Bouhaus-lès-Lurc
66 l.ES CAPUCINS
aux actes de charité envers le prochain, au risque mesme et danger de la propre vie du corps :
« A sçavoir , qu'incontinent que la peste fut descouverte en ce pays, et qu'on commença d'exposer nos religieux au service et secours des malades, non seulement le R. P. Provincial récent grand nombre de lettres de plusieurs religieux qui s'ofiroient et demandoient par grâce spéciale d'estre employez et exposés à ce charitable ministère; mais, dans les couvents voisins de lieux pestiférés, lorsqu'il s'agissoit de commettre des religieux, tous à l'envi pressoient d'estre choisis et nommez, et il n'y avoii autre moïen d'appaiser cette saincte jalousie que par le sort, aprez avoir demandé à Nostre Seigneur qu'il le fist tomber sur ceux qui y seroient le plus propres.
« Ainsi, puis-jetesmoigner que, cette mesme année, estant gardien à Pontarlier \ et la peste ayant paru en quelques maisons de la ville, sur la prière qui me fut faicte de par Messieurs les trois curés de Sainct- Bénigne, de Nostre-Dame et de Sainct-Estienne, et de Messieurs du Magistrat, de commettre deux de nos religieux pour assister les malades, qu'on logeoit
1. Cette phrase nous fait connaître l'auteur du manuscrit dit de Saint-Amour. C'est le P. Claude-François de Salins, qui était gardien du couvent de Pontarlier en 1628-1629.
2. « Mettre eu lo<|fe » est Texpression employée à cette époque pour indiquer la séquestration des malades, enfermés dans des baraques en bois. Il y eut des loges dans presque toutes It» villes du Comté.
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au long de la rivière du Doux, proche une petite chapelle appelée de Sainct-Roch, et bastie dez longtemps pour cela, il n'y eut pas un religieux de la famille qui ne me violentast presque d'estre désigné pour ce pieux office; et fallut, pour la satisfaction de tous, jeter au sort, qui tomba sur le P. Ignace Billy, de Dôle,vicaire du couvent, et le P. Sébastien.Desprel, de Lons-le-Saulnier, prostrés, lesquels y allèrent très allègrement, et furent logez en ladite chapelle de Saint-Roch, où Messieurs les trois curés avoient promis de leur faire porter leur nourriture, comme y estant obligez à raison de leur charge et par concordat faict avec Messieurs de la ville ; mais ne le firent point : le couvent fut chargé de leur nourriture*. »
Le début n'est pas heureux et ne fait guère honneur aux trois curés de Pontarlier. Les détails qui suivent vont nous révéler de curieuses particularités sur la manière d'assister les malades alors en usage dans notre province. Le manuscrit continue:
« On leur fit des habits de toile noire, qu'ils mettoient sur les leurs lorsqu'ils alloient visitant les malades, et à leur retour ils les mettoient sur une perche, au jardin dudit Sainct-Roch, etaprez s'estre
l.La raison de ceci est que personne n'osait aborder les loges. On croyait ne pouvoir présenter les rivres ou les remèdes aux malades qu'au moyen d'une perche, ou d'un bassin rempli de vinaigre, et encore ne les présentait-on qu'aux gardiens, en restant à distance desdites locres.
parfumez^ et encore lesdits habits, ils rentroient dans leur chambre. Ils n'entendoient les confessions des malades qu'avec précaution et de loin; ils leur donnoient la saincte communion entre deux hosties non consacrées, qu'ils mettoient révéremment sur du papier blanc, et, s' estant un peu retirez, les malades ou infects la venoient prendre, ou bien leurs gardes la leur portoient.
« Ils disoient la messe dans la chapelle, la grande porte estant ouverte, en sorte que les infects, dès leur loge, la pouvoient entendre. Bref, on y mit si bon ordre, que le mal, par la grâce de Nostre-Seigneur, ne continua pas plus de trois mois, et nos religieux retournèrent sains et saufs au couvent, après avoir fait leur quarantaine.
c Icy, j'advertiroi que, s'il plaisoit à Dieu visiter d'autres fois son peuple de ceste maladie, et y faire employer nos religieux, les supérieurs majeurs et locaux devroient estre fort circonspects à ne les point exposer qu'ils ne fussent assurez au préalable qui leur fourniroit leur nourriture et autres nécessités, parce qu'autrement on hasarde tout à coup les familles entières, et plusieurs inconvénients et charges fort onéreuses s'en ensuyvent.
« Je diroi encore* à l'occasion de cette peste de Pontarlier, les merveilles et miracles presqu'évi-