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Campagne de 1815, par le colonel Charras

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continua dans les départements; aucune grande place ne fut assiégée, mais un grand nombre de petites places résistèrent irigoureusement à des attaques en règle et à des bombardements: elles n'avaient cependant pour garnisons que des vétérans, des gardes nationaux et de^ douaniers. Xsâ cité au chapitre précédent Fimmortelle défense de Huningue : j'aurais dû rappeler aussi celles de Mézières et de Longw, et bien d'autres. Comme Ta fait observer un historien, les garnisons assiégées montrèrent ce qu'il y avait encore de force de résistance dans notre pays, livré par Fouché et ses pareils aux Bourbons et à l'étranger.

Passons rapidement sur le siège de Varna en octobre 1828 : la défense de cette place fait tache au milieu de toutes celles qui couvrirent de gloire les Turcs, soldats toujours redoutables derrière des remparts. Cette fois, Yousouf-Pacha, le commandant de Varna, avait vendu la ville aux Busses. Il fut condamné à mort; mais il s'était réfugié en Bussie, et il put y jouir en paix du prix de sa trahison.

J'arrive enfin à la guerre de 1870-1871, dans laquelle 24 places fortes sont tombées aux mains de Tennemi. Les faits sont trop connus pour qu'il soit nécessaire de les relater. U importe cependant de jeter un coup d'œil d'ensemble sur les défenses de ces places, pour essayer d'en tirer une conclusion pratique.

Et d'abord, quelle était la situation générale des forteresses françaises au début de la guerre, au point de vue : 1° des fortifications; 2° de Farmement; 3° des approvisionnements ; 4° de la mise en état de défense ; 5® de Teffectif et de la valeur des garnisons ; 6° de F esprit des populations ?

l^Les fortifications de la plupart des places avaient été construites par Vauban ou d'après ses idées, non pas même d'après les idées qui avaient été suggérées à ce grand ingénieur, vers la fin de sa carrière, par sa longue expérience des sièges, mais conformément aux principes posés par lui au début et poussés à l'exagération par des hommes de talent, tels que Cormontaigne. Vainement un ingénieur français, Montalembert, méconnu dans son pays, illustre à l'étranger, avait proposé, dans les dernières années du XVIII® siècle, un système de fortification plus logique, plus approprié à la puissance de l'artillerie, et qui, modifié dans ses détails, est aujourd'hui connu sous le nom de Système polygonal ; le corps du génie avait persévéré dans sa doctrine et dans l'emploi exclusif de la fortification bastionnée. Les étrangers, après les guerres de l'Empire, avaient établi suivant le nouveau système les grandes places de Coblentz, d'Ulm, de Rastadt, de Posen, de Minden, de Cracovie, etc. En France, même après le siège de Sébastopol, la construction de la nouvelle enceinte de Lille n'avait été qu'une application

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servile de la loi conservée avec amour dans Tarche sainte du dépôt des fortifications. En outre, aucune place n'était protégée contre le bombardement par des forts extérieurs situés à distance; les forts de Paris, datant de 1840, étaient trop rapprochés pour la nouvelle artillerie; ceux de Metz et de Lyon étaient à peine ébauchés.

2° L'artillerie était encore plus arriérée, s'il est possible, que le génie. Depuis le règne de Louis XIV jusqu'à l'année 1858, les canons n'avaient été modifiés que dans des détails ; les calibres étaient restés les mêmes ; les projectiles et la poudre n'avaient pas varié ; les places avaient donc des approvisionnements considérables mais vieillis. Lorsqu'on 1858 on adopta pour l'artillerie de campagne le système de canons rayés dû au général Treuille de Beaulieu, l'application de ce système fut immédiatement faite à l'artillerie de siège... en principe. Les canons de 24 et de 12 furent rayés dans les fonderies, mais, faute d'argent pour en payer le transport, on les y laissa au lieu de les envoyer dans les places ; faute d'argent également, on ne mit pas en commande les projectiles nécessaires. Lorsque l'expérience de 1866 eut montré qu'on n'était pas en état de faire la guerre et qu'au commencement de l'année 1867, cette guerre faillit éclater à propos de l'afiaire du Luxembourg, le maréchal Niel, comme on le sait, donna une vive et sage impulsion à toutes les me-

sures reconnues nécessaires pour tirer Tarmée et le pays de cette situation fâcheuse. Ancien et remarquable officier du génie, il ne pouvait pas oublier les places fortes. Déjà des commissions locales avaient réglé les nouveaux armements. On dressa l'état des dépenses nécessaires pour doter les places de ces armements. En y ajoutant la mise sur pied de guerre et l'approvisionnement de 200 batteries de campagne, on arriva au chiffre de 100 millions. Déjà 125 millions venaient d'être accordés par le Corps législatif pour la transformation de l'armement de l'infanterie, le Gouvernement ne voulut pas demander un nouveau crédit • on ne put se décider d'ailleurs à réduire le nombre des places fortes, et l'on fit ce qu'on peut appeler une cote mal taillée, en adoptant pour chaque place un armement provisoire, dans lequel les canons rayés entraient pour une proportion plus ou moins forte, suivant l'importance de la place -, ce qui permettait d'utiliser en partie les anciennes pièces lisses. Mais cet armement provisoire, lui-même, on ne pouvait pas le créer immédiatement, et ce n'était pas avec un budget de 5 millions que le service de l'artillerie était capable de suffire à une telle dépense.

Il restait quelques millions disponibles sur le crédit de l'armement de l'infanterie ; on les employa à pourvoir successivement les places par ordre d'importance. Mais déjà le système d'artillerie adopté

en 1858 était en retard sur les progrès de la science, et le Gouvernement avait tant dépensé pour le mettre en pratique, qu'il ne put se résoudre à le changer immédiatement pour adopter des canons se chargeant par la culasse. Les raisons qui le guidaient avaient peut-être leur valeur, mais elles auraient dû surtout empêcher la déclaration de la guerre. Ainsi, au mois de juillet 1870, les places fortes n'étaient armées de canons rayés se chargeant par la bouche que dans une certaine proportion, et le reste de l'armement consistait en pièces lisses.

3° Les approvisionnements se ressentaient évidemment de cette manière de faire. Régulièrement, chaque pièce aurait dû être approvisionnée à 1,000, 800 ou 500 coups, suivant l'importance de la place, mais, pour y suffire il fallait mettre en commande plusieurs millions d'obus oblongs. La question budgétaire et la résolution du Gouvernement de ne pas demander de crédit extraordinaire, s'opposèrent encore à la réalisation immédiate de ces commandes, et l'on y procéda progi'essivement, en commençant par les places de première ligne. On agit de même pour les fusées de projectiles creux; il résulta de là des approvisionnements incomplets, mais que les événements rendirent plus que suffisants. Quant aux subsistances, nous avons dit plus haut ce qu'il en était; on n'y songea qu'au moment où la guerre devint inévitable. Du reste, sauf Phalsbourg, Metz

et Paris, dont il a été question plus haut, aucune place ne fut contrainte par la famine de se rendre à Tennemi.

4° Par suite des idées qui prédominaient dans Tétat-major de Tarmée du Rhin et dans les conseils du Gouvernement, on ne songea pas davantage aux garnisons des places. Le besoin d'organiser de nouveaux corps d'armée, lorsque Tannée de Metz fut bloquée et celle de Sedan détruite, fit employer en dehors des places tous les quatrièmes bataillons des régiments d'infanterie ; il n'y resta plus que des dépôts et des gardes nationales, mobiles ou mobilisées. Les garnisons péchèrent plus encore par la valeur que parle nombre. Les mobiles étaient sans instruction militaire, à peine armés 5 quelques-uns même, comme à Vitry-le-François, n'étaient pas habillés. Certaines places manquèrent totalement d'artilleurs, comme Marsal ; d'autres en avaient à peine, Lichtemberg, par exemple,' deux canonniers pour sept pièces ; Toul, pas un seul canonnier de l'armée active pour 197 pièces. L'insuffisance de ces garnisons disparates paralysa plus d'une fois le bon vouloir des commandants. Pour tenir tête à la fois aux habitants, qui les suppliaient de ne pas laisser brûler leur^ villes et aux troupes de nouvelle formation que la défaite, comme il arrive souvent, rendaient sourdes à la voix de la discipline, il aurait fallu des commandants de place doués d'une énergie exceptionnelle et d'une

force d'âme au-dessus de toute épreuve. Au lieu d'hommes pareils, Tétat-major des places était composé de braves gens, qui s'y étaient fait admettre pour retarder et attendre plus paisiblement le moment de la retraite.

5° Pour mettre les places fortes en état de défense , le Gouvernement aurait dû prévoir la guerre à l'avance et s'attendre à être attaqué sur le territoire national, tandis que l'imprévoyance était à l'ordre du jour. L'armement d'une place comprenait deux parties distinctes, savoir : ï armement de sûreté, mis en batterie sur les remparts, aussitôt après la proclamation de l'état de siège, pour protéger la place contre un coup de main, et Vaj^nemeni complémentaire, destiné à former, avec la première partie, V armement de défense f quand le point d'attaque choisi par l'ennemi serait connu. En raison de la rapidité avec laquelle l'ennemi pourrait se présenter devant une place à l'ouverture des hostilités, il avait été décidé, en 1867, que l'armement de sûreté serait tenu en permanence sur les remparts des places de première ligne 5 mais, en 1870, à la suite des rapports de plusieurs inspecteurs généraux, constatant l'état de dégradation du matériel, on était revenu sur cette mesure, et l'armement de sûreté avait été, dans un grand nombre de places, réintégré en magasin, au lieu de rester sur les remparts.

6° Quant aux populations, le souvenir des invasions

de 1814 et de 1815 ne vivait plus que dans la mémoire de quelques vieillards. On regardait la guerre comme un mal lointain, dont les bourgeois n'avaient pas à souflfrir directement, ou comme la besogne d'une armée, dont on suivait avec un intérêt patriotique les opérations glorieuses, mais dont on n'avait à s'occuper que pour distribuer l'éloge et la critique. Les bombardements furent, pour les habitants des villes assiégées, un terrible réveil, et, malgré la résignation avec laquelle certaines populations supportèrent ce procédé barbare mais infaillible, on peut affirmer hautement, qu'à part celles de Paris et Metz*, les capitulations ont été décidées par la violence du feu de l'ennemi. Rien ne pouvait en garantir la population civile ; et l'artillerie de la défense n'était protégée contre ce feu ni par des casemates, ni par des traverses, ni par le tracé de la fortification. Qu'on lise l'ordre du jour adressé par le colonel Denfert aux troupes d'artillerie et du génie de la garnison de Belfort. A quoi le colonel attribue-t-il la durée de sa défense? A l'habileté avec laquelle les officiers d'artillerie ont su couvrir leurs pièces. Ce qui a pu être fait à Bcl-

1. A Phalsbourg, le bombardement fut converti en blocus lorsque les Allemands virent qu'il faudrait pour prendre la place se donner plus de mal que sa possession ne présentait dUnlërôt. A Bltchc, le fort est indépendant do la ville et on supposant que la population voulût exercer une pression sur le gouverneur, ses démarches n'auraient eu aucun effet.

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fort, OÙ depuis le 4 novembre jusqu'au 3 décembi les Prussiens sont restés devant la place à se f< tifier en attendant leur matériel de siège, a ( impossible ailleurs ; les canons des remparts fure réduits au silence en même temps que les maisc de la ville étaient écrasées, et les commandants place, en présence des plaintes d'une populati qu'ils étaient impuissants à protéger, n'ont vu qu' u chose à faire : se rendre !

Cela ne prouve nullement qu'ils aient tous fait qu'ils devaient faire. Cela prouve même le contraii mais cela démontre aussi : 1° que la fortification d< être établie en vue de l'action et de la protection l'artillerie ; 2*^ qu'une ville tant soit peu peuplée : doit être fortifiée qu'à la condition d'être couver contre le bombardement par des forts extérieur 3° que le système de défense du pays doit coi prendre seulement des grandes places avec ceintu de forts et des forts isolés sans population civil 4° enfin que tous les efforts doivent tendre à fai sortir, en cas de siège, les bouches inutiles et intéresser les habitants à la défense. Pour cela, I faut poser en principe le droit à l'indemnité po

les dégâts causés par le bombardement, mais sous réserve expresse de la déchéance de ce droit en c de manifestation ayant pour but d'accélérer la re dition de la place.

On ne saurait trop le répéter d'ailleurs : la Franc

endormie par son Gouvernement, bercée par ses propres illusions sur sa puissance militaire, illusions entretenues par la légende des grandes guerres du premier Empire, a été, au début de la guerre de 1870, surprise par des événements inattendus. Elle tombait de trop haut pour ne pas s'être meurtrie dans sa chute. Une nouvelle épreuve la trouverait plus virilement préparée et ses places fortes, infiniment mieux organisées qu'en 1870, opposeraient à l'envahisseur une résistance qui l'étonnerait peutêtre à son tour\

1. Il serait ÎDJusle de ne pas tenir compte des efforts tenlés, pendant la dernière guerre, par certaines garnisons. Le conseil d'enquête n'a reproché à celle de Verdun que d'avoir capitulé un peu trop tôt et de n'avoir pas détruit le matériel. Mais il a rendu en môme temps une justice éclatante à l'énergie du gouverneur, le général Guérin de Waldersbach, et des troupes sous ses ordres, qui dirigèrent de vigoureuses sorties contre les batteries allemandes. Leur moral ne se démentit pas un instant et elles méritèrent, ainsi que leur général, les éloges de l'ennemi.

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