‹ Les capucins en Franche-ComtéChapitre 27 sur 183 · mai · texte numérisé non relu

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2. Un (les canons du P. Charles-Eugène a été retrouvé en octobre 1867, à Tendroit même où il était enfoui depuis près de 200 ans. La ville de Besançon doit tenir à ce monument, qui ne figurera pas trop mal dans les fêtes de 1874.,.? (Anniversaire de la réunion à la France.)

« texte que ce puisse être. » Toujours est-il qu'il sortit de Besançon bien décidé à soutenir les Comtois dans leur résistance au grand monarque. Nous avons quelques raisons de croire que les Luxoviens refusèrent ses services ; il se dirigea sur Faucogney, petite ville éloignée du centre des opérations françaises, et dont on ne semblait pas avoir prévu la résistance.

Les habitants de la baronnie de Faucogney étaient renommés depuis longtemps pour leur courage ; les preuves qu'ils en donnèrent lors de la dernière conquête ne pouvaient que mettre le sceau à cette vieille renommée. C'est encore au P. Charles-Eugène que reviennent les honneurs de la défense, le 4 juillet 1674.

Il existe deux relations de cette journée mémorable : l'une publiée par la Gazette de France^ l'autre écrite par un défenseur de la ville. C'est en les rapprochant et les comparant avec les docu- .ments recueillis dans les archives communales et autres, que nous ferons la part de notre ingénieur.

Le récit de la Gazette de France prouve que les journalistes d'alors étaient aussi habiles que ceux d'aujourd'hui à lancer la calomnie contre les hommes qu'ils voulaient déconsidérer. En rappelant que les paysans de nos montagnes septentrionales sont les plus déterminés du monde, la Gazette ajoute qu'ils furent puissamment aidés par un moine.

« ancien colonel de cavalerie, qui s'était signalé par son opiniâtreté au siège de Besancon. »

Les Français en savaient quelque chose, et jusquelà ils sont dans leur droit ; mais, comme il est assez pénible d'avouer que le grand roi a perdu trois cents hommes devant une bicoque, la Gazette en met la faute sur ce moine, et le dénonce comme publiant, dans le poste de Faucogney, « qu'il avait eu révélation qu'on y auroit la victoire sur les François. j>

C'est à cette prétendue prophétie que le journal officiel attribue l'ardeur des assiégés et la résistance désespérée qu'ils firent.

Ce que nous connaissons du caractère et des antécédents de notre intrépide Capucin nous montre assez que ce récit est inventé à plaisir par les vainqueurs. Le P. Schmidt n'avait pas besoin de révélation pour exciter son humeur guerrière, et son habileté bien prouvée dans l'art de défendre les places assiégées valait mieux que tout un livre de prophéties. Au reste, la Gazette de France l'avoue elle-même et rend hommage au moine-soldat, en nous le représentant sur la brèche, qu'il fait réparer avec une activité surprenante.

« Il y mettoit lui-même du fumier ; il y rouloit * des pièces de bois ; il attachoit des palissades et « perçoit les murs" des -maisons qui flanquoient la « brèche, et cependant haranguoit les habitants

Plus humain que Turenne, qui avait fait passer un grand nombre de prisonniers au fil de Tépée, Tourbadel leur accorda la vie et la liberté moyennant une rançon de 14.200 livres. Les absents, étant revenus, ne voulurent point payer cette somme, et les Suédois vengèrent ce manque de parole en brûlant la ville (16-24 novembre 1636). Le couvent fut épargné.

Dans cette guerre cruelle, qui semblait n'avoir pour but que le pillage et la dévastation, les Capucins risquaient moins que bien d'autres, à cause de leur caractère, et surtout à cause de leur pauvreté. Cependant, quelques subalternes n'avaient pas pour eux les égards que leur témoignaient en général les chefs supérieurs. On en eut une preuve éclatante dans la manière dont un capitaine franç^s voulut faire expier aux Capucins de Poligny leur attachement à la cause nationale. Castellier, qui s'était établi au château de Griment, envoya un sergent et huit soldats dévaliser le couvent des Capucins, le 10 juillet 1640. Les religieux furent chassés, et les soldats, forçant la sacristie, prirent les ornements, rompirent les planchers, et le dégât fut estimé 8.000 francs. Les Capucins portèrent plainte au roi de France, qui condamna Castellier à payer les réparations ; mais celui-ci ne les paya jamais ; car le prince de Condé, qui le protégeait, vint à bout de l'en dispenser, et la charité des

fidèles répara plus tai'd les dommages que les religieux avaient soufferts à cause de leur dévouement.

Ce fut même comme récompense que le roi d'Espagne leur accorda, en 1657, le droit d'avoir un foulon sur le canal qui traversait leur enclos, et c'est dans leur établissement qu'on fabriquait le drap grossier nécessaire aux vêtements des religieux du comté de Bourgogne.

Nous pourrions multiplier ces traits ; il nous semble que ceux-là suffisent pour expliquer Timmense popularité dont jouissaient les Capucins à cette époque et longtemps encore après.

C'était en eux que le peuple avait trouvé ses amis les plus fidèles et les plus dévoués, ses défenseurs les plus habiles et les plus courageux ; ce fut encore à eux qu'il s'adressa dans la dernière guerre qu'il soutint pour son indépendance. Et si ce fut sans étonnement, ce ne fut pas sans dépit que les Français retrouvèrent les Capucins aux premiers rangs quand ils envahirent la Franche-Comté (1674) . Lorsqu'on étudie le caractère des trois dernières invasions, qui nous séparèrent de la monarchie espagnole pour nous attacher d'une manière définitive à la France, on remarque tout d'abord une différence radicale entre la guerre suscitée par Richelieu sous Louis XIII, et celles qu'entreprit Louis XIV (en 1668-74). En 1636, c'est la nation qui se lève. Elle aime l'Espagne, elle chérit ses princes, et ne '

sile provisoire des valeureux habitants de Faucogney. Il y eut toutefois une glorieuse exception en faveur du P. Schmidt. On le déclara prisonnier de guerre, et sa capture fut le plus beau trophée de cette journée sanglante. Pour le punir de « s'être montré rouge*, » les blancs l'emmenèrent comme criminel d'Etat, et Louvois lui accorda les honneurs de la Bastille, où il resta plus de quatre ans.

Du fond de sa prison, il pouvait entendre les coups des marteaux des ouvriers, qui gravaient sur la porte Saint-Martin cette inscription, qu'il avait fait chèrement payer aux vainqueurs :

LVDOVICO MAGNO

VESONTIONE SEQVANISQUE BIS CAPTIS

ET FRACTIS GERMANORVM HISPANORYM

BATAVORVMQUE EXERCITIBVS

PR^F. ET JfiDIL. P. C. C. ANNO R. S. H. MDCLXXIT.

En traitant si rigoureusement le noble moine, Louis XIV montra qu'il redoutait bien plus en lui l'ingénieur que le prophète. Il le tint renfermé jusqu'au temps où la paix de Nimègue lui assura la possession tranquille du comté de Bourgogne (17 septembre 1678).

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