Lettre du capitaine Maçon d'Ëboz
EN FEANCHE-COMTÊ 105
Les Bisontins paraissaient bien décidés à se défendre, et cette fois leur devise : Deo et Cœsari fidèles perpétua y ne fut point un vain mot.
Ce n'est ni dans les lettres de Louvois, ni dans les mensonges officiels de la Gazette de France, qu'il faut lire le récit du mémorable siège de 1674 ; on n'y trouve guère que quelques allusions à un Capucin fanatique. Le P. Charles-Eugène méritait mieux que cette injurieuse épitliète.
Malgré leur courage incontestable, les miliciens chargés de servir l'artillerie étaient loin d'avoir les connaissances spéciales nécessaires à cette manœuvre, et les vignerons de Battant ou d'Arène s'entendaient beaucoup mieux à manier la serpette qu'à placer d'une main sûre les gargousses et les boulets dans les canons des remparts.
Le P. Charles-Eugène, ayant reconnu dès le premier jour les défauts de l'asBiégé, devint par la force même dçs choses le plus terrible ennemi des assiégeants. Il laissa volontiers l'archevêque et les chanoines monter la garde devant l'hôtel de ville, et accepta la direction générale de l'artillerie et du génie : c'est à lui que reviennent les principaux honneurs de la défense. Aidé d'un autre Capucin, le P. Gillet, qui comme lui avait été soldat, il apprit en peu de jours aux soldats improvisés de la ville les secrets d'un art qu'il possédait à fond. Le P. Gillet tira sur un groupe où se trouvait Louis XIV le coup
Feuillée (4 mars). La position des. Vésuliens était critique, il faut en convenir. Ils n'avaient point de troupes réglées, et leurs murailles étaient si mal en ordre, que, tandis qu'un trompette français venait sommer la ville de se rendre, il tomba « par pure caducité » un pan de mur qui fit une brèche de 20 toises*.
Le P. Schmidt se montra le plus ardent promoteur du parti de la défense. Quand on lui objecta la malencontreuse brèche qui venait de s'ouvrir, il répondit que l'attaque n'aurait point lieu de ce côté, protégé par une prairie marécageuse, et qu'on pourrait du reste facilement dissimuler cette ouverture au moyen de toiles ou de peintures représentant la muraille. Tout singulier qu'il pût être, cet avis rallia la majorité; il fut décidé qu'on se défendrait. Mais l'ennemi avait des intelligences dans la place.
Le sieur Labbé, chef du parti, gendre d'un conseiller au Parlement, « et beau diseur », représenta si bien l'inutilité de la résistance qu'on capitula le 4 mars au soir ^
Le P. Schmidt, voyant que ses conseils étaient inutiles pour la défense du bailliage d'Amont, se rendit dans la cité impériale, qui devait être le centre des attaques françaises.
1. Relation manuscrite rédigée probablement par un partisan des Français.