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Bonoal, Capitulations militaires de la Prusse

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La place de Nienburg capitula de même le 25 novembre. Mais ce qu'il y eut de plus pénible encore pour les Prussiens, ce furent les capitulations de Blasenburg et de Kulmbach en Franconie, consenties â<vec la même facilité, vis-à-vis des troupes bavaroises, par des commandants de place qui n'essayèrent même pas de se défendre. Celui de Kulmbach était un général de 75 ans.

Le fait le plus extraordinaire de la guerre fut la prise du fort de Czenstochau, à 28 lieues au sud de Kalisch. Le commandant de ce fort, le major Hume , • était représenté dans une correspondance interceptée, comme un homme faible et irrésolu. Sur Tordre du maréchal Davout, le chef d'escadron Deschamps, parti de Kalisch avec un détachement de 120 chasseurs du 12® régiment, arriva le 18 novembre à huit heures du soir en face de Czenstochau. Il fut accueilli par des coups de fusil et de canon ; il fit alors allumer un grand nombre de feux autour de la place pour faire croire à la présence d'une troupe considérable, et disposa une double ligne de vedettes et de sentinelles à pied. Celles-ci étaient fournies par les chasseurs d'élite, qui mirent leurs plumets et leurs épaulettes de manière à figurer de l'infanterie. Au jour, le major Hume aperçut ce déploiement factice ; il crut, en effet, être en présence d'un fort détachement de troupes de toutes armes. Sommé de se rendre, il négocia et enfin

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il signa à midi la capitulation, aux tenues de laf|uclie il se rendait prisonnier avec toute sa garniaouj forte de 400 à 500 hommes. Le fort fut immédiatement occupé ; il renfermait 25 canons et un trésor considérable.

La nation pruesienne, si aère à jnste titre de sa grandeur militaire, ne pouvait pas rester sous 1q coup de l'abaissement qui résultait pour elle de la guen-e de 1806-1807. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner comment elle s'en est relevée en 1813, grâce aux fautes commises par Napoléon, Mais elle duit toujours le souvenir amer des capitulations conclues après léna, des lâchetés de Custrin et des infamies d'Hameln. Tant qu'elle fut sous le coup des colères de Napoléon, elle patienta ; mais les Lommes du Tugendbund, c'est-à-dire de l'association secrète qui s'était formée pour l'affi'anetiBsement du pays, travaillaient k dresser les actes d'accusation contre les défaillances de 1806, et, pour avoir atteadu longtemps, la plupart des auteurs des capitulationH quiavaient excité l'indignation publique, n'eu furent pas moins sévèrement châtiés.

A l'apogée de sa grandeur, Napoléon eut à punir une capitulation qui dut lui être d'autant plus seasible qu'elle le surprenait au lendemain du triomphe de Wagram, et qu'il croyait avoir tout fait pour en prévenir l'évontualité. On connaît le débarquement des Anglais dans l'île de AValchercu, le 29 juillet

1809, l'alerte qu'il causa, les dispositions qui furent prises en cette occasion pour défendre la Hollande , car Napoléon ne supposa pas un instant que Flessingue pût être prise ; il pensait qu'après s'être inutilement épuisés devant cette place et avoir été décimés par les maladies dans un pays malsain et inondé, les Anglais se rembarqueraient. Flessingue était commandée depuis 1803 par le général Monnet, H qui l'Empereur avait donné plusieurs fois ses instructions verbales, qu'il avait même nommé général de division en signe de contentement pour les bonnes dispositions prises par lui au début. Plusieurs fois il lui avait recommandé verbalement de couper les digues et d'inonder l'île si les Anglais y débarquaient. De Schœnbrunn, il lui fit réitérer cet ordre par écrit le 9 août 1809. « Jen'ad- « mets aucune excuse », disait-il à cette occasion. Il le lui fit encore recommander le 16 : « Quand les An- « glais seront à 100 toises de la place, on lâchera les « écluses et l'île sera inondée » , telles étaient ses propres expressions. Or le feu fut ouvert par les Anglais le 13 août, et le général Monnet capitula le 25, sans avoir coupé les digues, alors que l'ennemi était encore à 300 mètres de la place; il se rendit prisonnier avec une garnison de 4,000 hommes. En apprenant cette capitulation, à laquelle il était si loin de s'attendre. Napoléon ordonna de réunir un conseil d'enquête, composé des généraux-sénateurs

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d'Abovillc et K^mpou, du vice-amiral Tliévenanî et du général Songis, premier inspecteur général de l'artillerie. D'ftprès le résultat de cette enquête, le général Monnet fut traduit devant un conseil do guerre et condamné à mort, par contumace, pour lâcheté et trahison. En 1814, ce général, rentré en France, obtint do Louis XVilL la révision du jugement qui l'avait frappé ; il fut même rétabli dans le cadre des lieutenants-généraux et nommé chevali de Saint-Louis, mais on ne lui donna, ni alors depuis, aucun emploi dans l'armée.

J'ai déjà parlé de la capitulation de Soissons au mois de mars 1814, capitulation qui fut si fum à l'année française et à la destinée de Napoléon. Xa, ville de Soissons était simplement protégée, à cette époque, par une vieille enceinte à demi ruinée datant du xvi^ siècle. Vu l'importance de la position de Soissons, on avait, au commencement de la campagne, fermé les brèches de l'enceinte, construit quelques terrassements et couTOrt la ville par plusieurs retranchements extérieurs. Comme l'a dit Kapoléon lui-même, ce n'était pas une place forte mais un simple poste militaire. Ce poste était déjà tombé une première fois aux mains des Russes, loi-sque l'armée coalisée du Nord avait poussé devant elle le corps d'armée deMacdonalJ. Prise d'assaut après la mort du général Rusca, chargé par Napoléon de la défendre, la ville de Soissons avait été

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alors livrée au pillage. Elle avait été ensuite reprise et occupée par les troupes de Mortier, et Ton y avait laissé une petite garnison sous les ordres d'un général de brigade fort obscur, nommé Moreau. Des instructions sévères et formelles avaient été données à ce général; il n'avait qu'à s'y conformer. « Lorsque le « 2 mars, les généraux Bulow et Woronsow arrive vèrent devant la ville » , raconte Marmont dans ses Mémoires y « le général Moreau, intimidé par le « feu des batteries de campagne, consentit à capi- « tuler en obtenant la facilité de rejoindre J'armée « française. Les négociations étaient au moment de « se rompre par suite de quelques difficultés faites « au général Moreau pour emmener son artillerie de « campagne; le général Woronsow, qui était pré- « sent et jugeait l'importance de la prochaine éva- « cuation de Soissons, dit en russe au négociateur : « Laissez-leur emmener leurs pièces et qu'ils prenne nent les miennes s'ils les veulent, pourvu qu'ils « partent sans retour. »

On connaît la légitime colère de Napoléon en apprenant cette désastreuse capitulation, qui lui faisait perdre le fruit de ses plus belles combinaisons. Il ordonna une enquête, qui fut confiée aux généraux Gassendi, Compans et Chastel. La culpabilité du général Moreau était évidente ; il avait capitulé malgré l'avis énergique de la majorité du conseil de défense, malgré le bruit du canon qui devait

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lui indiquer que rennemi était refoulé sur Soissons. Il avait capitulé sans avoir au préalable fait sauter le pont qui devait livrer passage aux Prussiens et aux Russes, comme le ministre lui en avait donné Tordre formel. Le conseil d'enquête conclut à sa mise en jugement, mais ce conseil n'envoya son rapport que le 24 mars ; le 30 avait lieu la bataille de Paris ; personne ne s'occupa plus de Moreau. A peine les Bourbons étaient-ils reconnus, que ce général écrivit à Louis XVULL une lettre de soumission et de p;rotestation de dévouement. U fut nommé chevalier de Saint-Louis et commandant d'un département \ Malheureux pays que le nôtre, où la faiblesse la plus insigne, pour ne pas dire la lâcheté la plus évidente, est transformée par la politique en une action méritoire et récompensée par une décoration ! Si jamais commandant de place avait mérité d'être fusillé, c'est pourtant bien celui-là. A part Soissons, La Fère et deux ou trois autres places, toutes les forteresses perdues par les Français en 1813 et en 1814, ne se rendirent qu'après des défenses honorables et même glorieuses... En 1815, après le coup de foudre de Waterloo, des défaillances, inévitables aux yeux de quiconque est familiarisé avec F histoire militaire, se produisi-

1. Voir, sur le Siège de Soissons en 1814, un très intéressant travail do M. Henri Houssaye {Revue des Deux-Mondes, année 1885, p. 553.)

rent sur la route suivie par rarmée victorieuse. C'est ainsi que la place d'Avesnes capitula le 22 juin, quatre jours après la bataille de Waterloo. « Quelques centaines d'obus lancés par deux batteries « de campagne », dit le colonel Charras, « et Texplo- « sion d'un magasin à' poudre endommageant une « courtine, suffirent pour déterminer le comman- « dant de cette place à capituler. Il lui restait ce- « pendant 47 bouches à feu, approvisionnées à « 12,000 ou 15,000 coups, 1 million de cartouches, « et il disposait de 200 vétérans, de 3 bataillons de « gardes nationales actives, environ 1,500 hommes. « La prise si facile d'Avesnes donnait à Blucher une « bonne place de dépôt \ »

Wellington ayant de son côté enlevé Cambrai par escalade, ce qui était facile, vu l'insuffisance de la garnison , la citadelle se rendit sans coup férir. Il en fut de même de la place de Péronne et de deux ou trois autres, mais en général la conduite des commandants de place fut digne de tous les éloges. A La Fère, le général Berthier, sommé par Blticher, n'ayant pour toute garnison que 130 canonniers et ouvriers d'artillerie avec la garde nationale, refusa de se rendre et retint les Prussiens devant ses murs jusqu'au 5 novembre. Après la capitulation de Paris et la rentrée de Louis XVIU, la guerre de sièges

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