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Do la Jonquière, Histoire de l'empire ottoman

l'oasis de Zaatcha, le 7 octobre 1849, le général Herbillon commença imméliatement ses travaux d'approche ; le 20, deux assauts simultanés furent repoussés avec perte. A partir du 8 novembre, renforcé par plus de 4,000 hommes et par des canons de 12, il poussa les opérations avec vigueur : les vives sorties des assiégés furent repoussées ; enfin, le 26, à 8 heures du matin, trois colonnes commandées parles colonels de Barrai, Canrobert et de Lourmel franchirent tous les obstacles et pénétrèrent dans Zaatcha , où il fallut faire sauter plusieurs maisons par la mine, pour venir à bout de leurs acharnés 4éfenseurs. C'est là que le colonel Canrobert, par la vigueur avec laquelle il enleva ses zouaves, porta à son comble la réputation qu'il s'était acquise dans les combats d'Afrique, et le siège de Zaatcha peut être considéré comme le premier échelon de la gloire si justement acquise par le héros de Saint- Privat.

La défense de Puebla, en 1863, présente comme un reflet de celle de Saragosse. Ainsi que la capitale de r Aragon, Puebla eut à soutenir deux sièges successifs. Le lecteur se rappelle, sans nul doute, Texpédition du général de Lorencez en 1862 : une brigade de 6,000 hommes, se heurtant le 5 mai à la ville de Puebla, défendue par 12,000 hommes ; les murs du château de Guadalupe , battus avec du canon de campagne à la distance insensée de 2,000

mètres * ; une attaque de vive force tentée et repoussée avec une perte de près de 500 hommes, et le général de Lorencez , forcé de reculer jusqu'à Orizaba, où il fut assiégé à son tour. Il fallut envoyer au Mexique une armée de 30,000 hommes sous les ordres du général Forey; mais tout manquait à cette armée pour s'avancer dans un pays comme le Mexique, ou plutôt on ne connaissait pas le pays, et Ton perdit, à s'organiser à Vera-Cruz, deux mois qui furent mis à profit parles Mexicains. Depuis le 5 mai 1862, la ville ouverte de Puebla avait été transformée en une véritable place forte, remarquable surtout par ses dispositions intérieures. La garnison s'élevait à 22,000 hommes, commandés par le général Ortega. Le siège dura 55 jours, depuis l'ouverture de la tranchée (23 mars 1863) jusqu'à la fin de la résistance (17 mai). Les îlots de maisons avaient été barricadés de manière à former des lignes de défense, des cadres qu'il fallut enlever successivement, et dont quelques-uns, notamment celui du couvent de Santa-Inès, ou cadre n° 52, opposèrent aux assiégeants une résistance invincible. Enfin, le véritable point d'attaque était discerné, les forts principaux étaient pris , l'armée française, pleine de confiance, se préparait à une attaque générale, lorsque Ortega rendit la place. La conduite

1. La brigade Lorencez n'avait avec elle que des canons de 4 rayés.

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de ce Mexicain, avocat de profession et général de circonstance, peut servir de modèle : il n'avait plus ni vivres ni munitions ; il fit détruire tout ramiement et tout le matériel, réunit ses officiers pour leur dire que, l'armée étant dissoute, chacun demeurait maître de ses actions ; puis il écrivit au glanerai Forey que la place était à sa discrétion : « Je « ne puis, Monsieur le Général », disait-il en terminant, « continuer la défense plus longtemps ; si « je le pouvais, croyez bien que je le ferais \ »

La France, pendant la guerre de 1870, a vu tomber un grand nombre de ses places fortes entre les mains de l'ennemi. Un seul commandant s'est comporté à peu près comme l'avait fait Ortega à Puebla. Lorsque, après la bataille de Frœschwiller, le général de Gœssdorf se présenta devant la place de Plialsbourg et somma de se rendre, sous peine d'être bombardé, le commandant Taillant, celui-ci se borna à répondre : « J'accepte le bombardement. » L'investissement dura du 13 août au 12 décembre ; la ville fut, dans cet intervalle de temps, bombardée à plusieurs reprises ; l'attitude de la population fut admirable et ne se démentit pas un instant. Lorsque les vivres furent épuisés, le commandant Taillant détruisit son artillerie et ses munitions, fit ouvrir les portes de la place et écrivit au général commandant les troupes

1. Commandant Canonge, Histoire militaire contemporaine, l. I.

d'investissement qu'il se rendait à discrétion. « Vous « nous trouverez désarmés », disait-il ajuste titre, « mais non vaincus. »

Bitche, que j'aurais dû citer au chapitre précédent, puisque cette petite place ne fut pas prise et ne fut évacuée par la garnison française que le 27 mars, c'est-à-dire deux mois après la signature de l'armistice de Paris, complète avec Phalsbourg et Belfort, la liste trop courte des places dont la défense n'a obtenu du conseil d'enquête que des éloges. On sait qu'investie le 8 août, cette forteresse subit un bombardement d'une dizaine de jours, qui réduisit la ville en cendres et après lequel l'ennemi, voyant l'impossibilité d'en avoir raison, se contenta de la bloquer.

Quant à Belfort, la défense en est restée classique. C'est un des rares souvenirs de la guerre de 1870-1871, qui donnent à un cœur français une consolation sans mélange. Elle dura 103 jours, depuis le 2 novembre 1870 jusqu'au 13 février 1871 ; la garnison comptait 17,000 hommes environ, dont seulement deux bataillons et demi d'infanterie de ligne, cinq demi-batteries d'artillerie à pied et une demi-compagnie du génie ; le reste était formé de mobiles et de mobilisés. La place subit, à partir du 30 novembre, le bombardement le plus violent -, dès le 6 décembre, un officier de l' état-major allemand écrivait que Belfort ne tiendrait plus que

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cinq jours. Xon seulement Belfort tint plus de cinq jours, mais le colonel Denfert ne consentit à rendre la place que sur Tordre du gouvernement français. La garnison sortit avec les honneurs de la guerre, libre de tout engagement. Cette brillante défense fut , sans nul doute , le motif principal de la clause du traité de Francfort qui conserva Belfort à la France. Le pays doit donc au colonel Denfert, à sa courageuse garnison et à la presque totalité de la population de la ville, qui les soutint par son attitude, plus que de Fadmiration, c'est-à-dire de la reconnaissance .

Il me reste à parler d'un siège qui, avec celui de Metz, est un des événements les plus considérables des dernières guerres. Il s'agit de la défense de Plewna, par Osman-Pacha, dans la guerre d'Orient de 1877-1878. Cette défense a été, il faut bien le dire, l'objet de très vives critiques, mais seulement au point de vue du rôle joué par Osman-Pacha dans l'ensemble de la guerre. En un mot, on a blâmé le défenseur de Plewna de n'avoir pas, quand il en était temps encore, abandonné cette position créée par lui et de s'y être laissé enfermer, sans aucune utilité pour le succès définitif des armées turques.

Ce n'est pas ici le lieu d'examiner cette question, non plus que de rechercher jusqu'à quel point sont coupables les généraux qui n'ont secouru Plewna, ni directement, ni indirectement. Si l'on se borne à

Toir comment Osman-Pacha a fortifié et défendu cette place, c'est lui faire injure de comparer sa conduite à celle de Bazaine à Metz.

Lorsque, au commencement du mois de juillet 1877, Osman-Pacha s'établit dans la position de Plewna, cette position était à peine couverte par deux blockhaus. Elle formait le nœud de communications importantes ; il résolut de s'y maintenir pour barrer la route aux troupes russes , et, usant de la facilité prodigieuse avec laquelle les Turcs remuent la terre, il fit commencer immédiatement la construction d'un système de fortification passagère, qu'il ne cessa de développer jusqu'à la fin du siège. Ce système se résumait en une série de redoutes d.'un très fort profil (une vingtaine environ), occupant les points principaux sur une circonférence de 36 kilomètres et reliées entre elles par de profondes tranchées, précédées d'abris pour les tirailleurs. Les redoutes étaient disposées de manière à donner deux étages de feu d'infanterie, et même trois aux grandes distances; derrière les épaulements, chaque fioldat tenait à sa portée 200 cartouches et avait l'ordre de tirer à outrance. Chaque ouvrage était doublé en arrière d'un autre ouvrage, dissimulé par le relief du terrain, et d'où l'assaillant était immédiatement criblé de balles dès qu'il s'était emparé des retranchements de première ligne. Le feu de l'infanterie faisait toute la force de cette place

improvisûe, ilims laquelle on ne trouva que 77 canons après la an du eiège.

Les choses n'en étaient pas encore là lorsque, le 20 juillet, les Russes, sans avoir reconnu la position, vinrent attaquer Plewna. Mais si imparfaites que fussent alors les fortifications, la division iScIiilder, qui essaya ce jour-là de s'en emparer, fut vigoureusement repoussée. Les soldats russes avaient cependant fait preuve d'un grand courage, en enlevant trois lignes successives de retranchements sans préparation préalable par l'artillerie ; ils ne parent aller plus loin; le feu rapide de l'infanterie les écrasa, et la djvision Schilder perdit presque la moitié de son effectif. L'attaque fut renouvelée le 30 juillet par le généra! KrUdner avec cinq divisions d'infanterie ; la journée, malgré quelqm succès partiels et momentanés, fut encore pli désastreiise pour les Russes que celle du 20. L'étntniajor appela de nouvelles troupes, lit construire des retranchements pour servii- de refuge en cas d'insuccès et mettre en batterie cent vingt pièces' do gros calibre, dont vingt de 24. Cette artillerie lança une grêle de projectiles sur les ouvrages turca pendant les journées des 8, 9 et 10 septembre et, le 11, l'assaut fut donné. Plusieurs positions importantes furent enlevées, entre autres, la redoute dite de Orivitza, considérée comme la clé de Plewna mais une fois cette redoute prise, non sans des

pertes énormes, les Russes s'aperçurent avec découragement qu41 en existait une autre en arrière, plus forte et plus élevée. L'assaut recommença le 12. L'armée russe, à bout de forces et encore une fois repoussée, se retira dans ses lignes.

C'est alors qu'après trois assauts les Russes comprirent qu'il fallait prendre Plewna par la famine, et qu'ils commencèrent une série d'opérations destinées à en compléter l'investissement. Ces opérations ne réussirent pas tout d'abord. Pour se faire une idée de la manière dont elles furent conçues, il suffira de savoir que le général commandant la cavalerie reçut l'ordre d'agir vigoureusement en ménageant le plus 'possible les hommes et les chevaux. Enfin, le général Gourko arriva de Saint-Pétersbourg avec la garde impériale. Tottleben, l'ingénieur illustré par la défense de Sébastopol, fut chargé de la direction supérieure du siège. Dans une suite de combats remarquables, les Russes s'emparèrent successivement de toutes les positions d'où ils pouvaient resserrer la place et, sur un développement de 85 kilomètres, ils entourèrent les fortifications turques d'une ligne de circonvallation, dont les ouvrages principaux étaient reliés entre eux par le télégraphe. Déjà, au commencement du mois de novembre, le grand-duc Nicolas avait invité Osman- Pacha à se rendre, en lui expliquant sa position dans une lettre qui pourrait servir de résumé historique

du siège. Osman, cela va sans dire, avait repoussé cette sommation, si courtoise qu'elle fût ; mais les vivres allaient lui manquer totalement. Il fit, le

10 décembre, pour briser le cercle de fer qui Tenserrait, un effort désespéré. Les troupes turques abordèrent les retranchements des Russes avec un tel élan qu'elles j pénétrèrent sur plusieurs points, mais, écrasées par les réserves, elles se virent forcées de reculer, poursuivies par les assiégeants, qui s'emparèrent de Plewna. Il ne restait plus à Osman qu'à se résigner : il se rendit à discrétion.

11 avait tenu dans Plewna pendant 145 jours, et depuis 50 jours, il y était complètement bloqué. Pendant ce temps, il avait tenu en échec plus de 150,000 Russes.

Tant qu'avait duré l'investissement, raconte le Messager officiel russe, d'après le dire des prisonniers turcs, Osman avait montré une activité prodigieuse. Tout son état-major se concentrait en luimême 5 il fatiguait chaque jour jusqu'à six chevaux, visitant toutes ses lignes de défense, ses redoutes et ses batteries ; si la nuit le surprenait dans une redoute quelconque, il y restait jusqu'au point du jour, se contentant d'uixe hutte de terre comme gîte et d'une botte de paille en guise de lit\

1. Lefaure, Histoire de la guerre d'Orient, 2« volume. — Un tacticien^ auteur d*uiie autre histoire, très bien raisonnoe d'ailleurs, do la môme guerre.

Est-il possible de comparer un pareil homme, dont le nom glorieux est resté honoré de tous, au commandant en chef de Tarmée du Rhin, enfermé dans Metz et y restant inactif en attendant les événements * ?

1. Si je n*ai pas fait mention des sièges de Wicksbourg et do Charlestown dans la guerre de la Sécession, c'est qu'il ne s'agit pas Ici d'un résumé de l'histoire des sièges, mais simplement de faire ressortir, par le contraste de quelques belles défenses, la conduite tenue par les garnisons qui ont prématurément capitulé. Le siège de Wicksbourg fut, à proprement parler, une grande opération de guerre, remarquable surtout pour la manière dont elle fut menée par les assiégeants. Comme Sébastopol, la place ne put être complètement investie, mais, les armées de secours ayant été battues, le général Pemberton se rendit à discrétion, le 4 juillet 1863, après plusieurs mois de siège. La défense de Charlestown par le général confédéré Beauregard est une des plus remarquables que l'on puisse citer. Malgré le concours de la flotte et des armées fédérales, malgré la mise en action des moyens les. plus puissants, la résistance dura près de dix-huit mois. La garnison sortit de la place sans capituler.

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