Précis des guerres de Frédéric II. Campagne de
une retraite prudente. Qu'on lise Thistoire des deux grandes batailles dans lesquelles Nelson a détruit la marine française : on verra, à celle d'Aboukir, Taile droite deTescadre deBrueys faire voile pour Malte, au lieu de secourir les vaisseaux engagés dans la lutte, et à celle de Trafalgar, Tavant-garde de la flotte franco-espagnole se laisser aller au vent en s' éloignant du combat ; tandis que les bâtiments qui amenèrent leurs pavillons en ces deux désastreuses journées le firent dans les conditions les plus glorieuses : le Redoutable, après avoir perdu 522 hommes sur 643 ; VAlgésiras, ayant son équipage réduit dé moitié et refoulé sur le gaillard d'arrière.
Dans le combat, comme dans la navigation et au mouillage, l'officier de marine doit compter avec les éléments. Un ouragan peut le jeter à la côte, comme V Indomptable et sept autres vaisseaux, après la bataille de Trafalgar ; comme quinze navires de la flotte de Tourville, brisés sur les côtes de Brest et de Cherbourg après la bataille de La Hougue ; comme nous avons vu le Henri IV et le Pluton, le 14 novembre 1854, à Eupatoria. Un incendie éclatant à bord de son bâtiment peut le faire sauter, comme le vaisseau amiral V Orient à Aboukir, couïmo^V Achille englouti avec tout son équipage dans les eaux de Trafalgar; comme il faillit arriver, le 17 octobre 1854, devant Sébastopol, au Charlemagne et surtout au vaisseau anglais V Albion, qui reçut trois obus dans
sa soute aux poudres. En dehors du combat, son sort peut tenir à un écueil, oublié sur les cartes marines ou soulevé par un cataclysme récent, à la rencontre dans une nuit brumeuse d'un autre bâtiment qui a négligé les précautions imposées par les règlements ; mais son commandement s'exerce sur un espace restreint, où il est en communication constante avec tout son état-major et tout son équipage, où ses ordres sont immédiats et directs, où tout se passe à portée de sa vue.
Le sort d'un gouverneur de forteresse dépend de la conduite et des actions d'une foule de subordonnés qui échappent à sa surveillance. Dans la plus belle défense, celle de Lille, par exemple, en 1708, le maréchal de Boufflers se voit, pendant la nuit et par la faute d'un lieutenant-colonel qui s'était endormi, enlever une demi-lune, sur la résistance de laquelle il était en droit de compter pour quelques jours encore ; ce qui, dans le calcul mathématique des attaques pied à pied, abrège d'autant la durée de la défense ^ A Trêves, en 1678, tandis que le maréchal de Créqui, l'épée à la main, résiste aux assaillants sur la brèche, un capitaine de Navarre se laisse glisser dans le fossé et conclut avec l'ennemi une capitulation acceptée par ses camarades ;
1. Mémoires de Saint-Simon. Édition Ghéruel ; in-i6, t. VI. — Le maréchal do Boufflers eut la générosité' de ne pas faire connaître le uom de cet officier dans sou rapport.
le maréchal, n'ayant plus autour de lui qu'un petit nombre de soldats fidèles, est forcé de se rendre. A Badajoz, en 1812, le général Philippon repousse opiniâtrement les assauts furieux des troupes de Wellington ; déjà la garnison, enivrée par le combat, pousse des cris de victoire, et le général anglais s'apprête à faire sonner la retraite, quand un bataillon hessois, par trahison ou par négligence, laisse escalader les murs du château dont la garde lui était confiée 5 les défenseurs de la brèche sont pris à revers, et, après une lutte acharnée, le gouverneur et les débris de la garnison se rendent à discrétion. Ainsi, échoue une des plus héroïques défenses dont l'histoire des sièges fasse mention \ Cent exemples pareils montreraient qu'en dépit du dicton : Tant vaut l'homme, tant vaut la 'place, une forteresse ne saurait être dans la main de son gouverneur, comme un navire dans la main de son commandant.
Admettons pourtant que l'assimilation entre ces deux commandements puisse être complètement établie. Est-ce bien le code de l'armée de terre qui devra être modifié ?
Pour répondre à cette question, il importe de connaître, non seulement la loi, mais le décret du 23 octobre 1883, portant règlement sur le service dans les places fortes. D'après l'article 209 du Code