‹ Les capitulations; étude d'histoire militaire sur la responsabilité du commandementChapitre 52 sur 116 · Soulavie, auteur des prétendus Mémoires de Richelieu · texte numérisé non relu

Soulavie, auteur des prétendus Mémoires de Richelieu

l'époque : « Nous ne nierons pas qu'il ait rapporté « de l'argent et, si nous en avions la preuve, nous « la fournirions. Qu'a coûté ce fameux Hôtel deHa- « novre ? 250,000 fr. tout au plus ; le duc de Riche- « lieu n'a guère rapporté qu'un million de son séjour « en Hanovre. Qu'est-ce auprès des sommes gagnées « avant lui par Villars dont il était l'élève ? »

Ce sont les pillards de haute volée tels que Richelieu qui, de longue date, ont valu à la France la haine des populations pressurées. La convention facile de Closterseven, qui précéda de bien peu la bataille de Rossbach, marque le point extrême de la décadence de l'armée française. La victoire d'Hastembeck était due au seul Chevert, précurseur des généraux de la République, déjà illustré par l'assaut et par la défense de Prague, et de qui Grimm écrivait à M"'^ d'Epinay : « La gloire de la journée « d'Hastembeck appartient. Madame , à votre ami « Chevert *, il a fait la plus belle manœuvre du « monde ; il aurait dû être perdu mille fois, lui et « son détachement ; lui seul a tout fait ; le reste n'a « pas donné. Les officiers qui ont servi sous ses « ordres en parlent avec extase. » Chevert ne fut cependant pas maréchal de France ; sa naissance s'y opposait.

Richelieu, succombant sous le poids de la réprobation publique, fut rappelé et remplacé, non pas par Chevert, le plus digne et le plus capable, mais par

le comte de Clermont, abbé, prince du sang,, académicien et général, dont le premier acte fut l'évacuation du Hanovre. Pour en partir plus vite, il y laiisx même une partie de son matériel ; mais tous les officiers remportèrent leurs bagages et le butin dont ils s'étaient enrichis. C'est ainsi que l'équipage de pontons fut abandonné à Hameln et que les 400 chevaux destinés à l'atteler furent employés à traîner les bagages des officiers. A toutes les époques de notre histoire, l'armée a reflété dans ses mœurs, ses vices et ses vertus, les mœurs, les vices et les vertus de la société civile. Pendant la guerre de Sept ans, l'armée ou du moins son corps d'officiers, fut r image d'une société qui marchait à sa ruine.

Retraite des coalisés après la bataille de Valmy. — L'histoire présente plusieurs exemples de conventions verbales, dont quelques-unes ont été niées après coup ; on y trouve même des stipulations tellement mystérieuses, que leur existence est restée à l'état de problème. Lorsque, après la bataille de Valmy, les Prussiens se retirèrent à travers la Champagne et la Lorraine, et abandonnèrent les places de Longvvy et de Verdun, un instant tombées en leur pouvoir, leurs troupes, épuisées par la dysenterie, retardées par les pluies et par la difficulté des chemins, furent peu inquiétées par les armées de Kellermann et de Dumouriez. On en a conclu, et c'est l'avis exprimé par Jomini dans son Histoire

des guerres de la BévoluHon, qu'une convention secrète était intervenue entre Dumouriez et le duc de Brunswick. Michelet prétend même que le pouvoir exécutif de Paris avait autorisé cette convention par une lettre du 25 septembre. Dumouriez s'en défend très fort dans ses Mémoires; il avoue cependant avoir eu, du 22 au 24 septembre, des pourparlers avec les généraux autrichiens et prussiens pour faire cesser aux avant-postes toutes les tirailleries inutiles. Ce qui était encore plus inutile et surtout plus dangereux que les tirailleries, c'étaient les pourparlers avec les coalisés, et l'on ne doit pas s'étonner qu'ils aient servi de point de départ aux accusations graves dirigées contre Dumouriez. C'est sur le champ de bataille, à coups de fusil et à coups de canon, qu'un général doit s' entretenir avec l'ennemi. A en croire le récit de Gœthe, les mêmes idées de convention secrète avaient cours dans l'armée prussienne ; la retraite ordonnée par le roi et le duc de Brunswick, et surtout l'abandon des places de Longwy et de Verdun ne semblaient pouvoir être expliqués que par des motifs mystérieux. La conduite que tinrent les Prussiens à l'égard des habitants pendant leur retraite, n'est cependant pas de nature à faire croire à une convention pacifique.

Convention d'Alkmaèr, — Quoi qu'il en soit, il est assez naturel que, pour débarrasser plus vite un pays des armées qui l'ont envahi, on accorde à ces armées

des conditions acceptables au lien de prolonger, par des exigences trop fortes, une occupation dont le pays doit souffirir. C'est ce qui justifie la convention conclue en octobre 1799 entre le général Brune et le duc d'York. Napoléon, dans ses Mémoires^ critique cette convention comme celle de Closterseven et par les mêmes motifs. Le cas est cependant bien différent. Le maréchal de Richelieu, dans la campagne de 1757, avait à achever la conquête du Hanovre ; son devoir était de détruire le plus complètement possible l'armée chargée de défendre ce royaume. Le général Brune, dans la guerre de 1799, avait pour mission de protéger la Hollande ; son principal but devait être de la débarrasser sans retard de Tannée d'invasion.

On connaît les faits; la plus grande partie des troupes de la République aux abois étaient occupées en Italie et en Suisse ; TAngleterre voulut saisir Toccasion pour reconquérir la Hollande au profit du stathouder et pour s'emparer de la flotte hollandaise à son propre profit. Une expédition fut préparée à cet effet, de concert avec le gouvernement russe. 30,000 Anglais, 17,000 Russes, tous transportés par la flotte anglaise, devaient débarquer dans la presqu'île du Helder, sous les ordres du duc d'York, s'y organiser et marcher sur Amsterdam. Le général Abercromby , qui commandait la première division, prit terre, le 27 août 1799, avec 12,000

Anglais, dont le nombre fut bientôt porté à 17,000 ; il se posta de manière à couvrir le débarquement des autres corps. Attaqué par une division hollandaise, il lai^poussa et prit position au camp du Ryp. Brune, à la tête de toutes les forces gallobataves réunies, formant un total de 25,000 hommes, voulut le chasser de ce camp ; un combat opiniâtre fut livré le 8 septembre ; malgré la supériorité du nombre. Brune fut battu; la flotte anglaise pénétra dans le Texel ; les matelots hollandais se révoltèrent, et travaillés par des émissaires du prince d'Orange, remirent leurs vaisseaux aux Anglais. Le reste du corps expéditionnaire débarqua, alla rejoindre Abercromby au camp du Ryp, et le duc d'York en prit le commandement. A ce même moment, on venait d'apprendre à Paris la bataille de Novi et la mort de Joubert (15 août) ; l'inquiétude publique fut à son comble et, en l'absence du général Bonaparte, on crut la France perdue. Mais le duc d'York, marchant contre Brune, commit la faute de diviser ses troupes ; il fut battu et repoussé à Bergen , obtint ensuite un léger succès à Egmont, et échoua définitivement à Castricum. Les deux généraux en chef signèrent alors à Alkmaër une convention, en vertu de laquelle les troupes anglaises et russes durent se rembarquer; 8,000 prisonniers faits dans les campagnes précédentes sur les Français et les Hollandais, furent élargis sans

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échange, mais la flotte hollandaise ne fat pas restituée et resta aux Anglais.

Suivant Napoléon, « cette convention fut une « grande faute. On était à la mi-oétobre ; la mer « était déjà très mauvaise dans ces parages. Le duc « d'York n'avait pas 25,000 combattants sous la « main ; il v avait eu 16,000 hommes mis hors de « combat par les batailles et les maladies. Le Ryp « est une bonne position, mais elle n'est pas de na- « ture à mettre une armée battue et inférieure en « sûreté contre des attaques réitérées et soutenues « par une artillerie nombreuse. Brune avait à sa « disposition 300 ou 400 bouches à feu de 12, des « obusiers, des mortiers, etc.. Il y avait 40 compare gnies de canonniers hollandais dans les places. Il « aurait pu forcer l'armée anglo-russe à se rejeter « en désordre sur le HelJer. Une fois que la confu- « sion commence à se mettre dans un corps d'ar- « mée en retraite, les suites en sont incalculables, « plus encore pour une armée anglaise que pour « toute autre. Brune a proféré suivre le proverbe « de faire à Tennemi un pont d'or*. »

II. faut ajouter il ce que j'ai déjà dit pour l'excuse de Brune, que, dans un moment où la République française semblait à deux doigts de sa perte, il venait d'obtenir un succès presque inespéré et qu'il ne voulut pas le compromettre. HonnGte homme,

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