Victoires et conquêtes, t. X
J'ai suivi, dans ce rocit, la version la plus favorable au gouverneur de Mantoue, version dans laquelle il y a d'ailleurs des faits indoniables, tels que le chiffre de la garnison, celui de ses pertes et la délibération du conseil de défense. D'un autre côté, il reste acquis que Mantoue a été rendue après sept jours seulement do bombardement.
sac-Latour, à qui un arrêté des consuls fit interdire le port de runiforme. Voici la lettre que Bonaparte écrivit à ce sujet , le 24 juillet 1800, au ministre de la guerre , Camot :
« Les consuls sont instruits, citoyen ministre, que « le citoyen Foissac-Latour est de retour d^ Autriche « et déshonore, en le portant, Thabit de soldat fran- « çais. Faites-lui connaître qu'il a cessé d'être au « service de la Eépublique, le jour où il a lâchement « rendu la place de Mantoue, et défendez-lui ex- « pressément de porter aucun habit-uniforme. Sa « conduite à Mantoue est plus encore du ressort de « V opinion que des tribunaux. D'ailleurs, l'intention « du Gouvernement est de ne plus entendre parler « de ce siège honteux, qui sera pour longtemps une « tache pour nos armes. Le citoyen Foissac-Latour « doit trouver y dans le mépris public y la plus grande <^ punition que Von puisse infliger a un Français. »
Tout est dans cette dernière phrase. Quelle qu'ait été la conduite du général Foissac-Latour dans la défense de Mantoue, les consuls l'ont frappé sans jugement, sans même avoir pris l'avis d'un conseil d'enquête, de la plus grande peine qu'il soit possible d'infliger à un Français. Causant à Sainte-Hélène de ces faits, Napoléon a dit lui-même : « C'était « un acte tyrannique, sans doute, mais c'était un « mal nécessaire ; c'était la faute des lois. Il était « cent fois, mille fois coupable, et pourtant il était
« douteux que nous l'eussions fait condamner. Nous « le frappâmes donc avec Parme de l'honneur et « de l'opinion 5 mais, je le répète, c'était une arme « tyrannique, un de ces coups de boutoir nécessaires « parfois au milieu des grandes nations et dans les « grandes circonstances * . »
De toutes les crises subies par une armée et par un peuple à la suite d'une défaite, celle dont la Prusse donna le spectacle en 1806, après les batailles d'Iéna et d'Auerstsedt, est encore la plus étonnante. L'opinion publique de ce pays lui-même, surexcitée par l'indignation, a flétri la conduite que tinrent alors la plupart des commandants de forteresse. La Prusse, avant la guerre de 1806, se reposait confiante sur l'armée de Frédéric H. Lorsque cette armée eut été non seulement battue, mais encore dispersée pour ne pas tarder à être prise jusqu'à son dernier homme, il sembla que tout fût perdu. Les gouverneurs des places fortes étaient d'ailleurs, pour la plupart, des vétérans dont l'âge avait usé toute l'énergie.
Les batailles qui décidèrent du sort de la Prusse s'étaient livrées le 14 octobre. Dès le 15, la cava-