‹ Les capucins en Franche-ComtéChapitre 176 sur 183 · V. P. Chrysologue André, de Gy · texte numérisé non relu

V. P. Chrysologue André, de Gy

Vêtu le 8 septembre 1745. — Le P. Chrysoloj (Haute-Saône), dans le monde Noé André, s'acquit n réputation dans le monde savant par ses travaux

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miques et géographiques; les ouvrages les plus répandus et les plus accrédités de biographie générale en donnent tous une nomenclature plus ou moins étendue. Mais ce n'est pas comme savant que nous avons à représenter ici le P. Chrysologue : c'est comme religieux, parce que ses biographes ne Font point étudié sous cet aspect. Nous sommes d'autant plus obligés de montrer sa rare vertu, qu'elle s'est trouvée flétrie, il y a peu d'années, par la publication d'un document émané du P. Chrysologue, et qui, proposé isolément, est de nature à donner le change sur son caractère. Voici ce que c'était:

Lorsque le malheureux roi Louis XV, écoutant des conseil» dont il n'avait pas aperçu l'origine perverse, eût institué cette célèbre Commission des Réguliers, qui entreprit de détruire les ordres religieux sous le prétexte de les réformer^ la bonne foi de tous les honnêtes gens fut surprise; à plus forte raison celle des religieux devait-elle l'être.

Ce fut au point que le vertueux et savant P. Ambroîse de Lombez, Capucin, auteur d'ouvrages ascétiques si remarquables, s'écria : « Ah ! nous ne nous réformons point nousmêmes, et voici que Dieu veut nous réformer par force î » Le P. Chrysologue fut surpris de la même façon, crut â U sincérité des réformateurs qui s'imposaient par autorité royale. Eh quoi ! la cour de Rome elle-même n'aperçut pas entièrement la vérité.

De tous les points de la France, les religieux se mirent donc à pétitionner ; chacun indiquait â la Commission les points sur lesquels il lui paraissait que son ordre avait besoin de réforme. La multitude de ces réclamations, conservée aux Archives nationales (0. 548 et suivants), et les actes de la Commission (Biblioth. nationale, MSS., fonds français 15,765 â 15,782), prouvent au lecteur impartial que les ordres religieux, surtout Mendiants, n'étaient entachés d'aucun abus grave. Les plaintes des sujets portent sur des détails do ne

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monastique, sur rimperfection du gouvernement intérieur de chaque ordre, sur la fréquence ou la rareté des élections et des chapitres, quelquefois même sur des objets ridicules. Les plaignants exposent ayec plus ou moins de sagesse et d'étendue les remèdes qu'ils imaginent capables de guérir les abus. Au fond, tous concourent à montrer que les ordres Mendiants étaient dans une prospérité spirituelle très convenable ; mais tous désirent la voir plus grande, et nul ne se fait une idée juste des obstacles qui sV opposent. Or, Tobstacle était, dans tous ces ordres, la substitution du gouvernement démocratique au gouvernement monarchique institué par les fondateurs, substitution qui s'était faite graduellement, innocemment, mais très malheureusement. On se demande si Dieu n'avait pas voulu prouver à Tavance, à toutes les nations européennes, et par Texpérience des hommes les plus vertueux dont elles pussent s'honorer, que le gouvernement démocratique vers lequel elles tendaient, est destructeur tout à la fois de l'autorité, de la liberté, de l'unité, de la puissance et de la fécondité sociales.

Pour en revenir au P. Chrysologue, il écrivit lui aussi, mais en peu de lignes, ses réclamations. Sa rude franchise se plaint que son ordre est mal gouverné. Sa lettre, exhumée des cartons des Archives nationales, a été publiée il y a quelques années par M. Gérin, juge au tribunal de la Seine, dans une brochure intitulée : Les Monastères Franciscains et la Commission des Réguliers. (Paris, Palmé, 1875, in-8). M. Gérin en manifeste une véritable stupéfaction. Le P^ Chrysologue était pourtant un excellent religieux, comme vont le prouver les documents et les faits suivants, et, contrairement à l'opinion de M. Guérin, il était sûr de faire une bonne action en formulant sa plainte.

Le séjour de Paris était nécessaire au savant religieux pour la continuation de ses travaux. 11 y habitait le couvent

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miques et géographiques; les ouvrages les plus répandus et les plus accrédités de biographie générale en donnent tous une nomenclature plus ou moins étendue. Mais ce n*est pas comme savant que nous avons â représenter ici le P. Ghrysologae : c'est comme religieux, parce que ses biographes ne Toiit point étudié sous cet aspect. Nous sommes d'autant plus obligés de montrer sa rare vertu, qu'elle s'est trouvée flétrie, il y a peu d'années, par la publication d'un document émané du P. Chrysologue, et qui, proposé isolément, est de nature à donner le change sur son caractère. Voici ce que c'était:

Lorsque le malheureux roi Louis XV, écoutant desconseib dont il n'a\ait pas aperçu l'origine perverse, eût institué cette célèbre Commission des Réguliers, qui entreprit de détruire les ordres religieux sous le prétexte de les réformer, la bonne foi de tous les honnêtes gens fut surprbe ; à plus forte raison celle des religieux devait-elle l'être.

Ce fut au point que le vertueux et savant P. Ambroise de Lombez, Capucin, auteur d*ouvrages ascétiques si remarquables, s'écria : « Ah ] nous ne nous réformons point nousmêmes, et voici que Dieu veut nous réformer par force * » Le P. Chrysologue fut surpris de la même façon, crut à U sincérité des réformateurs qui s'imposaient par autonté royale. Eh quoi ! la cour de Rome elle-même n'aperçut pas entièrement la vérité.

De tous les points de la France, les religieux se mirent donc à pétitionner; chacun indiquait à la Commission les points sur lesquels il lui paraissait que son ordre avait besoin de réforme. La multitude de ces réclamations, conservée aux Archives nationales (0. 548 et suivants), et les actes de la Commission (Biblioth. nationale, MSS., fonds français 15,765 à 15,782), prouvent au lecteur impartial que les ordres religieux, surtout Mendiants, n'étaient entachés d*anc&D abus grave. Les plaintes des sujets portent sur des détails do^iô

monastique, sur rimperfection du gouvernement intérieur de chaque ordre, sur la fréquence ou la rareté des élections et des chapitres, quelquefois même sur des objets ridicules. Les plaignants exposent avec plus ou moins de sagesse et d*étendue les remèdes qu'ils imaginent capables de guérir les abus. Au fond, tous concourent à montrer que les ordres Mendiants étaient dans une prospérité spirituelle très convenable ; mais tous désirent la voir plus grande, et nul ne se fait une idée juste des obstacles qui sV opposent. Or, Tobstacle était, dans tous ces ordres, la substitution du gouvernement démocratique au gouvernement monarchique institué par les fondateurs, substitution qui s'était faite graduellement, innocemment, mais très malheureusement. On se demande si Dieu n'avait pas voulu prouver à l'avance, à toutes les nations européennes, et par l'expérience des hommes les plus vertueux dont elles pussent s'honorer, que le gouvernement démocratique vers lequel elles tendaient, est destructeur tout à la fois de l'autorité, de la liberté, de l'unité, de la puissance et de la fécondité sociales.

Pour en revenir au P. Chrysologue, il écrivit lui aussi, mais en peu de lignes, ses réclamations. Sa rude franchise se plaint que son ordre est mal gouverné. Sa lettre, exhumée des cartons des Archives nationales, a été publiée il y a quelques années par M. Gérin, juge au tribunal de la Seine, dans une brochure intitulée : Les Monastères Franciscains et la Commission des Réguliers. (Paris, Palmé, 1875, in-8). M. Gérin en manifeste une véritable stupéfaction. Le P. Chrysologue était pourtant un excellent religieux, comme vont le prouver les documents et les faits suivants, et, contrairement à l'opinion de M. Guérin, il était sûr de faire une bonne action en formulant sa plainte.

Le séjour de Paris était nécessaire au savant religieux pour la continuation de ses travaux. 11 y habitait le couvent

bulations, et voici la circonstanee qui les fit*))aîlre, racontée par M. Sauzay :

« L'excellente paroisse de Oendrey ne supportait qu'avec peine la présence d*un intrus dans son sein, et n*aspîrait qu'à s*en débarrasser. Aussi, dès que la Convention eut déclaré que le peuple français na reconnaissait plus d^autre culte que celui de la Raison, les habitants s^empressèrentils de signifier au district de Besançon qulls n'avaient plus besoin de curé, qu'ils n'en voulaient plus, et qu'on fît déguerpir le leur (1). Le district fut enchanté de la conversion philosophique si inattendue et si complète d'une population réputée Tune des plus fanatiques de son ressort ; mais, comme il conservait quelque défiance à cet égard, il eut soin de remplacer aussitôt le curé constitutionnel par an prédicateur de morale^ dont la mission était de répandre les principes et les lumières de la philosophie à Cendrey. Son choix tomba sur le trop fameux David^ magister méchant, ivrogne et ridicule, que l'indignation publique avait déjà fait chasser de plusieurs endroits. On comprend aisément quel accueil David et ses prédications trouvèrent à Cendrej Des délégué^ des quatre communes qui composaient la pa« roisse vinrent courageusement à Besançon» demander an district qu'on les débarrassât de ce misérable. Du reste, pendant que l'administration s'était occupée de leur procurer un ministre du nouveau culte, ils avaient eux-mêmes découvert un respectable religieux qui était beaucoup plus de leur goût, et qui, par un privilège bien rare, leur avait rendu, en pleine Terreur, toutes les joies de leur vieille et

1. La délibération des bonnes gens de Cendrey est datée par eux du 25 pluviôse, 2* année républicaine française une et indivisible. C'était le 13 février 1794. (Archives nationales dossier Dessirier.

clxêre religion. En effet, à peine Tintrus avait-il quitté la commune, qu'il avait été remplacé par le P. Jean-Claude Dessirier, Capucin, dont la piété et l'orthodoxie irréprocliables s'alliaient à un amour sincère de la Révolution. La prestation du serment de liberté et d'égalité l'avait mis en règle vis-à-vis des lois, et sa résidence au milieu d'une population rurale excellente l'avait mis à l'abri des dénonciations particulières qui avaient jeté presque tous ses collègues fidèles en exil ou en prison. Au moment, donc, où les églises, même des constitutionnels, commençaient à se fermer, les habitants de Cendrey donnèrent le spectacle, unique dans le département, et peut-être dans la plus grande partie de la France, d'un prêtre orthodoxe célébrant publiquement tous les offices en vertu de la liberté des cultes.

« Mais si un pareil phénomène n'avait rien que de conforme à la Constitution et aux lois républicaines, il était en opposition flagrante avec l'impiété que certains révolutionnaires tenaient avant tout à faire régner sur la France, et ils ne pouvaient pardonner aux habitants de Cendrey, ni au P. Deasiripr, les déconvenues de leur apôtre de prétendue morale. Aussi, lorsque le P. Dessirier se présenta, le 10 juin, devant le district de Besançon pour faire viser son certificat de civisme, afin de pouvoir toucher sa pension d'ancien religieux, un accueil foudroyant l'y attendait. On le requit de déclarer s'il n'exerçait pas le culte public à Cendrey depuis l'expulsion du curé constitutionnel, au mépris de la mission donnée par l'administration elle-même à un prédicateur de morale « pour éclairer les citoyens et les dégager du fanatisme dans lequel ils étaient ensevelis ». On lé somma de dire de qui il tenait ses pouvoirs ecclésiastiques. Ses réponses, comme on le présume bien^ n'ayant pas été jugées satisfaisantes, l'agent national demanda qu'il

fût mis en prison, et qu^un commissaire fût chargé de procéder à son interrogatoire, ce qui fut accordé sur le champ.

« Après avoir été questionné en prison, le P. Dessirier adressa au district un mémoire où il fit, avec une généreuse franchise, sa profession de foi politique et religieuse, en montrant qu*il avait toujours réuni dans son cœur et sa con> duite la fidélité la plus scrupuleuse à son Dieu avec rameur de la liberté et de la République (1). L'agent national et un officier municipal de Cendrey, mandés par le district, ne

1. Avec ce mémoire, plaquette de 11 pages in-12 imprimée à Besançon chez Briot, le P. Dessirier envoya au district une lettre suivie de ce post-scriptum : « Si, dans mes papiers, il B*êst trouvé une lettre anonyme rappelant un bref, elle est sans conséquence. Je vous l'assure, citoyens administrateurs, je D*ai transgressé aucune loi lorsque j*ai écrit au Pape depuis le Cap- Français, le 12 juin 1790, pour lui demander une dispense de ma règle, autant que l'exigeait ma rentrée dans la société d*aprët les décrets de l'Assemblée constituante. Cela est évident : il n'en existait aucune alors qui défendit le recours à Rome, à plu forte raison qui fût connue au Cap-Français. Or, il était vrai qne j'ai voué cette règle de la meilleure foi, ainsi que j'ai reçu le sacerdoce, ayant droit de dire que je l'ai toujours exercé avec désintéressement, exactitude et dignité.

oc Ne croyez pas, citoyens administrateurs, que, lorsque vnus m'avez demandé mes lettres de prêtrise, ce soit par défaite que j'aie dit que je ne les avais pas.La droiture de mon âme ne s'aUîa jamais avec de si basses futilités. La vérité est que, à mon départ de France,en 1773, pour notre mission du Cap-Français, je laissai à Dôle mes lettres d'ordination, et par conséquent ceUe de ma prêtrise, et on ne me les a pas renvoyées. Mais, quand je les aurais, et que je vous les livrerais, en cesserais-je d'être prêtre? Non, sans doute. Mais je vous déclare, et je crois qu'il surât que, quand à l^xercer, je jure de ne point l'exercer publiquement. (Archives nationales, procès Dessirier). »

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purent que conârmer son témoignage. Mais qu^importaient, au fond, la liberté et la République elle-même à ces hommes, possédés surtout de la haine de la religion ? Le district décida donc, le 21 juin, que le prêtre Dessirier, « ayant mani- « festé dans son mémoire les principes et les vices d*un « fanatisme dangereux, et avant probablement décidé, par « sa conduite et ses conseils, un certain nombre d^individus « de Cendrey à demander au district le renvoi de Tinstitu- « teur de morale (1), il serait traduit au tribunal criminel. » (Sauzay, tome IV, p. 497 et suivantes.)

Le surlendemain, Faccusateur (Public déclara que, en vertu de l'article 6 de l'arrêté du 22 prairial, le tribunal révolutionnaire de Paris avait seul caractère pour juger Dessirier, et que dès lors il l'y fallait envoyer. « Le conseil fut suivi, et le P. Dessirier fut acheminé vers Paris, sur une charette ; avec un convoi d'autres accusés,.. Mais, heureusement, il arriva à Paris assez tard pour n'être appelé au tribunal qu'après la chute de Robespierre. Ce fut le 18 novembre qu'il comparut devant ses juges, et il s'y déclara encore une fois catholique très fidèle en même temps que républicain dévoué. Ses nobles sentiments trouvèrent enfin une juste appréciation, et le tribunal, après l'avoir écouté avec une faveur marquée, ordonna son élargissement (2) (Ibid.). »

1. Ceci était un mensonge commis de propos délibéré par le district. Il savait, en effet, par l'instruction de l'affaire, quç le P. Dessirier n'avait point habité précédemment la paroisse de Cendrey, et qu'il y était venu tout récemment, sur les instantes prières du maire et de quelques habitants. (Arch. nat.)

2. Voici le texte du jugement qui rectifie la date donnée par M. Sauzay • « Dessirier, Jeah-Claude-Paul, prévenu de délit contre-révolutionnaire. Arrivé le 30 vendémiaire, au3«. Interrogé le !«» brumaire au 3«. Dobsent président. Attendu qu'il

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A cette même époque, le P. Jalîen figure sur une liste incomplète des prêtres qui résident sans fonctions daas le Doubs, et il y est indiqué comme habitant la ville de Baume, où Ton peut conjecturer qu'il s*était retiré après son retour de Paris. Toutefois, il ne dut pas y rester longtemps : les prêtres fidèles n'avaient pas alors de refuge assez assuré pour faire de longs séjours. Aussi, voit-on le P. Julien peu de mois après dans son village natal. Le 3 ventôse an II[« ou 21 février 1795, un décret avait autorisé la liberté des cultes, mais à la condition que Texercice n'en serait point public. Peu de jours après, les habitants de Venise envoyèrent quelques-uns des leurs chercher le P. Julien à Rignosot, et, le 16 mars, tous ces bons villageois ayant été réunis par In municipalité sur la place publique, le traité suivant fut to* lennellement conclu :

« Je soussigné, prêtre, ci-devant Capucin, à la demande « des citoyens habitants de la commune de Venise, m'oblige < d'exercer pour eux le culte catholique, apostolique et « romain, selon l'usage de l'Église, et de leur ûdie les « offices ordinaires de paroisse chaque dimanche et iête « annuelle chômée, de même que les cinq jours suivants de « leurs fêtes de vœux : le 8 mai, fête de Saint-Piorre de « Tarentaise; le 15 mai, de saint Isidore; le 6 juin, de « saint Claude; le 4 juillet, de la Translation de saint « Martin, et, le 28 août, de saint Augustin. L'heure des

D*esiste nulles traces de délits contre-révolutionnaires contre le prévenu ; que son civisme est prouvé par pièces jointes, et qu'il a abondonné ses fonctions ecclésiastiques aussitôt que le peuple a manifesté son désir pour rétablissement du culte de la Raison, déclare qu'il n*y a pas lieu à accusation contre Jean-Claode- Paul Dessirier, et ordonne qu'il sera sur-le-champ mis en liberté. (Àrch. nat.> ibid.).»

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«: offices sera la même que ci-devant. Je m*oblige de plus, «: à leur réciter la Passion, chaque jour avant la messe, « selon Tusage, pour les biens de la terre, et enfin à donner «c la bénédiction à Vêpres, chaque dimanche et fête, même «c de vœux. Fait double à Venise, le 26 ventôse, an III de la #c République Française une et indivisible. DESSIRIER. - »

« Le même jour, nous habitants de Venise, assemblés en « corps de la commune, ayons fait les marché et convention « suivants : la municipalité a laissé, à titre de bail à « ferme, au citoyen Dessirier, la quantité de cinquante ou- « vrées de vignes appartenant à la commune, lieu dit « Viantin, pour le prix de trois cents livres, payables à la « Saint-Martin d*hiver de chaque année, ledit bail étant « fait pour trois, six ou neuf années. Les citoyens étant « tous d'accord pour ladite amodiation, il est convenu que « la somme marquée ci-dessus sera partagée par tête de « chaque individu de la commune. Les quittances seront « données par le maire et les officiers municipaux^ sans in- « tervention d'aucune autre personne. » Signé : « J.-F. « Buchet, agent national; Métras, officier municipal; « F. Ëchenoz ; Nie. Ligier, notables ; Gobillot, greffier, » et trente-huit autres.

Après cette intéressante citation, M. Sauzay continue : « Reprise complète du service paroissial, traitement foncier à peine déguisé, rien, comme on le voit, ne manquait à cette petite restauration religieuse. Elle marchait à souhaits depuis plusieurs mois, lorsque les intrus du voisinage, jaloux de cette prospérité, que leurs églises ne connaissaient guère, dénoncèrent le P. Dessirier au district comme exerçant en contravention avec la loi. En effet, le nouveau cnré de Venise avait montré peu d'empressement à sou* scrire Facte de soumission exigé sur ces entrefaites. Mandé à Besançon, et sopimé par le district de se mettre en règle à

C6t égard, il s'empressa d'insérer au registre municipai cette déclaration ambiguë :

« Appelé par les citqyens de Venise pour exercer le culte « catholique dans Téglise dont leur commune n'a point « cessé d'être en possession, je promets soumission aux loiâ « de la République qui n'ont rien contre la religion catho- « lique, apostolique et romaine. De laquelle déclaration, je « demande acte. »

« La déclaration faite, le religieux en fit aussitôt une copie, et l'envoya au district, le 2 juillet, avec la lettre suivante :

« Vous trouverez ci-inclus mon acte de soumission. Puisse « mon exactitude achever de vous convaincre que des vues « très éloignées du bien public ont suscité les délateurs dont « vous m'avez parlé. Je crois devoir vous répéter ici ce que j'ai « eu l'honneur de vous dire : que je suis en butte aux prêtres « constitutionnels, entre autres à celui de Palise, le citoyen « Jacquet, de Besançon. Il s'est flatté, à diverses reprises^ « qu'il me ferait sortir d'ici, et qu'il s'y prendrait de tMit de « façons, que sans contredit il y réussirait. Je me fais un « devoir de vous en prévenir, non point pour voua porter « plainte contre lui, à Dieu ne plaise ! — Tindécence de sa « conduite crapuleuse le dénonce assez^ — mais pour que « vous n'ayez aucun égard aux dénonciations qu'il n'aurait « pas honte de vous faire contre moi, sans que voua daigniez « m*en prévenir afin que je puisse me justifier. Soyez assuré « que je me rendrai auprès de vous au premier signe, et vous « trouverez toujours en moi autant le fidèle républicain que « le catholique exact. C'est sous ce double caractère que j^ai « été reconnu au tribunal révolutionnaire, et je n'aspire qu'à « la gloire de m'en maintenir la réputation. Votre concise toyen, Dessirier, prêtre. »

« Grâce aux sentiments républicains bien connus de ce religieux, l'admimstration voulut bien fermer les yeaz sor

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les termes un peu suspects de sa déclaration. (Sauzay, t. VU, p. 186 et suiv.) »

Chose singulière, même lamentable ! les supérieurs ecclésiastiques eurent pour ce vertueux prêtre plus de «évérité que le tribunal révolutionnaire et les magistrats impies qui possédaient le pouvoir. Ce fut sans doute à cause de son serment de liberté-égalité. « On éprouve, dit M. Sauzay, une impression pénible en voyant le P. Dessirier, si ferme et si prononcé dans sa répulsion constante pour le schisme, réduit à une première rétractation, puis à une seconde supplémentaire, et laissé sans autre pouvoir que de célébrer la messe. (Ibid. p. 301.) » Mais, à quelque chose malheur est bon, et ce /ut probablement ce qui fit éviter au P. Julien les dangers de la seconde persécution ; car, lorsque le département s'enquit des prêtres qui exerçaient le culte (3 avril 1796), François Simonot, agent national de Venise, «déclara qu'il ne connaissait dans le canton d'autre prêtre que le citoyen Jean-Claude-Paul Dessirier, ex-Capucin, qui résidait dans sa commune depuis environ une année, mais qui n'exerçait aucune fonction de prêtre, quoiqu'il eût fait le serment requis par la loi (allusion à la promesse do soumission aux lois)... »

D'autre part. Dieu ne laissa pas sans consolation son serviteur condamné à une aussi sensible pénitence, car la pieuse paroisse de Venise fit venir le P. Véjux, son confrère et son ami, pour le suppléer, ef ces deux hommes vénérables devaient, au milieu des douleurs de ces temps malheureux, se prêter un mutuel appui. (Sauzay, t. Vlll, p. 301.)

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