la Flandre et gouverneur particulier de Lille. Comprenant, d'après les mouvements de l'ennemi, que cette place allait être assiégée, il prit en secret les mesures nécessaires pour se procurer de l'argent, puis, avec l'agrément de Louis XIV, il se jeta dans Lille, emportant 100,000 écus de son bien, ayant emprunté, en outre, ou pris au nom du roi tout ce qu'il put trouver.
148 LES CAI'ITCLATIOKS.
11 enrégimenta 4,000 fuyards du combat d'Audenarde, 3,000 jeunes gens de la ville et porta ainsi ss garnison à vingt et un batailloDH d'infanterie, avec deux régimentH de dragons. Le 12 août, Lille était investi par le prince Eugène, qui amenait un équipage de 160 pièces, dont 50 mortiers. Le duc de Bourgogne et Vendôme, commandant l'année en Flandre, ne firent rien pour aecourir la place, et Bouiflers se trouva réduit à ses propres foi-cee. « L'ordre, l'exactitude, la vigilance », dit Saint- Simon, que je cite ici textuellement, « c'était où il
« excellait II voyait tout et donnait ordre à tout
K sous le plus grand feu, comme s'il eût été dana sa « chambre..,. Sa prévoyance s'étendait h tout, et « dans l'exécution il n'oubliait rien.,. Les soins qu'il
* prit en arrivant, pour feire durer les munitions de
* guerre et les vivres, l'égale proportion qu'il fit
* garder en tous les temps du siège, en la distribu- « tion du pain, du vin et de la viande, où il présida « lui-même, et lus aoins infinis qu'il fit prendre et « qu'il prit lui-même des hôpitaux, le firent adorer « des tronpes et des bourgeois. Il les aguen-it, je dis e les troupes de salade qui faisaient la plus nom- « breuse partie de sa garnison, les fuyards d'Aude- « narde et les bourgeois qu'il avait enrégimentés et I eu fit des soldats (jui ne furent pas inférieure 4 « ceux des vieux corps....
« Attentif à éviter, autant qu'il le pouvait, la fa-
« tigue aux autres et les périls inutiles, il fatiguait « pour tous, se trouvait partout et sans cesse voyait « et disposait par lui-même et s'exposait continuelce lement. Il couchait tout habillé aux attaques et il « ne se mit pas trois fois dans son lit depuis Touver- « ture de la tranchée jusqu'à la chamade. On lui « reprocha qu'il s'exposait trop ; il le faisait pour « tout voir par ses yeux et pourvoir à tout à mesure 5 « il le faisait aussi pour l'exemple et pour sa propre « inquiétude que tout allât et s'exécutât bien, etc., « etc. \ »
Ne pourrait-on pas imprimer cela aujourd'hui, avec ce titre : le Parfait gouverneur ?
L'histoire du siège de Lille ne présente, d'ailleurs, rien de particulier ; mais elle est remarquable par le nombre et la vigueur des actions. Les sorties furent fréquentes 5 les attaques de chemins couverts, exécutées par trois endroits à la fois et par 10,000 hommes, furent à plusieurs reprises victorieusement repoussées. Le 5 octobre, 16,000 hommes y échouèrent encore, mais ce jour-là une demi-lune, comme je l'ai dit plus haut, fut enlevée par surprise et par la faute d'un lieutenant-colonel qui s'était endormi. Enfin, le 13 octobre, une partie du chemin couvert fut prise 5 la brèche était praticable sur une largeur de cent mètres 5 le maréchal Isi fit escavper
1. Saint-Simon, Mémoires, édition Chéruel et Régnier. In-16 tome VI, chap. viii.
150 LES CAPITULATIOXS.
et barrer avec des arbres et tout ce qu'on put trouver de grilles de fer. Le 20 et le 21, trois nouvelles brèches furent faites; les vivres commençaient à manquer; Boufflers capitula le 23, après deux mois de tranchée ouverte, ayant quatre jours pour se retirer dans la citadelle. Là, il se défendit de nouveau et avec la même opiniâtreté jusqu'au 9 décembre, date à laquelle il lui fallut bien se rendre, n'ayant plus de vivres pour sa garnison de 6,000 hommes.
Le commencement des guerres de la Révolution fut marqué par de nombreux sièges : il en est peu cependant oii la défense mérite d'être signalée. Le siège de Valenciennes, en 1793, commença par la résistance héroïque du gouverneur et de la garnison ; il se termina par une capitulation prématurée, sous la pression des habitants eflfrayés par le bombardement et les menaces du général ennemi. La défense de Mavence, en cette même année 1793, est une des plus glorieuses : j'en ai déjà parlé plus haut.
La prise de Menin par Moreau, le 30 avril 1794, fut signalée par un fait dont il est peu d'exemples : le général Hammerstein, s'y voyant cerné, ne voulut point exposer les émigrés qui composaient en grande partie sa division, à tomber aux mains des républicains; il sortit, dans la nuit du 30 avril, avec toute la garnison, forte de plus de 3,000 hommes, culbuta tout ce qu'il avait devant lui, tua et
prit un grand nombre d^hommes, enleva des canons et se retira dans Bruges. Menin ouvrit ses portes le lendemain mâtiné
Parmi les nombreuses places prises ou reprises par les armées françaises, en 1794, il en est d'ailleurs très peu qui se soient bien défendues. Celle de Grave fit cependant exception, en souvenir, sans doute, de M. de Chamilly et du siège de 1674. Le colonel suisse Debons, son gouverneur, se conduisit plus courageusement que les commandants des places de Nimègue, Vanloo, Maëstricht, etc., qui venaient de se rendre avec une extrême facilité. Sans espoir d'être secouru, n'ayant qu'une garnison de 1,500 hommes, il opposa aux efforts du général Salm qui l'attaquait, une opiniâtreté extraordinaire et ne consentit à capituler qu'après deux mois d'investissement et trois semaines d'un bombardement sans relâche, ayant épuisé tous ses vivres et toutes ses munitions.
La défense de Roses, à la même époque, eut une
1. Un fait analogue s'était passé à Haguenau, en 1705, pendant la guerre de la succession d'Espagne. Le commandant de la place, un Italien nommé Perl, s'était défendu pendant huit jours avec courage. Voyant que la résistance n'était plus possible, il sortit le soir ave(ri,000 hommes, tandis que le colonel Arting amusait l'ennemi avec le reste de la garnison, soit 600 hommes. Péri traversa heureusement les lignes ; Arting, après s'être battu pondant quelque temps, se déroba, rejoignit son chef, et tous deux arrivèrent sans encombre à Saverne avec leurs i,500 hommes. Péri fut nommé lieutenant général et Arting brigadier.
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grande réputation. Ce qui en diminue le mérite, c'est que les assiégés étaient maîtres de la mer. Koses, on le sait, est située au fond du golfe qui porte son nom, au nord de la Catalogne. Une flotte espagnole de 13 vaisseaux de ligne et de 45 bombardes se trouvait dans son port au moment où elle fut investie par Tarmée des Pyrénées -Orientales, que commandait le général Pérignon. La garnison était composée de 5,000 hommes d'excellentes troupes. Le siège commença le 28 novembre 1794; le froid ne tarda pas à devenir excessif, et les souffrances des assiégeants furent extrêmes. La neige, sur une épaisseur de trois pieds, couvrait le terrain des attaques et des camps ; des sentinelles furent trouvées gelées ; il fallut relever les postes de demiheure en demi-heure. Vers la lin de janvier, les travaux de tranchée durent cesser; la terre était trop dure, et le siège se transforma en un duel d'artillerie. Le 31 janvier, tous les retranchements extérieurs furent enlevés par les Français ; de larges brèches étaient ouvertes dans le coi-ps de place ; Tassaut allait être donné ; le gouverneur Yzquierdo se décida à évacuer Roses pendant la nuit du 2 au 3 février, en y laissant trois cents hommes qui devaient continuer le feu pour tromper les assiégeants et s'embarquer eux-mêmes au point du jour. Par suite d'une erreur, les bateaux qui devaient les emmener s'éloignèrent avec la flotte ; ces trois cents hommes.
abandonnés dans la ville de Roses, arborèrent le drapeau blanc et se rendirent prisonniers \
Le général Monnier, défendant la place d'Ancône, en 1799, avait, au contraire, à supporter les attaques de deux flottes turque et russe, en même temps qu'il était assiégé sur terre par une armée autrichienne, augmentée de tous les insurgés du pays. Il n'avait qu'une faible garnison de 2,000 hommes, épuisée par la famine, entourée d'une population dont les souflfrances, comme celles des troupes, étaient horribles. Vainement il avait voulu adoucir le sort de ces malheureux, en leur permettant de sortir ; les Autrichiens qui, cependant, avaient la prétention de venir les délivrer de l'oppression des Français, les repoussèrent ; il fallut leur rouvrir les portes de la ville pour ne pas les exposer à périr sous le feu des deux partis. Dans ces conditions défavorables, Monnier résista deux mois et demi ; il fit de nombreuses sorties, dans l'une desquelles il battit à plate couture un corps d'armée de 10,000 hommes. Enfin le 16 novembre il capitula, n'ayant plus ni vivi^es, ni poudre ; la garnison rentrait en France, avec engagement de ne pas servir jusqu'à échange. En témoignage d'estime pour la magnifique défense du général Monnier, les généraux autrichiens lui accordèrent, pour traverser l'Italie, une garde d'hon-