Canonge, Histoire militaire contemporaine
batailles perdues parce que les troupes, mal gardées, avaient été assaillies à Timproviste et dans des positions désavantageuses, comme à Crefeld, à Hochkirch, à Beaumont. D'autres défaites sont justement attribuées à la faute commise de ne pas avoir éclairé la marche de Tàrmée. Un des exemples les plus remarquables que Ton puisse citer est celui de la bataille de Rossbach. L'armée combinée des Autrichiens et des Français s'était mise en mouvement pour tourner l'armée prussienne. La cavalerie autrichienne marchait en tête ; elle ne se fit précéder d'aucune reconnaissance et personne ne soupçonna le mouvement du général Seydlitz, qui était venu, en tournant la colonne, se placer de manière à la prendre de flanc. Lorsque tout à coup on découvrit les Prussiens rangés en bataille, il était trop tard, la cavalerie autrichienne s'enfuit, la tête de la colonne ne put se déployer, et l'affaire fut décidée en quelques instants.
A Lutzen, l'armée française qui, faute de cavalerie, ne pouvait s'éclairer, fut assaillie subitement par une masse de cavaliers ennemis dont rien n'avait annoncé l'approche. Un exemple aussi éclatant démontre à lui seul l'importance du service d'exploration. 11 me suffira également de rappeler quelques attaques de convois pour prouver combien il est nécessaire de se garder lorsqu'on marche h proximité de l'ennemi avec des colonnes allongées.
dont les éléments de combat ne forment que la moindre partie.
Nous avons vu plus haut que dans la ville d'Erfurt Murât avait, le lendemain de la bataille dléna, recueilli 10,000 prisonniers. 8,000 de ces prisonniers, envoyés en France sôus Tescorte de quatre compagnies d'infanterie, furent délivrés par un heureux coup de main. Un lieutenant prussien, bien renseigné par les gens du pays sur la marche du convoi, s'embusqua avec 80 hussards dans un défilé près d'Eisenach et tomba sur cette longue colonne. Les soldats d'infanterie de Tescorte, occupés à combattre les hussards, ne purent contenir les prisonniers, et ceux-ci en profitèrent pour se sauver tous.
Dans le 13* yolume de V Histoire du Consulat et de rEmpire, Thiers s'est étendu assez longuement sur l'attaque et la prise partielle d'un convoi dans les provinces basques, aflfaire qui causa à Napoléon une vive irritation. Ce convoi ramenait en France environ 1,000 prisonniers et 100 voitures chargées de blessés. Le colonel Dentzel commandait l'escorte^ composée de 550 hommes d'infanterie et tout à fait insuffisante, vu la nature du pays. Le célèbre chef de partisans Mina s'embusqua dans les bois qui bordaient, à droite et à gauche de la route, le défilé de Salinas; il se précipita sur le convoi, délivra les prisonniers espagnols, et fit égorger les blessés et
les malades, que l'escorte partagée en trois pelotons en tête, au centre et en queue de la colonne, était impuissante à défendre. L'escorte perdit, en outre, près de 200 hommes et ne fut délivrée que par l'arrivée du général Caffarelli avec un détachement de l'armée du Nord.
Le 9 juin 1813, le capitaine von Colomb, beaufrère de Bliicher, commandant un corps de partisans prussiens, tendit entre Zwickau et Chemnitz, avec 100 cavaliers, une embuscade dans laquelle tomba un convoi composé de 24 canons, 36 caissons, 40 voitures, 400 chevaux, 300 hommes et 6 officiers. Tout fut pris.
Parmi les embuscades ou surprises de troupes en marche, il en est peu de plus célèbres que celle de Haynau dans la campagne de 1813. Le maréchal Ney, après la bataille de Bautzen, poursuivait l'ennemi avec le corps de Lauriston. L'armée française n'avait encore que fort peu de cavalerie ; cette circonstance donna l'idée aux généraux prussiens de dresser une embuscade pour surprendre la division Maison, qui marchait en tête de colonne. Ils dissimulèrent sur le côté de la route trois lignes de cavalerie, tandis qu'une arrière-garde, composée d'infanterie et de cavalerie, faisait mine de résister un instant et de battre en retraite. Lorsque la colonne arriva à hauteur de l'embuscade, l'arrière-garde fit demi-tour et tint ferme ] la cavalerie embusquée
fondit au galop sur la division Maison, qui fut sabrée et mise en déroute, perdant environ 2,000 hommes et une batterie d'artillerie. Le général Maison, un des meilleurs officiers de Tarmée, désespéré de sa mésaventure , voulait , le soir , se brûler la cervelle ; il en fut empêché par le général Lagrange, qui servait dans le même corps d'armée que lui.
Les régiments nouvellement débarqués en Algérie ont souvent fait leur apprentissage en se laissant surprendre. Parti le 12 août 1840 de Coléah, à la tête d'une reconnaissance de 200 hommes du 3* léger qui arrivait de France, le capitaine Morizot remontait la rive droite du Massafran, quand du milieu des fourrés qui bordaient cette rive surgirent tout à coup 1,000 à 1,200 cavaliers qui entourèrent son détachement, en le criblant de coups de fusil. Le capitaine Morizot fut un des premiers blessés ; 40 hommes parvinrent à se faire jour jusqu'à un blockhaus très proche delà. Le colonel du régiment, accouru au secours de la reconnaissance , trouva 80 cadavres presque tous décapités ; le capitaine et 40 de ses soldats avaient été emmenés prisonniers, ils furent échangés quelque temps après.
L'échec le plus désastreux qu'aient subi nos armes en Algérie, est sans contredit le combat de la Macta (28 juin 1835). Abdel-Kader venait, en commençant les hostilités, de rompre le traité de la
Tafna. Le général Trezel, commandant la province d'Oran, marcha contre lui à la tête d'une colonne trop faible d'eflfectif et disposée de manière à aggraver encore les inconvénients de cette faiblesse numérique. Elle comptait 2,500 hommes, savoir : 4 escadrons du 2* chasseurs d'Afrique, 3 bataillons et demi d'infanterie, 2 canons de campagne et 4 obusiers de montagne avec un assez grand convoi de voitures d'artillerie, du génie, de vivres et de blessés. Après une tentative dans laquelle son avant-garde fut repoussée, le général Trezel se décida à battre en retraite sur Arzew, non par la route directe, mais par les défilés dans lesquels s'engage l'Habra qui prend alors le nom de Macta, avant de se \ jeter dans la mer. Abdel-Kader, averti de ce pro- 1 jet, envoya quelques centaines de cavaliers, portant chacun un fantassin en croupe, occuper les hauteurs qui bordent le défilé. A peine la colonne venait-elle de s'y engager, sans s'être éclairée sur ses flancs, qu'un feu de tirailleurs assez vif partit des hauteurs. Croyant qu'il y avait là fort peu de monde, le général fit attaquer les tirailleurs par deux compagnies d'infanterie ; elles furent reçues et maltraitées par les Arabes dissimulés derrière le rideau de tirailleurs ; on les renforça par deux autres compagnies ; toute l'infanterie fut ainsi épuisée en détail. Cependant Abdel-Kader était arrivé avec ses cavaliers, poursuivant la colonne ; l' arrière-garde
eflfarée passa de la queue à la tête en doublant le convoi, les conducteurs des voitures d'équipages coupèrent les traits et s'enfuirent lâchement avec les attelages ; les Arabes entourèrent les blessés et les égorgèrent. Il y eut pendant une heure ou deux un désordre inexprimable : aucune voix n'était plus écoutée. L'arrière-garde était réduite à 40 ou 50 braves fantassins appartenant à tous les corps et luttant avec énergie, à 40 chasseurs d'Afrique commandés par un capitaine du nom de Bernard et à trois pièces qui, dirigées par un capitaine et un lieutenant d'artillerie, tiraient par-dessus la tête des 50 fantassins. Enfin le capitaine Bernard, par une charge désespérée, dégagea un instant le terrain, et la colonne put déboucher dans la plaine d'Arzew ; elle avait eu 400 hommes tués et 500 blessés, les Arabes n'avaient fait que 17 prisonniers ; toutes les voitures étaient tombées entre leurs mains, excepté celles de l'artillerie et une voiture des équipages sauvée par l'énergie d'un maréchal des logis ^ Les troupes étaient tellement démoralisées en arrivant à Arzew, qu'il fallut les embarquer pour les faire rentrer à Oran.
Les généraux et les troupes d'Afrique se formèrent peu à peu à ce genre de guerre, et dans les belles années de la conquête, les choses ne se passèrent