‹ Les capucins en Franche-ComtéChapitre 29 sur 183 · Près de Dôle · texte numérisé non relu

Près de Dôle

novice, et avait demandé l'habit avec tant d'instance, qu'après les épreuves on le lui donna. Deux mois plus tard, il fut atteint d'une fièvre tierce qui le dégoûta de la vie religieuse, et voulut reprendre les liabits séculiers. Sa mère et son frère, prévenus par le P. Gardien, étaient venus le chercher. Tous les religieux le reconduisirent poliment jusqu'à la porte de la maison. Il les remercia des bontés qu'ils avaient eues pour lui, les embrassa et leur dit adieu. Tout le monde était rentré, lorsque le jeune homme demanda le maître des novices, afin de lui dire un dernier mot. Mais, dès qu'il parut, le misérable, saisissant un pistolet suspendu à la selle du cheval qui devait l'emporter, lui logea trois balles dans la poitrine. Cette sauvage agression parut d'autant plus inexplicable, que le seul défaut reproché au maître des novices était sa trop grande douceur. L'assassin se sauva, et sa victime mourut trois jours après, en lui pardonnant.

Cette affaire avait fait grand bruit dans la province, et, pour honorer le couvent qui l'avait subie, le Général y tint le chapitre, dans lequel on mit fin aux troubles suscités par les raisons d'État.

Depuis cette époque, nous ne trouvons plus de traces d'antagonisme entre les Capucins comtois et la cour de France. Ils ne jouèrent plus de rôle politique, et les cent années qui suivirent s'écoulèrent dans une tranquillité fort édifiante sans doute pour

des religieux, mais fort embarrassante pour quiconque tenterait d'écrire leur histoire.

Leur position était conquise, etleurs droits solidement établis ; cent années de travaux et de vertus leur avaient mérité la confiance des peuples.

Les archives communales de nos villes prouvent qu'on ne leur en marchandait guère les témoignages, et que le meilleur accord régnait d'ordinaire entre les municipalités, les citoyens et les religieui. A Besançon, les cogouverneurs les avaient nommés témoins honoraires et scrutateurs de l'élection des gouverneurs, qui se faisait chaque année la jour de la Saint-Jean-Baptiste'.

Lorsqu'on traitait des affaires importantes, les supérieurs étaient très souvent mandés aux Conseils pour donner leur avis'.

On n'a pas oublié que les Capucins, ne possédant rien, étaient religieux mendiants dans toute la force du terme. Les fidèles leur faisaient des dons en nature. Aux jours de foires et marchés, on lear portait du grain, du beurre, des volailles, des œufs ; les bons fermiers se faisaient honneur de leur donner une mesure de blé chaque année. Ceux qui allaient se confesser dans leurs couvents y laissaient en général une aumôme de 5 sols. Les villes ne se

Annalei de la province. (Manuscrit de Poligny.) ArchÎTea municipales de Luxeuil, Veaoul, Oray, Gj,

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croyaient pas libpes de robligation de faille l'aumône à ces pauvres volontaires. Chaque année, à diverses époques, les municipalités faisaient quelque largesse au couvent. Nous en trouvons trop fréquemment la preuve dans les comptes de nos villes pour n'en pas citer quelques exemples * :

A Vesoul et à Gray, les aumônes se font généralement pour l'Assomption, la Toussaint, ou la Notre- Dame de mars. Elles consistent d'ordinaire en argent et en cire; elles varient de 4 à 15 francs, et de 3 à 6 livres de cire .

ALuxeuil, quand les Capucins n'ont plus rien, ils préviennent la municipalité, et la chose est si naturelleet si simple,qu'onneiiélibère pas. Les coquatres envoient aussitôt du pain, et quelquefois un jambon, destiné à rendre le pain moins sec*. Pour étrennes, on leur oflfre un porc gras, en valeur de 24 francs.

ALure, on leur donne chaque semaine les 10 livres de viande que la ville se retient sur la boucherie municipale, et d'ordinaire un porc gras chaque année,^tc.

Quand le Général de l'ordre vient, ce qui est assez rare, il est complimenté par les magistrats, reçu

1. Nous avons recueiUi ces faits dans les archives de Gy, Pesmes, Gray, Vesoul, Luxeuil, Lure, Dôle, Jussey et Vuillafans, visitées ad hoc,

2. Dès le xvi« siècle, la ville de Luxeuil avait déjà la spécialité des jambons fumés, et en offrait aux princes.

avec les honneurs et présents qui sont réservés à l'archevêque diocésain, et traité aux frais des villes. Pour la visite annuelle du Provincial, on fait moins de cérémonies ; cependant, plusieurs villes le logent et le nourrissent; toutes font du moins porter un bon repas au couvent. Quand la ville de Lure supprime ce repas en 1765, elle regrette que l'état de ses finances l'oblige à prendre cette mesure*.

A Salins, on fait les choses plus en grand: nous trouvons, pour un seul repas donné aux Capucins, 11 charmes et 1 pinte de vin, 2 douzaines de poulets rôtis, et 20 livres de pain.

Le bourg de Pesmes offre, en pareille circonstance, un quartier de veau et 6 pintes de vin ; il se pique même de savoir vivre, en achetant du thé, du sucre et du café pour l'arrivée du Provincial*.

A Gy, le Conseil des Treize se montre encore mieux disposé : il va en corps dîner chez les Capucins; mais c'est la ville qui paye' les frais. A l'issue de certaines fêtes et processions, nous voyons voter 30 bouteilles de vin, des chapons, des souliers, 5 douzaines de harengs saurs, etc.

Dans une autre circonstance solennelle, la ville leur offre plusieurs grands brocs de vin d'honneur, et un veau. A l'occasion de certains événements rare5

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