‹ Les capitulations; étude d'histoire militaire sur la responsabilité du commandementChapitre 79 sur 116 · Mémoires de Marmont, t. IV · texte numérisé non relu

Mémoires de Marmont, t. IV

372 LES CAPITU;:.ATIONS.

major général, le 2 janvier 1812, une lettre des plus sévères :

« Il paraît », disait-il, « que le général Briche était « posté du côté par où venait Tennemi et qu'il a été « parfaitement surpris, n'étant pas bivouaqué, mais « couché dans une bonne maison... En principe, un « colonel de chasseurs ou de hussards qui, au lieu « de passer la nuit au bivouac et en correspondance « habituelle avec ses grand'gardes, se couche, mé- « rite la mort. »

Le reproche était injuste, le général Briche avait au contraire signalé le danger à Girard qui ne tint aucun compte de ses avertissements.

Un autre général de cavalerie s'attira, de la part de l'Empereur, pendant la seconde campagne de 1813, un blâme encore plus énergique. Le général Bruno, avec quatre escadrons de cavalerie, s'était laissé enlever dans la ville de Freyberg par un parti de 400 chevaux. L'Empereur écrivit au major général Berthier, le 19 septembre :

« Ce n'est pas par 4,000 hommes, mais par 400 « que le général Bruno a été enlevé; il donnait « tranquillement dans la ville, avec tous ses hommes. « Tant que les troupes légères serviront aussi mal, « il arrivera des malheurs. Le général Bruno s'était « renfermé dans la ville... Je viens de dicter « un ordre du jour pour faire connaître à l'ar- « mée l'événement survenu au général Bruno...

« On doit faire connaître qu'il y a peine de « mort contre les commandants de patrouilles de « troupes légères qui passeraient la nuit dans une « ville. »

Napoléon adressa, en outre, à Farmée Tordre du jour suivant:

« Le général Gobrecht, commandant les troupes « légères du 1" corps, était en position sur les flancs « de Tarmée sans grand* gardes et tousles chevaux dé- « bridés. Les lois militaires rendent une pareille né- « gligence passible de la peine de mort.

« Sa Majesté a surpris un brigadier de la garde « qui, étant placé en grand*garde près de Pirna, « avait ses chevaux débridés. Sa Majesté ordonne « que le brigadier soit cassé.

« Sa Majesté ordonne que le général Bruno soit « suspendu et que sa conduite soit renvoyée à un « conseil d'enquête.

« Tout officier ou sous-officier qui, étant de grand'- « garde, négligera les précautions prescrites par les « règlements militaires ; tout commandant, quel qu'il « soit, de troupes légères envoyées en reconnais- « sance ou détachées sans infanterie en camp volant, « qui négligera de prendre lesdites précautions ; tout « général de cavalerie qui, flanquant la position de « Farmée, négligera de placer des grand'gardes et « F exécution des règlements militaires et exposera « Farmée à une surprise dé Fennemi, sera traduit

« par-devant une commission militaire et condamne « à mort. »

Après la lecture de ces documents et avec Texpérience de l'histoire, il devient évident que des mesures sévères doivent être prises pour garantir la sûreté de Tarmée ; ces mesures sont de deux sortes : 1** dispositions techniques destinées à rendre les surprises, sinon absolument impossibles, du moins tout à fait improbables; 2° sanction pénale assurant Texécution de ces dispositions.

Or le premier paragraphe de Farticle 213 du Code de justice militaire est ainsi conçu :

« Tout militaire qui abandonne son poste est puni « de la peine de mort si Fabandon a eu lieu en « présence de Tennemi ou de rebelles armés. »

La loi renferme donc à la rigueur des armes suffisantes pour frapper des manquements graves, tels que celui qui est signale dans Tordre du jour ci-dessus rappelé. Pour les manquements moins graves, les règlements militaires ont des peines graduées. Le général en chef, vis-à-vis duquel sont engagées toutes les responsabilités dans l'armée qu'il commande, et audessus de lui, le ministre de la guerre, sont en pouvoir d'infliger ou de provoquer devant un conseil de guerroie châtiment encouru par quiconque ne se conformerait pas aux dispositions réglementaires ; d'autre part, ces dispositions, telles qu'elles résultent du décret du 26 octobre 1883 et de l'instruction sur le

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service de la cavalerie en campagne, peuvent être considérées comme presque parfaites.

J'en reviens à Tliistorique des surprises. Notre cavalerie légère qui s'est laissé trop souvent prendre en défaut, a su de son côté exécuter plus d'une fois des coups de main heureux. Un des plus jolis est celui-ci, que relate Marmont dans ses Mémoires :

Pendant la campagne de 1805, un de ses aides, de camp, le capitaine Testot-FeiTy, avait été chargé de faire une reconnaissance dans la vallée de la Salza avec un détachement de 200 chasseurs. Averti par des paysans qu'un bataillon autrichien se trouvait au repos à une heure de lui, il prit les hommes les mieux montés de son détachement, poussant le soin jusqu'à passer la revue de la ferrure pour laisser en arrière les chevaux qu'il reconnut ne pas pouvoir galoper sur la glace (on était à la fin de novembre) \ puis, arrivé à proximité du bataillon, il arrêta sa troupe dans un bois, s'avança seul à la lisière et reconnut que les soldats d'infanterie étaient tranquillement occupés à quelques pas en amère de leurs faisceaux ; alors il retourna vers son détachement 5 à son signal, les trompettes sonnèrent la charge, les chasseurs s'élancèrent au galop , renversèrent les faisceaux et les Autrichiens, séparés de leurs armes, n'eurent plus qu'à se rendre...

Les guerres d'Afrique pourraient fournir de trop nombreux exemples de surprises, ne fût-ce que les coups de main des Arabes venant jusqu'au milieu de nos camps enlever les chevaux et les bagages, mais le récit de toutes ces petites affaires de détail m'entraînerait trop loin ; j'en arrive à la guerre de 1870. Les francs-tireurs, dont le nombre exagéré a donné lieu à tant d'abus, ont du moins, c'est une justice qui leur a été rendue par les Allemands euxmêmes, arrêté les incursions de la nombreuse cavalerie ennemie. Le major von' der Goltz, dans la Nation armée, le prince de Hohenlohe, àsnis ses Lettres sur la cavalerie, constatent que, dans la seconde partie de la guerre, le service des reconnaissances était devenu très difficile pour eux. Les francs-tireurs de Lippowski ont à leur actif plusieurs affaires d'avant-postes dans lesquelles les Allemands à leur tour se sont laissé surprendre et dont ils se sont vengés par des châtiments barbares, infligés aux villes et aux villages témoins de leurs mésaventures. Tel fut le sort d'Ablis où les francs-tireurs avaient enlevé la moitié d'un escadron de hussards. Tel fut aussi celui de la petite ville d'Etrepagny en Normandie, où une colonne partie de Rouen avait, pendant la nuit du 29 au 30 novembre 1870, attaqué à r improviste un détachement saxon, et lui avait tué 150 hommes, pris 80 chevaux et enlevé un canon. Les Saxons revenus à Etrepagny dans l'après-midi

du 30, y brûlèrent plus de 60 maisons ou fermes. A Viabon, le 16 novembre, Lippowski était tombé sur le village occupé par le 10® régiment de uhlans. Le commandant de la cavalerie, prince Albrecht, logé dans ce village, n'eut que le temps de s'enfuir précipitamment, tandis que deux escadrons résistaient pour couvrir sa retraite. En revanche, plusieurs de nos colonnes furent surprises par les Allemands ; il est même étonnant que dans l'état de désordre où se trouvaient des troupes continuellenient battues, cela ne soit pas arrivé plus souvent. Les plus remarquables de ces surprises furent celles du parc de Cliambord, le 9 décembre 1870, et de Sombacourt, à l'armée de l'Est, le 29 janvier 1871. A Chambord, une brigade entière fut attaquée subitement, sans avoir pris aucune précaution de sûreté, par deux compagnies hessoises ; il s'ensuivit une panique dans laquelle l'ennemi enleva une batterie d'artillerie et 200 hommes, dont trois officiers supérieurs. A Sombacourt, un bataillon allemand tomba le soir et sans que son approche eût été signalée, au milieu d'une division du 15® corps. Il prit 2 généraux, 50 officiers, 2,700 hommes, 17 canons, 48 voitures, 320 chevaux, etc. \

Les troupes en marche ont été souvent victimes de surprises ou d'embuscades. Nous avons vu des

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