‹ Les capucins en Franche-ComtéChapitre 175 sur 183 · V. p. Chrysologue André, de Gy · texte numérisé non relu

V. p. Chrysologue André, de Gy

Vêtu le 8 septembre 1743. — Le P. ChrysolO; (Haute-SaSQe),dans le monde Noé André, s'acquit i réputation dans le monde savant par ses travau:

miqxies et géographiques; les ouvrages les plus répandus etlei plus accrédités de biographie générale en donnent tous une nomenclature plus ou moins étendue. Mais ce n*estpas comme savant que nous avons à représenter ici le P. Chrysologae : c*est comme religieux, parce que ses biographes ne Tont point étudié sous cet aspect. Nous sommes d*autant plus obligés de montrer sa rare vertu, qu'elle s'est trouvée flétrie, il y a peu d'années, par la publication d'un document émané du P. Chrysologue, et qui, proposé isolément, est de nature à donner le change sur son caractère. Voici ce que c'était :

Lorsque le malheureux roi Louis XV, écoutant des conseils dont il n'a\ait pas aperçu l'origine perverse, eût institué cette célèbre Commission des Réguliers, qui entreprit d9 détruire les ordres religieux sous le prétexte de les réformer, la bonne foi de tous les honnêtes gens fnt surprise; à plus forte raison celle des religieux devait-elle l'être.

Ce fut au point que le vertueux et savant P. Âmbroiseiic Lombez, Capucin, auteur d'ouvrages ascétiques si remarquables, s'écria : « Ah ! nous ne nous réformons point nousmêmes, et voici que Dieu veut nous réformer par force'» Le P. Chrysologue fut surpris de la même façon, crut i Ia sincérité des réformateurs qui s'imposaient par autorité royale. Eh quoi l la cour de Rome elle-même n'aperçut p** entièrement la vérité.

De tous les points de la France, les religieux se mirent donc à pétitionner; chacun indiquait à la Commission I^^ points sur lesquels il lui paraissait que son ordre avait besoin de réforme. La multitude de ces réclamations, conservée aux Archives nationales (0. 548 et suivants), et les actes de la Commission (Biblioth. nationale, MSS., fonds fraoçais 15,765 à 15,782), prouvent au lecteur impartial que les ordres religieux, surtout Mendiants, n'étaient entachés d'aucuo abas grave. Les plaintes des sujets portent sur des détails don<^

monastique, sur rimperfection du gouvernement intérieur de chaque ordre, sur la fréquence ou la rareté des élections et des •chapitres, quelquefois même sur des objets ridicules. Les plaignants exposent avec plus ou moins de sagesse et d'étendue les remèdes qu'ils imaginent capables de guérir les abus. Au fond, tous concourent à montrer que les ordres Mendiants étaient dans une prospérité spirituelle très convenable ; mais tous désirent la voir plus grande, et nul ne se fait une idée juste des obstacles qui sV opposent. Or, l'obstacle était, dans tous ces ordres, la substitution du gouvernement démocratique au gouvernement monarchique institué par les fondateurs, substitution qui s'était faite graduellement, innocemment, mais très malheureusement. On se demande si Dieu n'avait pas voulu prouver à Tavance, à toutes les nations européennes, et par l'expérience des hommes les plus vertueux dont elles pussent s'honorer, que le gouvernement démocratique vers lequel elles tendaient, est destructeur tout à la fois de l'autorité, de la liberté, de l'unité, de la puissance et de la fécondité sociales.

Pour en revenir au P. Chrysologue, il écrivit lui aussi, mais en peu de lignes, ses réclamations. Sa rude franchise se plaint que son ordre est mal gouverné. Sa lettre, exhumée des cartons des Archives nationales, a été publiée il y a quelques années par M. Gôrin, juge au tribunal de la Seine, dans une brochure intitulée : Les Monastères Franciscains et la Commission des Réguliers. (Paris, Palmé, 1875, in-8). M- Gérin en manifeste une véritable stupéfaction. Le F* Chrysologue était pourtant un excellent religieux, comme vont le prouver les documents et les faits suivants, et, contrairement à l'opinion de M. Guérin, il était sûr de faire une bonne action en formulant sa plainte.

Le séjour de Paris était nécessaire au savant religieux pour la continuation de ses travaux. Il y habitait le couvent

de la rue Saint- Honoré : ce fut là que la Révolution vint le trouver. Le 20 avril 1790, MM. Canuel, Tradon des Ormeset Delaporte, officiers municipaux, se présentèrent à Teffet de dresser l'inventaire et d'entendre les options des religieux» Le coup devait être prévu, car, par une précantion dont il n'a peut-être pas existé d'autre exemple, le P. Chrysologue avait préparé son option par écrit, et elle est restée annexée à l'inventaire (Archives nationales, S. 3705.). La voici:

« Pour me conformer aux intentions de l'Assemblée natio- « nale, je déclare que je demande :

« 1° A rester dans mon ordre;

« 2° A rester à Paris, pour continuer des ouvrages relatifs « au progrès des sciences, commencés depuis dix ans.

« 3° Un logement convenable dans notre maison, et le « temps nécessaire pour la continuation desdits ouvrages.

« 4o La permission de faire un élève de notre ordre, pour « m'aider et pour achever ensuite lesdits ouvrages, en cait ^ que je vienne à mourir auparavant.

« A Paris, ce 20 avril 1790.

« Fr. Chrysologub de Gy, Capucin, prêtre. »

Hélas ! la Révolution, qui devait si cruellement outrager la science, en donnant plus tard la mort à Lavoisier, n était pas de caractère à favoriser en 1790 les études du savant Capucin comtois. Onze mois après, le P. Chrysologue se voyait contraint de quitter Paris, et il écrivait au directoire du département du Doubs cette lettre, dont le P. Raphaël de Besançon (Paul Baille) nous a mis l'original sous l'.'S yeux ;

« A Paris, le 16 mars 1791.

« Messieurs, « Profès chez les Révérends Pères Capucins de la ci -devant

« ptoviace de Franche-Comté, et agrégé depuis seize ans à « celle de Paris, pour des ouvrages dont vous pouvez avoir « connaissance, je souhaiterais, à présent, me réunir à mes « anciens confrères, et finir ma vie dans ma patrie : c^est « pour cela que je vous prierais de vouloir bien m*accorder « une place dans le couvent que vous avez désigné à Pon- « tarlier. Je ne pourrais cependant pas m*y rendre tout de « suite, à raison d*une carte, ea une feuille, des trois départi tements de la Haute-Saône, du Doubs et du Jura, qui est « presque entièrement gravée, mais qui me retiendrait encore « quelque temps ici. J'ai, de plus, les trois mêmes départe- « ments tout prêts à être gravés, chacun sur une feuille du « grand aigle, avec les mêmes détails que sur les grandes « cartes de M. Gassini. Malgré cela, je serais bien aise d*avoir « dès à présent une assurance de votre part, pour pouvoir « me retirer à Pontarlier aussitôt qu'il me serait possible. « J'espère que vous ne me refuserez pas cette grâce, et que « les travaux que j'ai entrepris pour ma patrie ne me seront « pas un obstacle pour y retourner. En ce cas, voici les ren- « seignements dont vous pourriez avoir besoin pour m'in- « scrire : Noe (sic) André, né et baptisé à Gy le 8 décembre « 1728, entré au noviciat des Révérends Pères Capucins, à « Salins, le 8 septembre 1745, et profès au même endroit le « 8 septembre 1746, en qualité de clerc, sous le nom de Frère « Chrysologue»

« Je suis avec un profond respect, Messieurs, votre très « humble et obéissant serviteur,

« F. Chrtsologue de Gy> Capucin. »

Sur l'adresse : « A Messieurs, Messieurs du Directoire du « département du Doubs, à Besançon.

« Recommandé au Révérend Père Gardien des Capucins de « Pontarlier, pour être envoyé à son adresse. »

Il est bien probable que le digne et savant religieux ne pot pas effectuer cette retraite à Pontarlier, et s'il Teût fait, ce n*eât pas été pour longtemps, puisque nous avons vu ses vénérables confrères de cette ville jetés en prison dès l'an 1792.LeP. Chrysologue dut donc se porter à Gy, et là, pour vivre, cet homme, digne de siéger dans les académies à côté des maîtres de la science, dut donner des leçons de mathématiques à des enfants. Le P. Raphaël de Besançon i recueilli un feuillet du registre de ménage du P. Chrysologne. On ne trouvera pas que nous poussions trop loin la vénération pour la mémoire de ce grand religieux, si nous reproduisons les lignes suivantes :

« Du 12 floréal an VU de la République française, couTean « avec les citoyens Finot, notaire à Gy, Nardin el Perrot, de « Gy, à dix livres par mois pour chacun des enfants à qui je « donnerais des leçons mathématiques {sic). » Il signe en* suite : « Le c. André, de Gy, ex-Capucin. *

Plus loin : « Du 14 brumaire an YIII, le c. Berthod a « commencé à prendre mes leçons de mathématiques, ponr « quoi convenu à quinze livres par mois et à une leçon « particulière pour chaque jour d'entrée. »

Précédemment : « L*aîné des enfants du c. Boizot, mon « neveu, a quitté mes leçons le 20 thermidor, an VI dels « République française ; ce qui fait onze mois de leçons que « je lui ai donnés, à compter du 23 fructidor dernier, et ponr « prix cent livres. On m'en doit autant pour le cadet, en toat « deux cents livres. Sur quoi j'ai déjà touché les sommes « ci-dessus marquées, savoir, 24 livres le 15 ventôse an VI; « 15 sous le même jour; 72 livres le 25 floréal an YI; en blé « livré à la c. Poucet 40 livres : en tout 136 livres 15 sous. « Restent dues 63 livres 5 sous. Convenu avec le même « c. Boizot père, qu'à compter du présent jour mes leçons « pour le cadet de ses fils seront à raison de 150 livres par

RELIGIEUX

EMPLOYÉS HORS DE LA PROVINCE

(par ordre D'ANCŒNNET£ RELiaiEUSE.)

Vénérable Père Joseph-Romain Joly, d Claude.

Vêtu le 18 mai 1733. — Le P. Joseph-Romain Claude (Jara),dd son nom de famille Joly, s'est fa dans le monde littéraire. Parmi ses nombreuses ' en est qui témoignent de peu de goût : ce sont su poésies. Il en est d'autrea qui peuvent encore prés seulement de l'utilité, mais de l'agrément, comme conférences, ses lettres, et plusieurs de ses dictioi aïJiit quitté la province de Francha-Comté après démêlés avec l'académie de Besançon, et s'était I porer à la province des Capucins de Paris, 11 est t et silencieux dans cette grande ville pendant toui de la Révolution; il mourut le Sa octobre 160! 90 ans.

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