Belnias, les Sièges cVEspayne
troupes poursuivaient les Russes en dehors de la tranchée , elles furent tout à coup prises en flanc par un feu des plus violents; ce feu partait des tranchées anglaises débordant les nôtres et dans lesquelles nos alliés, surpris, avaient laissé pénétrer r ennemi. Malgré leur remarquable bravoure, ils étaient très sujets à pareille mésaventure, se gardant encore beaucoup plus mal que nous \ Cette nuit fut des plus meurtrières ; les Russes avouèrent 1,300 tués ou blessés sur 6,000 hommes.
On pourrait presque dire qu'après la ténacité, la vigilance est la première qualité à exiger d*un chef, qu'il s'agisse d'une garnison, d'un corps de siège ou d'une troupe en campagne; en tout cas, de tous les échecs possibles, le plus honteux est une surprisCj parce que c'est le plus facile à éviter. Lannes, Masséna, Davout, n'ont jamais été surpris. Murât l'a été et dans des circonstances qui l'auraient couvert de ridicule s'il n'avait racheté sa fautiB par une éclatante bravoure. C'était en 1812, pendant la campagne de Russie ; il commandait à Winkowo une forte avant-garde. Un accord verbal avait été conclu entre les deux partis, et, de part et d'autre, on s'était engagé à se prévenir
1. J*ai eu riionueur d'outeDdre le général Tottleben raconter que, pendant le siège de Sébaslopul, chaque fois que les outils de pionniers étaient prés de manquer dans la place, on s'en procurait par use surprise de nuit dans les tranchées anglaises et que lo coup réussissait toujours.
quelques heures d'avance en cas de reprise des hostilités. Dirigé par un chef d' état-major très habile , Kutusof , le généralissime des Russes , fit marcher ses troupes dans la nuit du 17 au 18 octobre et tomba le 18 au matin, au mépris de sa parole, sur la cavalerie légère de Sébastiani qui se gardait mal, suivant son habitude ; cette cavalerie fut culbutée et se laissa enlever une partie de son artillerie. Poniatowski, avec Finfanterie polonaise, arrêta les progrès des Russes; Murât, sautant à demi vêtu sur un cheval, se riiit à la tête des cuirassiers et exécuta des charges si vigoureuses qu'après avoir repoussé la cavalerie ennemie, il écrasa l'infanterie formée en carrés. Un témoin oculaire, le général anglais Wilson, dit n'avoir jamais assisté à un engagement de cavalerie aussi acharné que celui des cuirassiers et des cosaques dans cette circonstance. Les généraux placés sous les ordres de Murât étaient d'ailleurs aussi blâmables que lui pour s'être laissé surprendre ; Sébastiani, en particulier, avait déjà été sui'pris trois fois depuis le commencement de la campagne. « Avec mon gendre », disait la duchesse de Coigny , sa belle-mère , « on va de surprise en « surprise. »
Une autre mésaventure célèbre survenue dans cette même guerre, est celle du général saxon Klingel, surpris par le général russe Tonnasoff qui
précédé d*une nuée de cosaques, avait envahi le grand-duché de Varsovie. J'ai déjà raconté comment le général Klingel fut cerné dans Kobryn et forcé de se rendre.
Mais la surprise qui peut-être excita le plus la colère de Napoléon, fut celle d'Arroyo-Molinos en Andalousie, cause de la disgrâce du général Girard, celui-là même qui plus tard se battit en héros à Lutzen, et fut tué à la bataille de Ligny, après avoir mérité qu*on dît de lui : « Ame de feu, cœur intrépide, »
Envoyé avec sa division, forte seulement de 3,000 hommes, pour lever une contribution dans la ville de Cacerès, Girard s'y était attardé et avait suivi au retour la route qui longeait la frontière du Portugal sans prendre aucune précaution. Sa colonne arriva le 27 octobre 1811 dans la petite ville d' Arroyo - Molinos ; il faisait un très mauvais temps; chacun ne songea qu'à se mettre à l'abri; on ne plaça, paraît-il, aucun avantposte. Le général anglais Hill tomba sur la ville à l'improviste ; la moitié de la division fut prise avec son artillerie, ses bagages et l'argent de la contribution que le général Girard avait été lever ^ L'Empereur s'en prit d'abord au général Briche, qui commandait la cavalerie, et écrivit à ce sujet au