‹ Les capucins en Franche-ComtéChapitre 10 sur 183 · On bénit la croix le 27 septembre · texte numérisé non relu

On bénit la croix le 27 septembre

place, et la construction ne dura que huit mois, puisque le gouverneur posait la première pierre le 8 janvier, et qu'il donnait les clefs de la maison aux religieux le 1" août de la même année lfil9. 'Comme Champlitte était du diocèse de Langres, ce fut Mgr Zamet, évêque de Langres. qui vint consacrer l'église des Capucins, dédiée à saint Jean- Baptiste, le 28 octobre 1619. Le sceau de ce couvent représentait un petit Jésus placé entre saint Jean- Baptiste et saint Joseph, Autour de ces trois personnages on lisait : Sig. FF. Cap. Conv. Champ.

La Franche-Comté se trouvait ainsi dotée d'un bon nombre de couvents de Capucins, puisque la maison de Champlitte se trouvait être la onzième par ordre de date. Le chapitre général tenu à Rome ' i„ 1 " ;,.ifl 1Q18 avait résolu de séparer le comté de jne de la province de Lyon'. Outre les raiconvenance et de discipline qui justifiaient esure, il est à croire que les considérations ï l'ordre politique n'y étaient point étranfn avait déjà fait de même pour la Savoie. ,thie des Bourguignons vis-à-vis des Franit bien connue. La diversité des lois, des ements, des caractères et des mœurs amedivergences dont il était prudent d'arrêter E, en en restreignant les causes. L'ordre

.let des Cajpueint, vingt-huitième chapiire général.

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respecta le caractère national de nos aïeux, en les laissant s'administrerpar eux-mêmes, et n'oubliapas qu'en devenant Capucins ils demeuraient toujours Bourguignons du Comté*.

La séparation s'effectua au chapitre provincial tenu à Dijon le 14 septembre 1618, avec cette réserve pieuse, que les devoirs spirituels seraient* rendus aux morts comme si la séparation n'existait point. Les vivants furent seuls séparés. La province comtoise prit le nom de province de Bourgogne, et se mit sous le patronage de saint André. Tous les religieux du pays furent rappelés dans leur patrie, et les dignitaires élus fuirent tous* des Francs- Comtois. Ce fut en vertu de ce principe de respect pour les préjugés nationaux, que le couvent de Belfort, fondé Tannée suivante (1619), fut rattaché à la province de Bourgogne, bien qu'il fût situé en Alsace ®. L'archiduc Léopold, souverain du pays,

1. Les Jésuites, faute d'avoir voulu respecter les préjugés nationaux comme le faisaient les Capucins, eurent souvent de la peine à réussir dans notre province.

2. Voici les chefs élus de la nouvelle province : Provincial, le P. Gratien de Montfort; Définiteurs, PP. Grégoire d'Arinthod, Thomas d*Amance, Louis de Saint-Claude, . le P. Sigismond de Dole. Ce dernier fut maître des novices; le P. Thomas d'Araance lecteur en théologie, et le P. Désiré de Lons-le-Saunier lecteur en philosophie.

3. Ce que nous appelons aujourd'hui « territoire de Bel fort » appartenait au diocèse de Besançon, qui a repris" ses anciennes limiies à la suite du traité de Francfort.

fit plus que permettre l'érection de la maison de Belfort;il l'ordonna, et voulut même qu'elle fût toujours occupée par des Capucins comtois « pour instruire et convertiT^avec l'ayde de Dieu les habitants de Montbéliard et lieux circonvoisins, qui avoient embrassé le lutbérianisme, et n'entendoient que la langue françoise, naturelle aux Bourguignons ». Si cette mesure produisit peu de résultat par suite de la difficulté et du danger qu'il j avait pour des prêtres catholiques à pénétrer dans le pays de Montbéliard, elle prouve du moins la sollicitude du prince^ pour des peuples qu'il regardait comme hors de la vérité. La ville de Belfort reçut volontiers les Capucins, et ce furent les habitants qui firent presque tous les frais de construction. Une boulangère, surnommée la Pécausse, se distingua surtout par sa générosité. Après avoir fourni une bonne somme d'argent pour commencer la bâtisse, elle donna, avec l'agrément du souverain, qui devait être l'héritier parce qu'elle était sans parenté, le reste de sa fortune, qui se montait à 1 ou 8,000 livres, On put avec cette somme commencer la construction '.

îns essayèrent de rattacher Belfort à ; mais le roi de France repoussa tou- 'ètentions, et voulut que le couvent de

Belfort restât dans la province de Bourgogne, comme la ville, du reste, demeurait dans le diocèse de Besançon.

L'année 1619 vit enfin les Capucins s'établir à Luxeuil. On avait paru craindre un moment que la jalousie des Bénédictins, qui occupaient l'abbaye et étaient seigneurs de la ville, n'empêchât l'établissement de religieux destinés à devenir plus populaires qu'ils ne l'étaient eux-mêmes. L'abbé de Luxeuil, Antoine Se la Baume, se mit au-dessus de ces appréhensions ; il autorisa les Capucins à s'établir dans sa ville abbatiale, les protégea et les aida jusqu'à sa mort \ Un bourgeois de Faucogney, Nicolas Grosjean, qui avait des intérêts à Luxeuil, fournit la plus grande partie des fonds nécessaires. Les Bénédictins et les habitants firent le reste. Le peuple reçut les Capucins avec une grande joie, et les « coquatres », ou échevins, profitèrent de la venue de ces religieux pour faire une économie au profit de la ville. Chaque année, on faisait venir un prédicateur pour l'avent et le carême ; comme l'abbé avait le droit de le choisir, les échevins prétendaient qu'il devait aussi le loger, le nourrir et le payer. Condamnés en 1583, ils s'étaient arrangés à l'amiable. En 1585, l'abbé consentit à payer;

1. Par son testament (1622), Antoine de la Baume donnait aux Capucins de Luxeuil 1,000 francs^ qui ne furent jamais payés. (Arch. de la ville de Luxeuil.)

mais les bourgeois devaient le logement et l'ameublement'.

L'arrivée des capucins offrit aux Coquatres une magnifique occasion de soulager la ville et de se dispenser du logement des prédicateurs. Ils imposèrent comme correctif à leur accueil empressé l'obligation de fournir à la viilb un prédicateur pour l'avent, le carême et l'octave de la Fête-Dieu de cliaque année. Les Capucins, qui ne demandaient qu'à prêclier, furent ravis de l'offre, et la bonne harmonie la plus complète régna toujours entre eux et les Luxovieus jusqu'à la Révolution '.

Les anciens mémoires représentent le couvent Je Luxeuil comme uu des plus agréables de la province. Son église, aujourd'hui changée en fonderie, fut consacrée par l'èvêque suffragant de Bâle, le U octobre 1630.

Après Luxeuil, vint le tour de Jussey. Le P. Ludovic de Dôle, y ayant prêché le carême de IG'^2 à la satisfaction générale, demanda la permission do fonder un établissement de î.on ordre. Dans l'assemblée générale du 2 mai, les habitants répondirent par un vote unanime, octroyant cetle

j4 s'engageait à payer au prédicaleur pour les deui le demi-prébende de religieux et 12 patagonseiiargeul. . (Archives da l'abbaye de Luieuil.) u fut pai toujours de m^me entre lea Bénédiclini el

demande. Ils s'engagèrent même à nourrir les religieux, pourvu qu'on exemptât la ville de prendre part aux constructions. Les échevins firent euxmêmes les démarches nécessaires pour obtenir rérection désirée. On résolut de bâtir le couvent sur la hauteur qui domine la ville, où s'élevait autrefois le château des comtes de Bourgogne. L'infante Claire-Isabelle permit de prendre tous les matériaux nécessaires dans les ruines de la vieille forteresse, ce qui procura une notable économie de temps et d'argent. L'archevêque Ferdinand de Rye encouragea la fondation, et envoya son prieur de Cherlieu planter la croix. Le curé de Jussey, Messire Louis Ligier, bénit la première pierre (6 juin 1623), sur laquelle il déposa une offrande de oOO francs ; et l'ouvrage marcha si rapidement, que quatre mois après (4 octobre) on célébrait la fête de saint François dans le chœur de la nouvelle église, qui fut consacrée* par le suffragant de Besançon le 1" juin 1626. Saint Louis, évêque de Toulouse, en était le patron.

Le couvent de Saint-Amour, bâti en 1623, s'éleva dans des conditions bien différentes. Le comte Philibert de la Baume songeait depuis plusieurs années à introduire les Capucins dans sa seigneurie ; mais il échoua devant l'opposition des habitants, qui objectaient la petitesse de leur ville et les charges grandes que leur imposerait la nour-

riture des religieux. On était cependant près de s'entendre, lorsque le comte fut appelé à rejoindre l'armée impériale, dans laquelle il occupait le grade de colonel. En revenant d'Allemagne, le comte rendit visite à son oncle Antoine, abbé de Luxeuil; mais il tomba malade au château de Baudoncourt, et il y mourut entre les bras du P. Grégoire de Villefrie, gardien des Capucins de Luxeuil. Avant de i^endre le dernier soupir, il fit promettre à sa femme, Hélène de Granvelle, de bâtir le couvent de Saint- Amour.

La veuve ne se pressait guère, et semblait même oublier les recommandations du défunt, lorsque, en revenant de Paris avec son fils, qui achevait ses études, elle rencontra par hasard le P. Louis de Saint-Claude, qui, en qualité de provincial, faisait la visite annuelle des maisons de l'ordre. Cette rencontre fortuite fit naître des remords dans l'âme de la comtesse; elle serappela les promesses jurées, et, en arrivant à Saint-Amour, elle proposa l'établissement des Capucins. Les bourgeois se désistèrent de leur ancienne opposition, et le bâtiment fut aussitôt commencé. En reconnaissance de ce que faisait pour la maison le jeune comte Jacques de la Baume, l'église fut dédiée à l'apôtre saint Jacques.

Le chirurgien Chappuis et sa femme avancèrent ^.000 francs pour cette construction, et ne voulurent pas en recevoir le remboursement.

Le sceau du couvent portait saint Jacques, apôtre, avec ces mots : Sig- FF. Cap. Conv, Sancti Amoris.

n fallut beaucoup plus de temps et de peine pour introduire les Capucins à Lure, et, pour en venir à bout, l'archiduc Léopold dut faire acte d'autorité. Sur lettre impérative datée de Belfort 18 août 1627, « les consuls et le sénat de Lure * » se décidèrent à accepter <k l'établissement d'une maison et mission de quatre ou au plus six religieux destinés à prêcher, catéchiser, entendre les confessions et vacquer à la conversion des huguenots circonvoisins». Cette mission, commencée en 1628, semble avoir été fort ingrate jusqu'en 1663. Les Capucins^ l'abandonnaient, quand l'intervention du Provincial, originaire de Lure, et celle son beau-frère le capitaine Duhoux vinrent lui redonner une vie nouvelle. C'est seulement à partir de l'année 1671 que ce couvent se trouva sur le même pied que les autres maisons de la province.

La bourgeoisie et le peuple de Faucogney se prêtèrent de bien meilleure grâce à l'arrivée des Capucins. Les registres de délibération de la ville constatent que, le 14 août 1634, on les reçut à l'unanimité en qualité de missionnaires. La situation

1. La lettre de l'archiduc-abbé est adressée : Consulibi^ et Smatui Luderensi.

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