‹ Les capitulations; étude d'histoire militaire sur la responsabilité du commandementChapitre 39 sur 116 · Victoires et Conquêtes, lome IV · texte numérisé non relu

Victoires et Conquêtes, lome IV

neur de 25 cavaliers et 30 carabiniers. On se demande l>ourquoi cette défense n'est pas restée célèbre autant que celle de Gênes. Cela tient, sans doute, à ce que le sort d'Ancone ne présentait pas le même intérêt que celui de la place dans laquelle Masséna se couvrit de gloire. Cela tient surtout à ce que le général Monnier tomba plus tard en disgrâce pour avoir voté contre TEmpire.

Renfermé dès le 5 avril 1800, avec 18,000 hommes, dont 12,000 combattants, dans le camp retranché que formaient les fortifications de Gênes, n'ayant guère de vivres que pour une trentaine de jours , Masséna livra aux Autrichiens plusieurs combats brillants. Tandis qu'il combattait au dehors, des émeutes éclataient dans la ville, et une partie de la garnison était obligée de bivouaquer sur les places, pour contenir le parti favorable aux Autrichiens. Du 10 au 20 mai, il prolongea la résistance, en faisant manger à ses soldats, aux prisonniers autrichiens et aux habitants pauvres qu'il nourrissait, des choses sans nom. Il importait, cependant, de tenir jusqu'à la dernière extrémité , pour donner à l'armée de réserve le temps de descendre des Alpes sur les derrières de l'armée autrichienne. A partir du 20 mai, l'énergie seule de Masséna soutint la garnison. « Encore quelques « heures peut-être », disait-il, « et vous serez délivrés « et vous aurez rendu à la patrie un immense ser- « vice. » Enfin, le 4 juin, les vivres, ou ce qui ente-

nait lieu, faisant absolument défaut, il capitula, ou plutôt il consentit à évacuer Gênes avec la garnison, libre d'aller se joindre au corps d'armée de Suchet sur les lignes du Var. Par des sacrifices héroïques, les défenseurs de Grênes avaient assuré le triomphe de Farmée de réserve. Les Autrichiens rentraient dans la ville, le 5 juin; le général Lannes, devançant le premier Consul, gagnait le 9 la bataille de Montebello; Bonaparte lui-même terminait, le 14 juin, la campagne par la victoire de Marengo. La défense prolongée de Gênes, la présence, sur le revers de l'Apennin, de la garnison jointe au corps de Suchet, contribuèrent à ces brillants événements, en les rendant possibles ; les quelques jours de résistance dus à l'énergie de Masséna avaient porté leurs fruits. C'est le cas de répéter avec nos règlements actuels : « L'officier qui commande une place de guerre ne « doit jamais perdre de vue qu'il défend un des bou- « levards de la patrie, l'un des points d'appui de ses « armées et que de sa reddition, avancée ou retardée « d'un seul jour, peut dépendre le salut du pays. » Les premières campagnes de l'Empire, en 1805 et en 1806, ont été de vrais coups de foudre dans lesquels les sièges n'ont joué qu'un bien faible rôle ; mais dès l'année 1807, les places fortes regagnèrent leur importance, et ce serait être injuste envers les généraux et les troupes qui ont pris part à leur attaque ou à leur défense que de les eflfacer complè-

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tement derrière les armées victorieuses à Austerlitz, à Friedland, à Wagram, à la Moskowa et dans toutes les grandes batailles de cette époque.

Seuls, les gouverneurs et les garnisons de Graudenz, de Colberg et de Dantzick, relevèrent l'honneur des armes prussiennes au milieu de F effondrement moral qui fut la conséquence des défaites dlena et d'Auerstsedt. Le général de Courbière, gouverneur de Graudenz, sommé de se rendre sous prétexte que le royaume de Prusse n'existait plus, répondit fièrement : « Eli bien ! alors, je suis roi de Graudenz ! » Cette place et celle de Colberg, où commandait Tillustre Gneisenau , furent sauvées par la paix de Tilsitt. Dantzick, défendue par Kalkreutli , ne se rendit au maréchal Lefebvre ou plutôt u Xapoléon lui-même, qu'après un siège glorieux qui dura deux mois, dont cinquante et un jours de tranchée ouverte.

C'est surtout en Espagne que les sièges furent nombreux. De 1808 à 1813, trente trois places y furent assiégées par les Français, et ils en défendirent bien près d'une quinzaine. Plusieurs de ces sièges, tels que ceux de Saragosse, de Girone, de Lérida, de Tortose, de Tarragone, de Badajoz, trois fois assiégée, de Ciudad-Rodrigo, d'Almeïda, Burgos, Saint- Sébastien, Pampelune,etc., sont demeurés célèbres ajuste titre. La défense de Saragosse par les Espagnols a obtenu dans l'histoire la même popularité

que celles de Jérusalem, de Sagonte, de Numance, etc. Il en a été question plus haut ; elle consista surtout en une guerre de rues, appuyée sur des couvents qui avalent été transformés en forteresses intérieures. La défense de Girone, aussi héroïque et non moins opiniâtre, rentre davantage dans la catégorie des sièges ordinaires : elle peut donc • mieux servir d'exemple.

Située en Catalogne, sur la route de Perpignan à Barcelone, au bord du Ter et au pied de hauteurs fortifiées, Girone était protégée par plusieurs ouvrages avancés, dont le principal était le fort de Montjouich. Elle avait déjà été, en 1808, l'objet de plusieurs tentatives et servait de point d'appui aux bandes qui tenaient la campagne , lorsque le 8 mai 1809, le général Verdier arriva sous ses murs, avec un équipage de siège de 71 bouches à feu. La garnison se composait de 6,000 soldats et de 4,000 paysans armés, auxquels se joignit toute la partie valide d'une population de 20,000 âmes, fanatisée par les prêtres et par les moines. Les opérations du siège commencèrent le 24 mai 5 trois divisions y concoururent, sous les ordres supérieurs de Gouvion Saint-Cyr ; les attaques furent dirigées d'abord sur le fort de Montjouich, dans lequel une batterie de 20 bouches à feu, établie sur le roc et couverte par 80,000 sacs à terre, fit une large brèche. Un assaut fut alors donné et repoussé après un combat des plus

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acharnés; mais le fort n'était plustenable, et sa garnison, réduite de 900 hommes à 400, l'abandonna après 37 jours de tranchée ouverte. Les attaques furent alors tournées contre la place et le 19 septembre un nouvel assaut fut tenté ; les femmes et les enfants prirent part au combat avec un acharnement féroce; les assaillants furent encore repoussés.

La situation des deux partis était également mauvaise. L'armée de siège n'avait presque plus de projectiles ; elle comptait près de 7,000 hommes dans les hôpitaux. Les assiégés étaient réduits à un quart de pain tous les trois jours et à un peu de viande, sans huile, sans sel, sans vin, sans eau-devie. Des hommes et des femmes tombaient morts d'inanition dans la rue. Le siège fut converti en blocus. Le général Blake parvint à faire entrer dans la place un convoi de vivres et de bestiaux, mais cette ressource fut bientôt épuisée, et Blake, en cherchant, le 1®' novembre, à faire entrer un nouveau convoi, fut battu par Gouvion Saint-C^T, sous les veux même des malheureux défenseurs de Girone. La viande de cheval et de mulet était épuisée ; Tair était empesté par les cadavres en putréfaction ; le typhus se joignait à la famine ; le gouverneur, don Alvarès, était mourant. La place capitula enfin le 11 décembre, après sept mois de siège ou de blocus.

J'ai déjà parlé du fort de Sagonte, assiégé au mois de septembre 1811 par le maréchal Suchet. La gar-

nison de ce fort résista à trois assauts furieux et ne capitula que lorsque la défaite de l'armée de Blake lui eut enlevé tout espoir d'être secourue.

Les Français qui, dans l'attaque des places espagnoles, notamment à Saragosse, à Tortose, à Tarragone, avaient déployé toutes les vertus guerrières, se distinguèrent plus encore peut-être en défendant ces mêmes places. Que d'exemples à citer ! Le siège d'Almeïda, en 1811, se termina par un dénouement analogue à celui de Menin. D'après l'ordre de Masséna, commandant l'armée de Portugal, le général Brenier, gouverneur d'Almeïda, fit charger toutes les mines préparées à l'avance pour faire sauter les fortifications, noya les poudres, brisa les pièces d'artillerie, démolit les afifûts et sortit de la place, laissant un officier du génie avec 200 hommes pour mettre le feu aux mines. Il franchit heureusement les lignes de l'ennemi, qui ne put que poursuivre son arrière-garde et prendre une partie du détachement resté en arrière ; il atteignit ainsi le corps d'armée envoyé par Masséna pour l'attendre et à qui une efifroyable explosion venait d'apprendre le sort d'Almeïda. « C'est là » , dit Marmont, « une des « plus vigoureuses résolutions qui furent jamais « prises, et un grand bonheur en accompagna l'exécu- « tion. » On prétend même que Wellington, furieux de voir détruire une place sur laquelle il comptait pour donner un point d'appui à ses opérations ulté-

rieures, s^ écria: « L'action de Brenier vaut une vic- « toire pour Tannée française. » Je me hâte d'ajouter qu'une opération de ce genre, possible avec une petite garnison, serait absolument interdite à une troupe nombreuse, car elle mettrait à défiler assez de temps pour permettre à l'armée d'investissement de se réunir, soit pour l'écraser pendant son passage, soit pour la poursuivre une fois passée.

J'ai déjà parlé de la garnison française de Badajoz, soutenant victorieusement, en 1811, les attaques de Wellington, jusqu'à ce qu'elle fût secourue par SoultetMarmont. Elle succomba, quelques mois plus tard, après une défense mémorable, vaincue cette fois par une surprise et par des moyens d'attaque incomparablement supérieurs à ceux dont elle disposait en hommes et en artillerie. Trois mille hommes avaient lutté contre une armée de cinquante mille et repoussé le plus terrible assaut de nuit que l'on connaisse, assaut dans lequel l'ennemi perdit 3,600 hommes ; en voilà assez pour la gloire du gouverneur, le général Philippon, et de tous ceux qui le secondèrent si bravement.

La défense de Saint-Sébastien par le général Rey, en 1813, fut plus extraordinaire encore. Si l'on a égard à la faiblesse de la garnison, attaquée à la fois par une armée et par une flotte, à la vigueur de l'assiégeant et à la famine qui força le gouverneur à capituler, on mettra certainement cette

défense au-dessus de celles de Grave et de Lille. Ucau même faisait défaut aux assiégés; le seul aqueduc qui alimentait la ville avait été coupé par Tennemi, et Ton était réduit aux ressources des citernes : il fallut rationner Teau comme le pain. La garnison supporta 59 jours de tranchée ouverte et cinq assauts. Au dernier de ces assauts, les assiégés, pleins d'enthousiasme, s'étaient juré de repousser encore T ennemi. Une bombe, en éclatant, mit le feu à un tas dé grenades et d'obus préparés au sommet de la brèche ; l'explosion renversa les défenseurs et produisit un instant de confusion dont les Anglais profitèrent pour s'élancer dans la place. La garnison put cependant se retirer en bon ordre dans le château et s'y défendre quelques jours encore. Quand les vivres furent épuisés, elle se rendit \

Nous avons vu comment, un peu plus tard, réduit par la famine , le général Cassan , gouverneur de Pampelune, capitulait après quatre mois de blocus. Pendant ce temps, Lapoype, un vétéran de la Révolution, divisionnaire de 1792, un de ces républicains restés à l'écart pendant les grandeurs de l'Empire pour reparaître à l'heure du danger, s'immortalisait par la défense de Wittenberg, sur l'Elbe. Rapp à Dantzick, supportant, sans se laisser émouvoir,

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