‹ Les capucins en Franche-ComtéChapitre 13 sur 183 · Par acte passé aux eaux deL'ixeuil (14 septembre · texte numérisé non relu

Par acte passé aux eaux deL'ixeuil (14 septembre

leur ordre. Les recommandations des états de la province, de l'archevêqne et de plusieurs conseillers de la couronne triomphèrent de toutes les résistances, et la reine douairière accorda ce que son conseil avait refusé'. Au reste, les Arboisîens, qui, en vrais Comtois, n'en faisaient guère qu'à leur tête, avaient déjà installé sept ou huit Capucins dans une des tours de la ville ', sous la conduite du P. Claude-François de Vesoul. Le monastère fut tout entier bâti au moyen des aumônes particulières.

La permission donnée par la cour d'Espagne fut la seconde et dernière de ce genre. Après l'occupation française, il ne s'éleva plus de maison de l'ordre, probablement parce qu'ilyen avaitpartout. Nous devons cependant, pour être complet, signaler la fondation de la station d'Orgelet, qui eut lieu dans le siècle dernier. Chaque année, ies Capucins de Lons-Ie-Saunier ou de Saint-Claude venaient prêcher, à Orgelet, l'avent, le carême et les fêtes solennelles. L'éloignement des deux maisons rendait les voyages assez coûteux pour la caisse municipale d'Orgelet, et très fatigants pour les prédicateurs. En 1720, Jean-François de Marnix, ioflrabbaye de Saint-Claude, fit don au souve-

aission est datée de Madrid, 13 août 1673, et accordée ■oi et de la reiua régente.

r appelée QlorieUa.

rain Pontife d'une maison et d'un enclos qu'il avait achetés dalns le bourg d'Orgelet ; il mit pour condition à sa libéralité que les Capucins de Saint-Claude entretiendraient deux ou trois de leurs religieux dans cette station. Il y en avait ordinairement cinq ou six, et ils y restèrent jusqu'à la Révolution.

Telle est, d'après les titres authentiques, l'histoire sommaire des origines de la province des Capucins connue sous le nom de Saint-André de Bourgogne. Toute monotone que cette énumération puisse paraître, elle a, ce nous semble, l'avantage de mettre en relief cette vérité ! c'est quel' admission des Capucins fut à peu près partout l'œuvre de prédilection de la bourgeoisie et du peuple. A part deux ou trois cas nécessitant l'intervention de l'autorité, on trouve toujours l'unanimité la plus complète, les instances les plus pressantes. Jamais le suffrage universel, qu'on s'obstine encore à regarder comme une invention aussi admirable que nouvelle, n'a fonctionné avec plus d'aisance et de précision que dans ces assemblées del'hôtelde ville et de la place publique, où Ton disputait sur la valeur respective des Jésuites, des Capucins et des Ursulines, et où les observations les plus malignes, les critiques les plus exagérées et les louanges les plus flatteuses s'entrecroisaient librement.

Pour que le résultat ait été toujours le même, il faut nécessairement supposer chez les Capucins un

ensemble de qualités et de vertus justifiant les faveurs obtenues. On peut contester le goût de nos aïeux: libre à chacun de les trouver bien arriérés et bien singuliers dans leurs affections; mais on ne peut révoquer en douté la popularité dont les Capucins ont joui pendant deux siècles au milieu d'eux. Nous espérons montrer, dans les chapitres suivants, que cette faveur ét^it justifiée ; car, si le peuple comtois fit beaucoup pour les Capucins , ceux-ci firent encore davantage pour le peuple ' .

1. Les maisons des Capucins furent en général bâties avec une précipitation telle, qu'au bout de quatre-vingts ans elles se trouvèrent presque en ruine. Il fallut les rebâtir ; mais les fonds manquèrent à plusieurs, et, la ferveur n'étant plus la même, quelques bâtiments demeurèrent inachevés. Dôle et Salins n'avaient pas de sacristie; par pauvreté, Besançon ne construisit son dortoir qu'en 16S4; Gray et Lons-le-Saunier rebâtissaient en 172G, 1730, 1744; Vesoul en 1765. Les ressources permirent de relever le couvent de Gray d'une manière assez distinguée; nous y avons remarqué l'inscription suivante, qui indique par son chronogramme l'époque de la reconstruction et la confiance en Marie, dont la statue miraculeuse (N. D. de Gray) reposait daii:^ l'égUie des Capucins.

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unICa nostra Mater (1737)

Etat des anciens ordres religieux au xvii* siècle. — Causes de la popularité croissante des Capucins. — Supérieurs en zèle et en détachement. — Chers aux grands par leurs vertus, au peuple par leur simplicité, à tous par leur dévouement. — Les Capucins pendant la peste à Besançon, Dole, Salins, Pesmes, Pontarlier, etc. — Relations manuscrites. — Témoignages de la reconnaissance des peuples. — Quatre-vingts Capucins morts en soignant les pestiférés. — Bulle du pape Urbain VIII à ce sujet.

Pour comprendre les causes qui araenèrent le succès vraiment surprenant des Capucins en Franche-Comté, il n'est pas inutile de rappeler en quel état se trouvaient .lés anciens ordres religieux dans notre province. Les vieilles abbayes de Bénédictins, fières de leur antiquité et de leurs possessions, n'étaient guère, sur la fin du xvi* siècle, que des lieux de retraite pour la bourgeoisie et la noblesse; et les religieux qui les habitaient songeaient généralement plus à soutenir leur temporel attaqué de toute part, qu'à embrasser la réforme de Saint- Maur ou de Saint-Vannes. Les abbayes des ordres de Gîteaux et de Prémontré, que les grands défri-

oi LES CAPUCISS

chements du xri' et du xiii' siècle avaient rendues si florissantes, ne comptaient plus que quelques religieux, tout occupés aussi à sauver les débris de leur ancienne fortuné, étayer les murailles croulantes de leurs monastères, réparer les moulins et métairies qui constituaient la plus belle portion de leurs revenus. Malgré le relâchement général, que nous ne contestons point, il y avait encore dans le nombre d'excellents religieux ; mais leurs efiforts se brisaient devant l'obstacle insurmontable des abbés commendataires, L'État disposait alors des abbayes en faveur de ses amis, nobles ou gradués, à peu près comme il dispose aujourd'hui des recettes particulières etdes bureaux de tabac. Le rôle de ce chef nominal, qui souvent n'avait jamais vu le monastère dont il était l'abbé, se réduisait à en tirer le plus de revenus possible. Dans certaines abbayes, l'abbé commendataire exploitait de son mieux des moines qu'il ne connaissait pas, et la grande préoccupation des moines était de se défendre contre les exigences de l'abbé, dans lequel on voyait un ennemi autant qu'un maître. De là ces partages de mensea et ces débats de pensions ou portions congrues qui reviennent à chaque instant dans nos maisons religieuses, et remplissent les cartons de rchives..

luttes semblables ne devaient guère avoir a résultats que d'occuper les gens de loi, et

EN FRANCHE- OOMTÉ ï)5

de scandaliser les peuples. Aussi, Tinfluence de nos monastères anciens ne paraît-elle pas très fortement accentuée dans la résistance que les Comtois firent aux provocations de la Réforme. 11 n'y eut pas de défections. Les Prémontrés de Belchamp, qui étaient les plus exposés, restèrent fidèles ; mais nulle part on ne voit que les anciens ordres religieux se soient distingués dans cette grande lutte, où se décidait le sort de la religion nationale. L'accensement des terres, le soin de percevoir le montant des fermages, semble les absorber tout entiers . Comment ces grands propriétaires, embarrassésdansleurs comptes et tout préoccupés de leurs réparations, auraient-ils pu se consacrer aux rudes labeurs des missions et aux œuvres qui exigent un détachement parfait ?

L'ordre des Capucins avait pris le contre-pied de ces religieux opulents, qui étaient souvent réduits à la misère par la grandeur même de leurs possessions. Il ofirait un contraste trop éclatant pour que les peuples n'en fussent point frappés.

Chez eux, point de ces magnifiques bâtiments comme les Bénédictins savaient les construire ; point de ces vastes cloîtres comme les Bernardins en avaient élevés sur tous les coins de la province. Ils bâtissent leurs demeures à la porte des villes, généralement sur une élévation % pre'sque toujours dans

1. Les Capucins choisissaient leur emplacement et donnaient leur plan. Comme ils ne pouvaient s'occuper des comptes et tenir

un lieu parfaitement choisi. Ces maisons n'ont qu'un étage; les fenêtres en sont élroites et basses; les meubles sont delà plus grande simplicité. Dansl'enelos attenant au couvent, ils cultivent de leurs mains les légumes qui forment leur principale nourriture; ib savent à merveille tailler la vigne, conduire les arbres, élever les abeilles. Le bourgeois, comme le p.iysan, peut trouver dans leurs enclos des modèles de culture et des leçons gratuites d'agronomie. Leurs églises mêmes portent l'empreinte de la pauvreté volontaire; elles sont construites sur un plan uniforme ; il suffit d'en avoir vu une seule pour connaître toutes les autres. Leurs fenêtres à plein cintre sont plus grandes que celles du couvent, pour indiquer la vlemeure du Dieu de toute majesté ; mais on ne trouve là ni sculptures, ni arabesques*, ni onieraents, et, si on y remarque quelque bonne peinture ou quelque riche retable, on peut être assuré que c'est l'aumône de quelques généreux fidèles, et (ju'un objet de ce genre n'est toléré qu'à titre d'aumône faite aux pauvres de Jésus-Christ.

Là, il n'est point question de partager les menses:

l'argent, tout était confié à un homme appelé le Père temporel, ou fabricien, qui était Tintendant et Técouorne de la maison. On lui donnait la sépulture dans les caveaux de l'é^j'Use, comme aux principaux bienfaiteurs.

1. La seule trace de recherche que nous ayons trouvée dau< Ips constructionsancleunes. c est que «les moulures des boiseries ifct'Oiit passées à la peau de chien. » (^ Arch.de Gy et deLuxeuil*-

la maison, n'ayant d'autre propriété que son enclos, d'autres fonds que la charité des fidèles, et d'autre revenu que leurs aumônes, se trouve par là même débarrassée de tous les procès qui tenaient une place beaucoup trop grande dans les faite- et gestes des anciens moines.

Aussi, en dehors de leurs titres de fondation, du registre où sont inscrits les bienfaiteurs du couvent, les professions des religieux et leurs actes de sépulture, les Capucins n'ont point d'archives*. Pour retrouver leurs traces, il faut feuilleter les actes des municipalités, les registres des églises paroissiales, quelques rares manuscrits, et les mémoires particuliers de la province.

Vivant au jour le jour, ils n'ont jamais de provisions ni d'argent ; ils reçoivent ce qu'on leur donne. Aujourd'hui, ils sont dans l'abondance ; demain, ils auront juste de quoi ne pas mourir d'inanition. Ce matin, ils pouvaient faire l'aumône ; ce soir, ils devront la demander. Toujours ils devront avoir assez de philosophie chrétienne pour dire après l'Apôtre : Scio abundare; scto et esurire.

Dans leurs rangs, on rencontre des hommes qui ont occupé de hautes positions sociales, et des fils d'artisans^ ou de laboureurs qui parleraient mieux le dialecte de leur village que le français de la bonne

1. Les archives réunies de nos trois départements ne fournissent que cinq ou six liasses pour vingt couvents de Capucins.

société. La même robe de bure couvre le magistrat, ancien conseiller au Parlement, et le jeune novice sorti de la chaumière paternelle pour entrer dans le cloître.

En tout temps, les Capucins ont les pieds nus. Ce genre de pénitence, si rude pendant nos longs hivers, parle aux yeux du peuple, et devient pour lui la preuve la plus sensible de l'esprit de mortification qui anime les nouveaux prédicateurs. Tandis que le frère lai, ou convers, plaît aux plus humbles campagnards par sa bonhomie et sa simplicité, le frwe prédicateur charme les auditoires d'élite de nos quatorze villes d'État par son éloquence, quelquefois entraînante, presque toujours simple et pleine de cœur.

Les nombreuses délibérations qui se trouvent dans les archives municipales des villes comtoises, montrent l'importance que les citoyens attachaient à ces prédications ; et les remerciements motivés que l'on y adresse au prédicateur, prouvent que les enthousiastes ne manquaient pas plus que les critiques'. Si la vie active, simple et austère des Capucins, jointe à leurs prédications, les mettait en rapport peuple, la direction des consciences, dont ils chargés, donnait à ces rapports un caractère ,et paternel, qui ressort de la déférence à

' aui Pièces justiflcativea.

eux témoignée par le clergé, la bourgeoisie et le peuple. Citons-en quelques exemples :

Lorsque le miracle de la sainte hostie arriva dans l'église de Faverney (26 mai 1608) *, les Bénédictins, ne sachant quel parti prendre, songèrent aussitôt à envoyer chercher les Capucins de Vesoul, installés depuis peu^. Un des religieux, montant à cheval, courut à Vesoul « le plus hâtivement qu'il put ». Il en ramena le P. Vincent de Salins et deux autres, « pour voir et reconnaître ce que dessus et avoir leur bon avis ». Cent vingt personnes suivirent le gardien de Vesoul. Ce fut lui qui vérifia scrupuleusement la position de l'ostensoir, et fit l'expérience décisive pour prouver que le vase sacré n'adhérait point à la grille du chœur, en passant un linge, une baguette, puis un missel entre les deux objets ^

Les plus grands seigneurs voulaient avoir des Capucins pour les assister à l'heure de la mort. L'archevêque Ferdinand de Rye, revenant victorieux du siège de Dôle, mourait entre les bras du Provincial, qui l'accompagnait. Les vieux soldats

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