‹ Les capitulations; étude d'histoire militaire sur la responsabilité du commandementChapitre 83 sur 116 · Clwrca», la Campagne rfe IBls · texte numérisé non relu

Clwrca», la Campagne rfe IBls

resserrés, elles avaient cruellement souflfert du feu des canons, des mitrailleuses et de la mousqueterie. Une de ces batteries perdit, en une demi-heure, deux officiers, les trois quarts des hommes et tous ses chevaux à l'exception de huit ; elle fut prise par un bataillon du 13® de- ligne, mais deux pièces seulement purent être emmenées par les Français. En se maintenant aussi longtemps dans cette position, malgré le danger qu'elles couraient , les batteries dont il s'agit se conformaient aux instructions données par Blucher à l'artillerie prussienne en 1815 :

« Certaines batteries induites en erreur » , disait le fameux général prussien, « pensent qu'il faut à « tout prix éviter de faire prendre son matériel. »

« Un commandant de batterie qui, pendant une « attaque ennemie, aura amené ses avant-trains ou « se retirera à la prolonge à plus de cinq cents pas « de l'assaillant, sera traduit devant un conseil de « guerre, à moins que l'adversaire n'ait trouvé le « moyen de s'approcher sans être remarqué ou que « de notre côté nous ne soyons pas défilés.

« La perte d'une batterie ayant bien opéré n'est « pas un événement néfaste; la conservation d'une « autre par une retraite précipitée ou prématurée « est condamnée par toutes les lois de la guerre et « de l'honneur... »

Vouloir rendre un officier d'artillerie responsable de la perte de ses canons sur le champ de bataille.

392 LES OAPITULATIOS'S.

■î'est niij connaître complètement les conditions dans .eaquBlles un événement de ce genre peut siirvonir. A la bataille d'Iéna, le maréchal !Ney prescrit ao général Auguste Colbert, commandant aa brigade de cavalerie, d'enlever ane batterie dont le tir le gênait beaucoup. Colbert part avec le IC chasseurs en colonne par eecadronfi et longe la gauche d'un bois, comme B'il voulait charger sur l'infanterie placée en face de lui; après avoir dépassé le bois, arrivant à hauteur de la batterie, il se rabat brusquement à droite par une manœuvre bien simple (pelotons à droite), tombe sur les pièces, sabre les canonniers et s'empare de treize canons.

Au mois de septembre 1813, dans la marche de îjapoléon sur Tceplitz, un escadron de lanciers de la garde enleva une batterie de vingt pièces, en profitant d'un ravin pour se rappocher à couvert et s'élançant intrépidement sous le feu à courte distance.

A la bataille de Hanau, dans laquelle Napoléon fit payer si cher à l'armée bavaroise la défection de son souverain, le général Nansouty, avec les cuirassiers et la cavalerie de la garde, renouvela en grand la manœuvre de Colbert à léna, déjà employée par Kellermann à Marengo. A cette même bataille de Hanau, Drouot avait déployé les quatre-vingts bouches à feu de la garde sur ia lisière de la forêt que l'armée française avait à traverser pour déboucher dans la plaine. Elles furent chargées par toute la

cavalerie bavaroise. Drouot ne songea pas à reculer; il disposa en avant de ses pièces les canonniers, la carabine à la main, arrêta ainsi les escadrons ennemis, puis les cribla de mitraille lorsqu'ils se retirèrent \

Le cas où les canonniers eux-mêmes ont repoussé les attaques dirigées contre leurs canons s'est rarement présenté dans nos grandes guerres. A la bataille de Geisberg, le 28 janvier 1793, un capitaine d'artillerie légère fit masquer sa batterie par la moitié de ses servants restés achevai, tandis que les autres se tenaient aux pièces. Lorsque la cavalerie ennemie s'approcha, les canonniers à cheval rentrèrent dans les intervalles, puis, quand le tir à mitraille des pièces ainsi démasquées eut fait reculer cette cavalerie en désordre, ils se précipitèrent sur elle en la chargeant avec impétuosité. A Heilsberg , le 10 juin 1807 , l'artillerie de la division Saint - Hilaire , composée d'une batterie à cheval et de deux batteries à pied, se trouva un instant enveloppée par la cavalerie russe, qui poursuivait la division de cuirassiers Espagne. Voyant qu'il n'avait pas le temps de se retirer sans s'exposer à être pris à coup sûr, le chef d'escadron Seruzier, qui commandait cette artillerie, ne laissa que trois hommes par bouche à feu; il ordonna à ses ca-

Page 1