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Guerres du marécha' de Turenne

t.- LES TROUPES EN CAMPAGNE. 303

T ce jour-là. Elles occupaient une forte position appuyée, à droite et à gauche, à deux hauteurs garnies d'artillerie ; le centre était couvert par le village d'Allersheim; là se tenait Mercy avec Tinfanterie bavaroise ; à sa gauche était la cavalerie commandée par Jean de Werth, à sa droite, les Autrichiens. Dans l'armée française, Condé en personne faisait face à Mercy , avec Tinfanterie royale ; Turenne était à gauche, vis-à-vis des Autrichiens , le maréchal de Grammont à droite, opposé à la cavalerie de Jean de Werth ; derrière ces trois corps se tenaient deux réserves. Condé attaque avec impétuosité le village d'Allersheim. Après une lutte terrible dans laquelle Mercy est tué, le vainqueur de Kocroy est repoussé. Pendant ce temps, son aile droite est battue et dispersée par la cavalerie de Jean de Werth, qui culbute également la première réserve. Condé prend l'autre réserve et court vers Turenne qui manœuvrait contre les Autrichiens. Tous deux marchent ensemble ; Turenne s'empare des hauteurs, repousse tout ce qu'il a devant lui, dépasse le village d'Allersheim et se rabat sur sa droite, en arrière de ce village, tandis que Condé l'attaque de front. La nuit venait; privée de son chef, l'infanterie bavaroise croit tout perdu, elle met bas les armes et capitule. Cependant Jean de Werth, qui s'était aventuré trop loin à la poursuite de l'aile droite des Français, averti de ce qui se passe, revient sur ses

pas ; mais il n'est plus temps ; la bataille était perdue pour les Allemands. Elle eût été gagnée sans doute par eux, si Tinfanterie avait tenu quelques instants de plus dans la position d'AUersheim*.

L'exemple de la bataille d'Hochstsedt, le 13 août 1704, est encore plus extraordinaire ; c'est peut-être le seul qu'aient donné nos armées, mais c'est aussi le plus honteux ; tant il est vrai que la nation française est capable de tous les excès, dans le mal comme dans le bien. J'emprunte le détail de cette affaire aux Mémoires de Saint-Simon, en abrégeant autant que possible.

Vingt-huit bataillons d'infanterie, cinq régiments de dragons et une brigade de cavalerie, avaient été placés par le maréchal Tallard, dans le village de Blenheim et les vergers environnants, pour appuyer la droite de l'armée. Ils avaient l'ordre de ne pas bouger de là. Tallard, la bataille perdue, est fait prisonnier en courant vers Blenheim, où le maréchal de camp Blansac, qui commande, ne sait que faire. Un colonel français prisonnier du duc de Marlborough paraît alors, accompagné d'un officier anglais, et ce singulier colonel adresse aux troupes renfermées dans Blenheim , une sorte de discours l)0ur les engager à se rendre. Blansac obtient d'aller avec l'Anglais reconnaître les troupes qui

1. Mémoires de Tiirenne ; Histoire des guerres de Tiirennef par Napoléon ; Histoire des princes de Condé, par lo duc d'Aumale.

l'attaquent. Il y avait quarante bataillons et soixante pièces de canon. Il rentre alors désespéré dans le village, expose la situation aux chefs de corps, et leur demande leur avis. Tous, excepté un, le lieutenant-colonel du régiment de Navarre, pensent que, plutôt que de se faire tuer, il est préférable de conserver au roi vingt bataillons de bonne troupe, qui pourront plus tard lui revenir par échange. La capitulation est alors signée ; le colonel de Navare refuse d'y mettre son nom, fait briser ses fusils, crever ses caisses de tambour, déchirer et enterrer ses drapeaux ; les autres régiments remettent aux Anglais leurs armes et leurs drapeaux. « L'étonnement fut « grand à Versailles et à Paris lorsqu'on reçut la nou- « velle de cette honteuse affaire », dit Saint-Simon, Pourtant personne ne fut puni par le roi, à Texception de Tofficier qui avait consenti à se faire auprès des troupes de Blenheim, Tinterprète du général anglais, et de quelques régiments qui furent cassés. « Le chef de corps qui avait refusé de signer « la capitulation, ne fut pas reconnu ni distingué « le moins du monde \ » Les autres furent frappés par le mépris public, mais il était trop tard. « Si les « vingt-huit bataillons, troupe d'élite, qui posèrent « les armes à Hochstsedt », dit encore JSapoléon, « eussent été convaincus qu'ils entachaient leur

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