‹ Les capucins en Franche-ComtéChapitre 18 sur 183 · Désinfectés au moyen de fumigations · texte numérisé non relu

Désinfectés au moyen de fumigations

dents qu'opéra la divine Providence pour la subsistance et nourriture des religieux de notre famille dudit Pontarlier, à sçavoir : que, tout le monde appréhendant et fuyant si fort la peste en ses commencements, dez aussitôt qu'elle fut descouverte en la ville, nous ne receumes plus aucune aumosne de pain ni pitance, et n'eusmes plus aucune communication avec les habitants, eux n'entrant plus dans le couvent, ni nous en ville ; mesme on barra la moitié de l'église avec une grande échelle. II n'y avoit aucune provision de blé ni de vin dans le couvent; néanmoins nous fusmes tousjours pourvus et assistez des choses nécessaires, mesme au-dessus de l'ordinaire. Parce qu'incontinent que Messieurs de Vuillafans en furent advertis, de leur mouvement seul et charitable, et sans obligation d'autre que de leur volonté et affection en notre endroit, ils nous amenèrent de la part du corps de ville un poinçon de vin et quantité de pain et viande que nos amis questèrent pour nous parmi les habitans, et continuèrent tousjours dez lors à faire la queste pour nous de quinze en quinze jours, laquelle ilsamenoientou faisoient apporter jusqu'auprez du couvent, où les religieux l'alloient prendre. Plusieurs particuliers de Vuillafans nous envoyoient aussi l'aumosne, de leur seul instinct.

« Ceux de Lods et de Mouthier-Haute-PieiTe en firent de mei^me. Tous les villages circonvoisins de

s LES CAPUCINS

PP. Luc Laithier, de Salins, et Joachiin Michel, d'Usiez, estudians en théologie au couvent de DôIe, lesquels, aprez s'estre acquittez de cette charge, retournèrent en bonne santé dans leur famille. »

A dater de cette époque, les notes deviennent plus raines, et ne sont plus que le nécrologe de l'ordre : nous recueillons les suivantes :

« Août 1636, La peste ayant gaigné la ville de Sainct-Amour, les PP. Gervais de Vesoul et Viator de Sainct-Amour, avec licence de leur supérieur, s'exposèrent charitablement aux soins des pestiférez, tant pour le temporel que pour le spirituel. Aprez avoir donné grandes preuves de leur sainct zèle, ili^ furent frappez de peste, et moururent tous deux.

« P. Grégoire de Vellefrie, convalescent de la peste, avec licence de son supérieur, servit charitablement les séculiers infectés, les confessant et leur administrant les sacrements. (Cétait l'ancien gardien du couvent de Luxeuil.)

« 1636. Du 2 juillet à la mi-septembre, les PP. Jacques Bouquillard, de Salins, et Simon Brunet, de Gray, servirent les pestiférez à Champlitte. »

A partir de ce moment, la mortalité est telle, qu'on ne songe plus à enregistrer les décès et à tenir note des hommes qui £e dévouent; remarquons cependant la conduite d'un religieux convers de Dôle, que la chronique de Bourgogne nous fait connaître par les lignes suivantes :

tS FIIANCK -COMTÉ 7*,)

« F. Vital Magneret, deBrucey, ancien soldat. Sa charité le fîct rester tout seul au couvent de Dole. Après avoir fermé lesj-eux et enterré tous les religieux qui y moururent de peste, il purifia le couvent et le rendit habitable, sans en souffrir la moindre incommodité*. »

Il n'est pas possible de signaler tous les actes do dévouement qu'accomplirent ces hommes pour qui la mort était un gain. On trouve, dans les délibérations municipales de cette époque malheureuse, les expressions de la reconnaissance la plus vive envers les Capucins, qui furent considérés comme des martyrs de la charité ; la voix publique proclamait hautement la -vertu de ces généreux citoyens, qui s'exposaient pour le salut de leurs frères.

Quelques-uns de nos historiens ont fixé à une vingtaine le nombre de ceux qui succombèrent. Nous sommes en mesure de prouver qu'il en mourut plus de quatre-vingts, ainsi que le constate une bulle du pape Urbain VIII dont nous donnons ici la traduction intégrale, parce que cette pièce est un des monuments les plus glorieux de notre histoire religieuse et nationale.

1. Tous ces détails sont extraits du manuscrit de Poliguy intitulé : Annales de la province de Saint-André de Bourgogne.

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