DESTRUCTIONS OU ABANDONS DE MATÉBŒL
Les ambulances. La convention de Genève. — Matériel d'artillerie. — La destruction est préférable à Tabandon pur et simple.
— Abandon momentané. — "Waterloo, Fuentés-do-Oaoro, Rezonville, Saint-Privat. — Préjugé sur la perte des canons. — Vœu émis par le général de Blois à la suite de la guerre de 1870. — Un ordre de Blùcher. — Golbert à léna. — Nansouty et Drouot à Hanau. — Batteries défendues par leurs canonniers. Bataille de Geisberg en 1793 et de Hollsbergen 1807. —Nécessité des sontiens. — Le combat de Morée en 1870. — Napoléon après la bataille de Talavera. — Encore Blûcher. — Initiative des anciens artil- ] leurs. Sénarmont à Friedland, Seruzier à Eylau, Romangin à Wagram. — Différents cas de destruction du matériel. — Reddition d*une place : Kehl, Huningue, Puebla. — Levée d'un siège: Mantoue, Saiut-Jean-d'Acre, Girone, Saragosse, Mayence. — Difficultés du pays : Sowarow en Suisse, Soult à Oporto, Duhesme en Catalogne. — Manque d'attelages : Napoléon à Orcha. Équipage de pontons d'Hameln en 1758. — Le 116« de ligne après Baylen.
— Retraites précipitées. — Les Anglais dans l'Afghanistan. — Le général Moore à Bénavento. — Un fait inédit de la dernière guerre.
Des circonstances qui se présentent assez fréquemment à la guerre, comme nous allons le voir, peuvent forcer le commandant d'une troupe à détruire ou à abandonner à Tennemi tout ou partie de son matériel de guerre , c'est-à-dire des canons et voitures d'artillerie, des équipages de pont, des voitures du génie, des caissons de vivres et même J
des voitures d'ambulance. Outre les approvisionnements mobiles, il peut avoir à détruire, brûler ou abandonner ses magasins' de toute sorte. C'est évidemment là une détermination douloureuse à prendre pour celui, quel que soit son grade, à qui incombe la responsabilité du commandement.
Le cas d'abandon des ambulances, qui serait évidemment le plus pénible de tous, peut être considéré aujourd'hui comme résolu par la convention de Genève, à l'honneur et à l'avantage de la civilisation. D'après cette convention, intervenue le 22 août 1864, les ambulances et les hôpitaux militaires sont reconnus neutres tant qu'il s'y trouve des malades ou des blessés et sous condition que ces ambulances ou hôpitaux ne soient pas gardés par une force militaire. Quoique les détails d'exécution aient soulevé en 1870 quelques difficultés, on peut considérer, dans une campagne faite contre une nation civilisée, le personnel et le matériel des ambulances comme suffisamment garantis.
Il n'y a donc à s'occuper ici que des canons et du matériel d'artillerie. Ce qui pourra en être dit s'appliquera à plus forte raison aux vivres et aux approvisionnements de toute sorte.
Lorsque, par suite de nécessités impérieuses, on est forcé de laisser derrière soi ses canons, ses munitions et ses vivres, il est bien évident qu'il vaut mieux les détruire que de livrer à l'ennemi des tro-
phées dont il se parerait ou des ressources dont il tirerait profit. La destruction, de préférence à Vaban don pur et simple, doit donc être posée en principe et effectuée en réalité, toutes les fois qu^on en aura le temps et le pouvoir. Enfin, il convient d^ établir une distinction entre l'abandon raisonné et prémédité et la perte par force majeure 5 les Anglais à Waterloo, par exemple, abandonnant leurs pièces aux cuirassiers de Kellermann, ne sauraient être assimilés à Tarmée française battue à Vitoria, laissant au pouvoir de Tennemi deux cents pièces de canon, quatre cents caissons et un matériel immense, faute d'en avoir assuré la retraite... Autrefois, Tofficier d'artillerie qui perdait ses canons dans une bataille ou dans une retraite, était presque touché dans son honneur et atteint dans sa considération* Tel était le préjugé de l'armée en général et du corps de l'artillerie en particulier. Le général de Blois, qui à l'âge de soixante-neuf ans avait quitté sa retraite pour venir commander, à l'armée de la Loire, l'artillerie du 15" corps, et qui a donné à tous l'exemple de l'activité aussi bien que du dévouement, était imbu de ce préjugé. Frappé, en outre, de certains faits qui s'étaient passés sous ses yeux, il a dans son livre sur les Opérations de Vartillerîe du 15* corps, exprimé le vœu suivant :
« Nous pensons qu'à l'instar de ce qui se fait dans « la marine, une responsabilité doit peser sur l'offi-
« cier d'artillerie qui a abandonné ses canons, s41 « n'est pas reconnu qu'il a cédé à une force insurge montable ou si, après leur perte, il n'a pas fait tous « ses efforts pour rentrer en possession de ses bouches « à feu. Il est évident qu'une artillerie dont tous les « officiers auront dans l'âme cette religion du maté- « riel et attacheront leur honneur à la conservation « de leurs pièces, il est évident, disons-nous, que « cette artillerie sera bien plus vaillante que celle « à laquelle de pareils sentiments sont inconnus. »
Malgré le profond respect que j'ai conservé pour la mémoire du brave général de Blois, j'oserai dire qu'il se trompe du tout au tout, et que l'exagération de la responsabilité à faire peser sur l'officier d'ar- ^llcrie dont les pièces sont prises, irait à l'encontre du but que l'honorable général se proposait d'atteindre.
Le commandant d'une batterie ne doit avoir qu'une préoccupation: faire à l'ennemi le plus de mal possible ; il doit dans les circonstances les plus critiques sacrifier au succès, ou au salut des autres troupes, non seulement sa vie, non seulement la vie de ses canonniers, mais encore, s'il le faut, ses canons. Lorsque l'ennemi envahit sa batterie, il doit s'efforcer de lui soustraire les attelages et les avant-trains pour ne pas lui permettre d'emmener les canons. Dans l'exemple célèbre que je citais tout à l'heure, l'artillerie anglaise, se conformant aux instructions
formeiles qu'elle avait reçues tle Wellington, fit feu jusqu'au ' dernier moment, puie porta au galop ses avant-traiiiB jusque vers les réservée, en repliant rapidement . ses hommes avec les armements des pièces dans l'intérieur des carrés de l'in&nterîe '. Lorsque les cuirassiers abandonnèrent le plateau, les canonniers anglais revinrent à leurs batteries.
A Fuentès-de-Onoro, les nuignifiquea charges de la cavalerie de Montbrun avaient abouti sur l'ar- , tillerie anglaise aux mêmes résultats.
On a vu ainsi, dans la dernière guerre, à la | bataille de Bezonville, ane batterie à cheval être '■■^ envahie par les hussards prussiens qui poursuivaient 1 les cuirassiers de la garde, les avant-trains s'éloi- I gner, les servants emporter les armements, et les escEidrons d'escorte du maréchal reprendre la batterie en sabrant la cavalerie prussienne.
La bataille de Siint-Privat noua offre l'exemple remarquable d'une artillerie, s' obstinant à rester sur le terrain, malgré des pertes en hommes et en chevaux telles qu'il lui aurait été absolument impossible de s'échapper si elle avait été envahie. Neuf batteries ; du 9' corps prussien avaient été disposées de manière 1 à couronner la hauteur qui se prolonge de Vemé- i ville à Amanvilliers ; battues de front, dans le flanc gauche et en partie de revers, ayant leurs intervalles