Le rouge était la couleur nationale des Francs-Comtois
Le grand roi rendit seulement alors la liberté au vaillant défenseur de notre cause nationale et populaire, et, tandis que Boileau chantait :
Besançon fume encor sur son roc foudroyé,
l'intrépide Capucin, qu'on voulait éloigner à tout prix, partait pour la Pologne, où ses talents militaires pouvaient encore être utiles au grand Sobi.eski et à la chrétienté ^ tout entière, qui allait bientôt applaudir aux brillants succès de la délivrance de Vienne et de. la honteuse retraite des Ottomans (1683).
1. Ces détails ont échappé à M. le coiQmaïidant Ordinaire, qui perdait la trace du P. Schmidt à Faucogney. Ils nous ont été révélés par le manuscrit dé Lure, et ne donnent que plus de relief à cette mâle Ûgure de moine et de soldat. M. le commandant de Piépape^ dans son récent ouvrage couronné par Tlnstitut, fait mourir le P. Schmidt sur la brèche de Faucogney. C'est une erreur.
Les Capucins témoignent leurs regrets pour Tancien régime. — Louis XIV et Louvois veulent démembrer leur province. — Chapitre provincial à Vesoul. — Fin de Tantagonisme avec la France. — Relations amicales des couvents avec les villes. — Cadeaux. — Repas. — Réjouissances. — Fêtes de canonisation. — Pauvreté des religieux. — Le mobilier d'un couvent.
— Son personnel. — Si les Capucins étaient des fainéants ei des ignorants. — Les prédicateurs comtois. — Les Capucins .savants. — Un contraste. — Académiciens et frères convers.
— Les Capucins devant la Révolution. — Les martyrs. — Ce que sont devenus les couvents de Capucins. (1675-1794.)
Bien que la conquête fût définitive, le peuple comtois aimait encore à se flatter que la province serait rendue au roi d'Espagne, comme elle l'avait été après la conquête de 1668. Les Capucins partageaient peut-être cette illusion. Toujours est-il que, nialgré les recommandations de prudence que leur adressaient les supérieurs, certains religieux continuèrent à montrer, comme le peuple, une préférence marquée pour le Roi Catholique, et un éloignement prononcé pour le prince qui, tout en portant le titre de Très-Chrétien, n'était guère aux
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yeux des Comtois qu'un soutien et un fauteur de l'hérésie.
La police de Louis XIV ne fut pas longtemps avant de le remarquer. Dans son rapport à la cour, elle se plaignit des Capucins, et les représenta comme les chefs de la résistance au nouvel ordre de choses. Toutefois, ce fut seulement après la paix de Nimègue que le roi voulut se venger des Capucins. Pour éteindre cet esprit de nationalité si vivace, il résolut de supprimer la province de Saint-André, en la démembrant. Sur sa demande, le Pape Innocent XI, par un bref du 4 mars 1679, permit d'unir à la province de Lyon et à la custodie de Champagne les vmgt maisons qui formaient le provincialat comtois. La cour envoya le P. Louis de Juilly, Défîniteur général et Provincial de Paris, pour exécuter le bref du Souverain Pontife. Un conflit de juridiction retint le commissaire royal dans la cité lyonnaise. Les Capucins profitèrent habilement de ce retard pour plaider leur cause.
La paix de Nimègue, en mettant une fin à leurs espérances et un terme à leurs illusions, leur offrait une trop belle excuse pour qu'ils n'en profitassent point. Le P. Chérubin de Lure, dont nous avons déjà parlé, se hâta de gagner Paris, et alla se jeter aux pieds de Louis XIV, en le suppliant de ne point souiller sa victoire par une mesure si rigoureuse à l'égard des Capucins, dont la fidélité ne pouvait être
un crime tant que la conquête n'avait point été ratifiée par un traité solennel. Le roi, <f attendri de sa modestie et de son maintien religieux, lui accorda gracieusement que la province resterait en son premier état. » Il y eut cependant une restriction; car Louis XIV ajouta qu'il enverrait cinq religieux français pour gouverner la province de Saint-André et ses maisons principales pendant trois ans, tandis que cinq religieux comtois seraient envoyés au même titre dans la province de Lyon. Cette mesure s'exécuta siir-le-champ. On offrit même le provincialat de Lyon au P. Chérubin, qui le refusa*.
Louis XIV ne fut sans doute pas iàché de faire acte de clémence ; car il eût été impolitique et dangereux de froisser un peuple encore frémissant soa*^ le joug, en lui enlevant les hommes qui étaient l'objet de ses préférences. Mais, tout en pgfraissant céder, on ne perdit point les Capucins de vue, et on entreprit de les diviser. La cour de France circonvini leur Général, et, sous différents prétextes, ils ne purent pendant plusieurs années tenir le chapitre ei régler les affaires de la province.
Enfin, en 1689, on leur envoya en qualité de Visi-
1. Les quatre religieux que Louis XIV envoya dans la province de Lyon pour les franciser, sont, avec le P. Chérubin d« Lure. les PP. Pierre-François de Quingey, Luc de Saint-Claude, Théodore de Besançon et Ange de Saint-Amour. (Manuscrit du P. Joseph.)
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teurle P. Gaspard d'Alby, qui n'était guère qu'un émissaire français. Il lui fallut plus d'un an pourvisiter seulement vingt maisons. Le manuscrit d'après lequel nous racontons ces faits, contient quatre pages de détails sur les mesures arbitraires et illégales qu'il prit dans le courant de sa visite. Le résultat le plus clair de sa mission consista dans la destitution, l'exil et la vexation de tous les hommes capables, qu'il voulait remplacer par les moins dignes et les plus simples d'entre les religieux. En voulant tout changer (en faveur de la France), il troubla tout, fit murmurer les religieux, irrita les laïques, et laissa, en partant, l'opinion publique parfaitement formée sur ce point « que si, dans cette visite, il y avait quelque chose à reprendre, c'était surtout la conduite du Visiteur. >
Après le chapitre, tenu à Besançon le 21 avril 1689, le malencontreux Visiteur, qui venait de regagner Paris, se vengea du peu de sympathie qu'il avait trouvé dans notre pays, en faisant au premier ministre Louvois un tableau lamentable des dispositions de la province, et de l'entêtement de ses Capucins. A la suite de son rapport, Louvois décida de nouveau que la province serait démembrée, qu'on en donnerait deux parts aux provinces de Lyon et de Champagne, et l'autre part à la custodie de Bourgogne (Duché).
Louvois était inflexible, et l'autorisation était déjà
demandée à Rome, quand le Pape et le ministre moururent tous deux. On découvrit en même temps au chapitre général les intrigues du P. Gaspard d'Alby, et les Capucins de Lyon, piqués de ce qu'on voulait, sans les en prévenir, détacher la custodie de Bourgogne de leur province, s'unirent aux Comtois pour s'opposer au démembrement projeté. Ils firent tant et si bien, que les ordres de Louvois ne furent point exécutés. Les mesures arbitraires prises par le Visiteur furent cassées, et tout rentra dans le droit.
La visite du Général de l'ordre, qui vint lui-même présider le chapitre de 1694, apaisa les différends soulevés par ce zélé partisan de la France, et le gouvernement du roi avança plus dans l'affection des Capucins et du peuple en leur laissant la* paix, qu'en exerçant sur eux une surveillance tracassiére et jalouse.
Ce fut le couvent de Vesoul qui eut les honneurs de ce chapitre, présidé par le général Bernardin d' Arezzo. Outre les facilités qu'offrait alors la maison (où se trouvait le noviciat) pour loger les arrivants, le chef de Tordre voulut lui "accorder cette distinction pour la dédommager du chagrin causé l'année précédente par un singulier accident.
Un jeune homme de bonne famille, fils du seigneur de Parrecey *, était venu se présenter en qualité de