CHAPITRE V
TOXICITÉ DU SANG DES MAMMIFÈRES ACAPSULÉS
Opérant des lapins, Brown-Séquard vit que le sang des animaux privés de capsules surrénales est toxique pour un animal récemment opéré, tandis que la transfusion du sang d'un animal sain à un animal à l'agonie peut le rappeler à la vie. [Journal de physiologie, 18S8.)
Les recherches poursuivies avec Abelous sur les grenouilles privées de capsules surrénales nous ont permis d'étudier cette toxicité du sang des animaux acapsulés, et enfin le mode d'action deTagent toxique non encore isolé. Je ne reviendrai pas sur les phénomènes curariformes observés chez la grenouille, ayant reçu du sang d'une autre grenouille acapsulée, qui ont été signalés dans le chapitre IL Mais je dois rapporter ici les expériences faites avec du sérum de mammifères acapsulés (cobayes, lapins, chiens) soit à des grenouilles, soit à des animaux de même espèce que l'animal fournissant le sang.
Injection, à des grenouilles, de sérum de mammifères
acapsulés.
Nous avons injecté à des grenouilles, chez lesquelles la circulation d'une patte postérieure était interrompue par la
ligature du membre à sa racine, du sang, du sérum, ou le produit du lavage de l'appareil circulatoire de cobayes et de lapins acapsulés, le sang étant recueilli soit au moment de l'agonie, soit même après la mort. Des expériences de contrôle étaient toujours faites en prenant des animaux malades ou morts à la suite d'opération du môme genre, mais ne comportant pas la destruction totale des capsules, le plus souvent même, il s'agissait d'animaux succombant à la suite d'une tentative malheureuse de la destruction d'une capsule droite. Nous avons constaté que ces injections amenaient, après un laps de temps variable d'une ou deux heures, des phénomènes de paralysie, chez des grenouilles normales ou opérées de leurs capsules, l'excitation du nerf ne déterminant des réactions que dans la paLtc liée. Des doses égales ou même plus fortes de sang ou de sérum de cobayes ou de lapins non privés de leurs capsules (expériences de contrôle) injectées à des grenouilles témoins, ne donnent pas lieu à des troubles du même genre. Nous avons pu observer quelquefois, à la suite de l'injection de sang da cobayes qui avaient présenté des convulsions avant la mort, des phénomènes plutôt convulsifs que paralytiques. C'était des tremblements généralisés avec secousses fibrillaires coïncidant avec une impuissance motrice relative. Parmi les grenouilles normales injectées, les unes sont mortes, les autres se sont rétablies après avoir éliminé ou détruit les substances toxiques introduites avec le sang. Ce qu'il importo de retenir c'est la toxicité du sang des animaux acapsulés pour la grenouille, même normale.
Toxicité du sang des animaux acapsulés pour des
animaux de même espèce.
Les expériences signalées déjà sur la toxicité du sang des grenouilles ou des cobayes acapsulés ont pu être reprises sur
CAPSULES SURKÉNALES. 57
des chiens acapsulés, avec cet avantage, que la quantité de sang obtenue était plus grande et les injections plus faciles. Le sang a été recueilli sur des chiens acapsulés, soit au moment de la mort, soit le plus souvent quelque temps après la mort, dans l'appareil veineux; le sang mélangé avec une quantité donnée de solution physiologique était filtré, et les caillots exprimés dans un entonnoir obturé avec un tampon d'ouate hydrophile formant filtre. Le sang des expériences de contrôle a été recueilli sur des animaux placés dans des conditions analogues, mourants ou morts (après une opération quelconque) depuis le même nombre d'heures.
La quantité injectée par la veine saphène a varié de 50 à 80 centimètres cubes de sang pur, dilué dans une quantité variable d'eau salée. Dans quelques cas, la saignée étant faite avant la mort, nous avons pu recueillir du sérum en quantité suffisante pour les injections.
Chien de 10 kilogrammes opéré le 14 mars de la capsule droite. Après avoir perdu 1 kilogramme dans les douze premiers jours, sa plaie étant cicatrisée, il reprend rapidement et, le 3 aVril, pèse 9^'^^,lo0,
Après chloralisation légère (2 gr. de chloral dans 20 gr. d*eau, soit 0K»',20 par kilogr), il est opéré rapidement du côté gauche, la capsule est facilement isolée et enlevée en totalité à 10 heures du matin. On laisse Tanimal sortir de la narcose, incomplète d'ailleurs, produite par le chloral.
A 2 heures, l'animal est complètement réveillé; il marche quand on le force à se lever, sans présenter de troubles moteurs caractérisés. T. 38°.
A 4 heures injection lente de 50 centimètres cubes de sang du chien XVI!, opéré deux jours avant des deux capsules et qui était mort en vingt-quatre heures. Immédiatement après l'injection, Tanimal est détaché, la respiration devient anxieuse, le mouvement inspiratoire s'effectuant lentement, l'animal reste couché, mais quand on Texcite, il peut so lever et s'avancer d'une marche mal assurée ; la température s'abaisse à 37°,2.
A o heures, le chien reste couché sur le tlanc, on met à nu le sciatique, l'excitation faradique de ce nerf donne lieu à des contractions encore assez énergiques dans la patte, la respiration devient de plus en plus lente, quelques secousses généraUsées sans convulsions véritables. L'excitation du sciatique est encore efficace, et quand l'animal meurt, à 5 h. 50, on peut encore déterminer des contractions dans la patte
et dans le diaphragme avec un^ courant très énergique qui donne d'ailleurs des contractions beaucoup plus Yives quand il est appliqué directement sur les muscles.
Chienne blanche de 11 kilogrammes, opérée de la capsule droite, vingt jours avant, n'a présenté rien d*anormal pendant les vingt jours qui ont suivi la première opération. N*a pas été pesée pendant cet intervalle. Le 5 avril elle pèse exactement 10^*^,800 .
Ablation de la capsule gauche après chloralisation à H heures (08',22 par kilogr.) 11 se produit une hémorragie légère par déchirure de la capsule, néanmoins l'opération est rapidement menée, hémostase avec une éponge très chaude. Après l'opération, 37o,7.
A 3 heures Tanimal est sorti de sa narcose, il se tient sur ses pattes, marche quand on Texcite ; la respiration est normale pour un chien qui vient de subir une laparotomie. T. 37<»,7.
A 5 h. 30, injection de 80 centimètres cubes du sang de chien XVII mort la veille d'une double capsulectomie après vingt-quatre heures de survie, sang recueilli six heures environ après la mort par ouverture des veines jugulaire et cave.
A 6 heures, la respiration est dyspnéique ; l'animal reste couché, marche difficilement ; le cœur est ralenti, 36°,8.
A 6 h. 30. Un mieux sensible paraît se produire, la respiration faible est devenue plus régulière ; il peut se tenir encore debout mais ne marche qu'avec beaucoup de lenteur.
A 8 heures, je trouve Tanimal mort, encore chaud, 34^,5, les muscles parfaitement excitables au courant induit alors que Texcitation des nerfs ne donne lieu à aucune réaction. Le cœur est en diastole, les veines du thorax gorgées d'un sang noir, épais, visqueux.
Dans les deux autres expériences, XII et XXIV, dans lesquelles j'ai injecté du sang de chiens acapsulés, la mort est arrivée en moins de douze heures, malheureusement elle s'est produite pendant la nuit, et je n'ai pu observer les symptômes d'intoxication. Dans les premiers moments qui suivent rinjection, on ne note pas de symptômes de paralysie motrice bien caractérisés. La respiration surtout est atteinte. Existe-t-il encore dans le sang de Tanimal récemment opéré, des substances émanant des capsules et qui masquent laction des toxines injectées, de même qu'elles retardent l'action de celles produites par l'animal lui-même? ou bien ces substances toxiques, faiblement difFusibles, introduites dans un système vasculaire où la pression est très basse, mettent-elles
CAPSULES SURRENALES.
un certain temps à agir sur la plaque terminale pour supprimer son fonctionnement ou tout au moins en diminuer l'énergie? De ces deux hypothèses, prudemment émises, c'est à la seconde que je donne la préférence.
Quoiqu'il en soit, la survie a été très diminuée par l'injection de sang en quantité assez faible, 50 à 80 centimètres cubes, ainsi que le montrent les chiffres comparatifs suivants :
NUMÉROS
des observations.
CHIEN TRANSFUSEUR.
Survie.
NUMÉROS
des observations.