‹ Les capitulations; étude d'histoire militaire sur la responsabilité du commandementChapitre 57 sur 116 · Conseiller d'État · texte numérisé non relu

Conseiller d'État

G. Président de la Cour de cassation.

Comme le fait admirablement observer le général Foy, tout était irrégulier dans la procédure suivie à regard de Dupont, et Topinion publique la regarda comme l'œuvre du despotisme. « Les caprices du des- « potisme » , dit-il , « ne sont pas toujours d'accord « avec ses propres intérêts. Que devait faire Napo- « léon? 11 eût fallu donner la plus grande publicité à « cette aflfaire, appeler de l'Espagne enorgueillie par « un succès inespéré , à la raison froide et éclairée « des parties non intéressées. 11 aurait été démontré « par une enquête judiciaire et impartiale, que la « puissance française n'était pas entamée, que la « gloire était à peine atteinte ; que le vainqueur « avait profité inopinément et presque à son insu « d'un enchaînement et d'une complication de fautes « et de malheurs... Si les juges eussent trouvé des « coupables, le souverain avait le droit de pardon- « ner des erreurs à un mérite reconnu, à d'anciens « et signalés services. 11 se serait ainsi réservé le « bénéfice de la clémence, sans avoir perdu le pro- « fit de l'exemple. »

Maintenant s'il faut juger le fait, Dupont fut plus malheureux que coupable ; la jeunesse de ses troupes, leur fatigue, la chaleur qui les empêchait de marcher, sa maladie, ses blessures, la faute de Vedel qui ne vint pas assez vite à son secours, plaident en sa faveur ; la question du pillage de Cordoue doit être écartée, puisqu'il est à peu près

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prouvé que les voitures marchant avec la division Barbou ne portaient pas ce riche butin dont on a tant parlé. Mais où la culpabilité est évidente, c'est dans le fait d'avoir sacrifié les troupes qui étaient libres , pour prévenir le soi-disant massacre des soldats prisonniers. Un général ne peut pas avoir ce droit. Si un capitaine d'infanterie tombait au pouvoir de l'ennemi avec une partie de sa compagnie et si l'ennemi lui disait : Ordonnez au reste de votre compagnie de déposer les armes ou je vous fusille, vous et les hommes qui sont avec vous , le capitaine répondrait: « Ma compagnie est libre, et je ne le « suis pas; je ne puis ni ne dois l'empêcher de com- « battre ; fusillez-moi si vous êtes des assassins... » Les Espagnols n'auraient pas osé mettre à exécution leurs féroces menaces, et l'eussent-ils fait que le sort des fusillés de Baylen eût été encore préférable a celui des captifs de Cabrera.

Ce qui paraît incroyable, c'est que, par esprit de discipline, la convention d'Andujar fut appliquée à des gens qui ne savaient pas même qu'on eût combattu. L'aide de camp qui l'avait le premier négociéc fut chargé d'aller la porter à Madrid, sous l'escorte d'un détachement de cavalerie espagnole ; il fit diriger sur Baylen toutes les troupes qu'il rencontra sur son chemin, comme s'il eût trouvé qu'il n'y avait pas assez de victimes. « Un chef de bataillon « placé àManzanarès, à plus de 25 lieues de Baylen,

« eut la faiblesse», dit le général Foy, « d'amener « son bataillon à ce rendez-vous de malheur ! . . . »

Un seul fait console dans cette épouvantable calamité. C'est la conduite du 116® régiment d'infanrie, dans les rangs duquel figurait un sous-lieutenant de voltigeurs, qui fut plus tard le maréchal Bugeaud. Ce régiment était commandé par un vieux soldat, le colonel Rouelle. Envoyé à Cuença pour punir les habitants du massacre d'un convoi français, avec ses trois bataillons, un escadron de chasseurs et une section d'artillerie, il marchait pour rejoindre la division Dufour, lorsque, à Madrilejos, il rencontra l'aide de camp du général Dupont et son escorte espagnole. Invité par lui à mettre bas les armes, il s'y refusa et voulut néanmoins couvrir sa désobéissance par l'avis de ses officiers. Il les réunit au centre du régiment avec les sergents-majors, leur expose la situation, et leur fait le récit de ce qui s'est passé à Baylen. « On veut nous forcer à nous rendre », dit-il, « nous qui n'étions pas à cette malheureuse aflfaire, « nous dont on n'a pu disposer que par un abus de « pouvoir et un excès de lâcheté, nous enfin qui « avons des armes. Le souffrirons-nous, mes amis ?. . . » Bugeaud se fait l'interprète de tous, en répondant : « Nous regarderions comme une honte de mettre « bas les armes, quand la retraite est si facile ; or- « donnez la retraite, mon colonel, nous vous suivrons, « et pour ma part, je demande que ma compagnie

« ait l'honneur de faire Tarrière-garde jusqu'à notre « arrivée à Madrid. »

Ainsi fut-il fait avec Tapprobation de tous ; la colonne se mit en route après avoir délivré 200 prisonniers français en dispersant leur escorte. La chaleur était extrême, Teau manquait ; un corps espagnol d'infanterie et de dragons harcelait constamment Tarrière-gaf de ; il fallut le tenir en respect avec les deux canons. Tous les chevaux périrent faute d'eau ; les cavaliers formèrent des pelotons d'infanterie; les officiers supérieurs durent marcher à pied; le colonel, âgé et obèse, s'appuyait sur les bras de deux officiers qui se relevaient à tour de rôle. Les mules de la section d'artillerie succombèrent à leur tour ; il fallut enclouer les deux j)ièces et les jeter dans le Tage. Jusqu'à Aranjuez , on parcourut trente lieues sans trouver une goutte d'eau. Enfin, on arriva sous Madrid, où le régiment fut reçu à bras ouverts par les troupes du maréchal Jourdan *.

Quant à Dupont, il a pour plaider en sa faveur ses antécédents, Haslach, Diernstein, Halle et Fricdland, mais il a contre lui 1814 et son ministère. Lorsque le maréchal Macdonald le rencontra après la proclamation de la royauté, dans l'antichambre de l'empereur Alexandre, il lui dit, à ce

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