Mémoires de Saint-Simon, lome VII
Le règne de Louis XV, pendant lequel, à parties brillantes années du maréchal de Saxe, la décadence de Tarmée marcha si vite, ne pouvait guère fournir à rhistoire de belles défenses de place. En revanche, on y trouve quelques honteuses capitulations, comme celle de Minden, assiégée en 1758 par le duc de Brunswick. La place était régulièrement fortifiée ; elle avait une garnison de 5,000 hommes et pour gouvemeui' M. de Morangiès, lieutenant-général, brave homme, bon officier de cavalerie, mais n'entendant rien aux sièges ni au service de F infanterie. La place fut investie le 5 mars, et la tranchée ouverte dans la nuit du 6 au 7 ; le feu des batteries de l'assiégeant commença le 12. Les principaux officiers de la garnison réunis, le 13 au soir, chez le gouverneur, lui déclarèrent que la défense était impossible et qu'il n'y avait autre chose à faire qu'à se rendre ; il s'y résigna, la mort dans l'âme, et signa, le 14, une capitulation qui semblait avoir pour unique objet d'assurer le bien-être et la liberté des officiers, au détriment des soldats retenus prisonniers. Les officiers avaient la faculté d'emmener tous leurs bagages, équipages, etc., et de s'en aller en France prisonniers sur parole, tandis que les soldats étaient emmenés en captivité.
Aussitôt que cette clause, trop connue aujourd'hui depuis la guerre de 1870, mais alors toute nouvelle, fut portée à la connaissance des soldats, furieux
d'être ainsi abandonnés par leurs officiers, ils se révoltèrent, mirent à leur tête un caporal surnommé La Jeunesse et passèrent à travers les lignes de Fennemi, au nombre de 1,500. Cette action de vigueur excita dans Topinion publique autant d'enthousiasme que la capitulation produisit de dégoût, et le roi nomma lieutenant le caporal»La Jeunesse ; malheureusement il avait été tué dans la sortie, et il ne reparut plus. Quant aux officiers de la garnison, ils furent accueillis avec un tel mépris lorsqu'ils vinrent en France pour profiter des clauses de la capitulation, qu'ils se virent forcés de retourner en Allemagne. « La condition que les officiers ont ob- « tenue de retourner sur leur parole en France ré- « volte tout le monde », écrivait à ce sujet le comte de Gisors, colonel du régiment de Champagne, « parce qu'il paraît indigne d'abandonner les mal- « heureux soldats prisonniers. » Une enquête fut ordonnée ; le comte de Clermont, qui en fut chargé comme chef de l'armée, pensa que M. de Morangiès était plus malheureux que coupable ; le plus grand tort, selon lui, devait être imputé à ceux qui avaient mis ce brave homme dans un poste pour lequel il n'était pas fait. On se borna à le priver de tout commandement, mais le roi cassa de leurs grades les principaux officiers de la garnison \