‹ Les capucins en Franche-ComtéChapitre 14 sur 183 · Procès- verbal (Archives de Téglise de Faverney · texte numérisé non relu

Procès- verbal (Archives de Téglise de Faverney

2. La sainte hostie restée intacte au milieu d'un incendie qui avait atteint et dégradé même son ostensoir, resta suspendue avec lui dans l'air, pendant trente-six heures, à la vue de toute la population.

3. Description des couvents de Bourgogne, par Jacques Fodéré. Lyon, 1619, in-4°, pages 650 et suivantes.

qui rentraient en Bourgogne après avoir guerroyé pour le compte de l'Empire, avaient connu ces religieux sur le champ de bataille; ils aimaient à les revoir auprès de leur lit de douleur, et nous trouvons les Vergy, les Bauffremont, les de la Baume assistés par des Capucins à leur dernière heure. .

La bourgeoisie trouvait en eux des intermédiaires naturels et dévoués pour toutes les relations extérieures. Dans toutes les guerres du xvii* siècle, on voit les Capucins remplir les rôles honorables de médiateurs et d'arbitres. Dans les villes assiégées, ils acceptent l'office de parlementaires; ils discutent les conditions des capitulations, plaident quelquefois avec, éloquence, presque toujours avec succès, la cause des malheureux et des vaincus, apaisent les émeutes, calment les passions de la foule, et se trouvent mêlés à tous les événements publics où leur intervention peut être de quelque utilité. Les faits que nous allons indiquer seront la preuve de ces assertions.

Il y avait quelques années àpeineque les principales villes comtoises avaient fondé leurs monastères, lorsque les Capucins trouvèrent l'occasion de rendre au peuple ce qu'ils avaient reçu de lui. La peste envahit la province. Nous ne nous arrêterons point à décrire les ravages de cet horrible fléau. Il venait du côté de Montbéliard, c'est-à-dire de l'Allemagne, où l'affreuse guerre qui désolait l'Empire l'avait

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acclimaté depuis plusieurs années. Disons de suite que l'intensité du mal, rimpuissance Se la médecine et la crainte exagérée du fléau, en faisant prendre des précautions barbares, produisirent, avec de nombreux désordres, des scènes peu honorables pourThumanité. Nous n'admettrons jamais que la crainte de la peste autorise « l'arquebusade 3i> de ceux qui sont suspects d'être atteints de ce mal. C'était cependant à coups d'arquebuse et do mousquet qu'on accueillait dans beaucoup de villes et de villages les malheureux voyageurs venant d'une direction suspecte. Chassés de la sorte, ces infortunés se retiraient quelquefois dans des couvents de Capucins, qui devinrent bientôt suspects h 4pur tour\ et dont on n'était pas fort éloigné de considérer les habitants comme portant la peste dans les plis do leur robe. Par le fait même de leur charité, les Capucins se trouvaient presque hors la loi- ; mais leur charité fut si grande, qu'elle triompha de tous les obstacles, et leur conquit l'admiration universelle.

Nous reconnaissons volontiers que, si les villes comtoises étaient parfaitement dotées de prêtres €t

1. Les Oraylois prétendirent que la peste leur avait été apportée parun homme qui était venu se confe-^seï* chez lesCapucii.s.

2. Les archives de Dôle font mention de plusieurs Capucins séquestrés et enfermés à la « maladière » comme atteints de maladies dangereuses contractées eu hantant les m hdes.

de religieux au xvii* siècle, les campagnes étaientloin d'être aussi favorisées. Plusieurs villages groupés autour d'une église mère formaient d'immenses paroisses, dont les curés, même assistés d'un ou de plusieurs vicaires, ne pouvaient suffire à tout lorsqu' arrivait une épidémie ^

La charge pastorale était d'autant plus lourde, que les villes seules poussaient le luxe jusqu'à posséder et même payer un ou deux médecins et chirurgiens. Les campagnes n'en avaient pas. Les curés se trouvaient obligés souvent de soigner les corps en même temps que les âmes.

Dans les maladies épidémiques et les dangers prejM^nts, les ordres * religieux nouveaux ofifraient d'immenses ressources au clergé séculier, qui se hâtait d'appeler à son secours quelques moines de la maison la plus voisine. Les Capucins, se trouvant les plus nombreux, furent aussi les plus demandés, et partagèrent avec les Jésuites et les Minimes l'honneur de figurer au premier rang. Dans les paroisses rurales, c'était ordinairement le curé qui, de l'avis des paroissiens, réclamait l'assistance de ces religieux. Dans les villes et les bourgs, la municipalité faisait elle-même la demande, et priait le Père gardien de ne pas laisser partir tous ses reli-

1. La distribution actueUe des paroisses est beaucoup plu^ convenable qu'elle ne l'était alors. Elles sont plus nombreuses, moins étendues, et par conséquent plus faciles à desservir.

gieux, mais d'en conserver au moins un ou deux qui seraient toujours à la disposition des fidèles, viendraient les visiter à la maison, et leur administrer les sacrements avec l'autorisation du clergé paroissial. Ces auxiliaires étaient prêts à toute réquisition, et à toute heure du jour et de la nuit.

Tandis que le Parlement de Dole (4 février 1628) annonçait aux magistrats locaux qu'il fallait se précautionner du côté de Montbéliard, le fléau se révéla brusquement à l'extrémité opposée de la province. Nous allons emprunter au manuscrit du couvent de Saint-Amour quelques pages pleines d'intérêt et de naïveté, qui nous initieront au genre de vie que menaient les Capucins pendant le fléau, et nou»expIiqueront l'enthousiasme et la reconnaissance que leur conduite excita dans le cœur des Comtois.

Voici comment le manuscidt explique l'origine de la peste, en l'année 1628 * :

« M. Bocheron, apothicaire d'Autun, avoit un fils qui suivoit un médecin et servoit avec luy les malades des armées. Le médecin et sa femme moururent en 1627, et, comme ils n'avoient point d'enfants, ils le firent héritier. Celuy-cy s'en revint chez son père, y rapportant la peste, dont il mourut en peu de jours. Sa mère, ayant ouvert les ceintures

1. U y avait en déjà, en 1586, 1587, 1588, nne peste appelée le trousse-galant y parce qu'elle enlevait les jennes gens.

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dans lesquelles estoit l'or dont il avoit hérité, y prit la peste et en mourut. Le père la prit aussy ; mais il guérit, et vivoit encore bien portant en 1634.

« Après la mort de M"' Bocheron, plusieurs

parents et amis qui l'avoient visitée moururent

rhy ver, Tun après l'autre, sans que le mal se descou-

. vrist, jusqu'après Pasques qu'il s'espancha par*^ toute

la ville.

« En 1628, elle (la peste) sortit d'Autun, passa à Demigny, de là àChaalons, Lyon et lieux circonvoisins. Au mois de septembre, il sortit de Beaune une femme enceinte, qui s'envint avec la peste accoucher à Audelange, village à une lieue et demie de Dole. M"* Boilier, de Dôle, qui l'assista charitablement, prit ia peste et mourut avec plusieurs dudit village. L'alarme en fut si grande, que Messieurs du Parlement et du Magistrat de Dôle assignèrent des gardes aux frais dudit village, à Qe que personne n'en sortist, ni n'en approchast; et ceux quipassoient de Dole à Besançon, quoique ce village en fust le chemin ordinaire, s'en éloignèrent des quarts de lieue entiers, tant ils avoient peur d'humer l'air contagieux.

« Malgré cela, à la première demande qu'on fît à notre couvent de Dôle, d'avoir de nos religieux pour assister surtout au spirituel les habitants et infectés dudit village, et leur administrer les sacrements de l'Eglise avec autres consolations, on leur députa pour cet effet le P.Ange Tirol, de Dôle, prédicateur,

et le p. François Petitot, de Neuchâtel, prestres, qui s'y portèrent avec un zèle et une a£fection vraiment charitable et religieuse, et demeurèrent en cet exercice très louable et méritoire jusqu'au mois de décembre sur la fin, que, la maladie ayant été étouffée par la police qu'on y mit et le bon ordre qu'ils y apportèrent, la peste ne sortit pour lors de là et de Rochefort, où elle étoit, et s'en retournèrent en bonne santé, à Dieu grâce, en leur famille et couvent de Dole.

« En mesme temps, la mesme maladie de peste ayant paru au village de,Barre \ et nos Pères estant instamment requis de vouloir donner les secours spirituels, furent eslus les PP. Simon Biétrix, de Besançon, et Julien Sermage, de Gy, prestres capucins, lesquels en revinrent en bonne santé.

« Consécutivement, cette maladie ayant attaqué les villages de Boans*, Amblans, Adelans et Velote, proche de Luxeuil, on députa pour leur soulagement et secours les PP. Elisée Altériet, de Dole, et Etienne Masson, de Poligny, lesquels aprez plusieurs fatigues et incommodités s'en retournèrent sains et saufs l'année suivante.

« Icy est à remarquer une chose très particulière, et de laquelle tous nos successeurs devront être grandement édifiés et prendre exemple de se porter

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