RÉPONSE DU CHAPITRE FAITE PAR M. DE FRANCHET, CHANOINE FABRICIEN
Nous recevons avec toute la reconnaissance possible l'étendard sacré et glorieux de ces illustres modèles, dont nous venons de célébrer la glorification et le triomphe. Nous le placerons dans le sanctuaire, pour y être à jamais l'objet de notre vénération et de notre culte. Heureux l'ordre qui fournit de si grands sujets à l'Eglise, et qui sait s'attirer le respect et la confiance de tout le monde chrétien par les édifians et fréquens exemples de vertus qu'il lui propose pour se sanctifier. Heureux d'en être les témoins, mais plus heureux encore si nous les imitons, et si en notre particulier nous avons pu réussir, par notre empressement à honorer deux grands saints, à vous donner des marques non équivoques de notre estime entière, de notre parfaite considération et sincère attachement!
(Prononcé au pied du maître-autel de la métropole le 26 mai 1748. — Manusc. de Poligny.)
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NOTE SUR LES OPTIOXS TAJJES PAS IXE 3BXUC'IEIX EN COHSÉQUKXCE I»ES JjtcSirrS I^ X, AS&EKSLÉi: NATIONALE, DE fiv^.T?û?> ZT lflA£.B 17?0-
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Les historiens o-oi ont écrit sur la persécaiion révolutionnaire, me paraissent généralement n^avoir pas apprécié le Téritable sens des options formulées par les religieux en conséquence des décrets de février et de mars 1790. Ils se sont tous laissé surprendre par de fausses apparences, croyant que l'option pour la vie privée signifiait l'abandon volontaire et coupable de l'état religieux, et que Toption pour la vie commune exprimait au contnûre la volonté ferme de conserver cet état.
Ce sont là deux erreurs. Les décrets supprimaient rétat religieux de] a façon la plus absolue; mais la Révolution, toujours hypocrite, avait pris d'habiles moyens de déconsidérer ses victimes en les frappant : de sorte que, sans y prendre garde:*'-
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HOQ LES CAPUCINS
historiens ont aidé au succès de cette invention machiavélique. Les décrets obligeaient les officiers municipaux à poser à chaque religieux cette question : « Voulez-vous suivre la vie 'commune, ou préférez-vous profiter de la liberté qui vous est rendue par les décrets?» Les termes de cette demande devenaient ensuite ceux de l'écrit par lequel il était pris acte de la réponse, et les persécuteurs avaient tout l'air d'avoir délivré des prisonniers. Le règlement de la pension à fournir par l'Etat venait ensuite, et le religieux se trouvait enchaîné dans un esclavage bien autrement redoutable que celui de la vie monastique ; chaque trimestre, .il devait mendier son pain chez les scélérats officiels, qui pendant longtemps payèrent mal, et firent ensuite acheter cette misérable pension par des serments, des déclarations, des promesses et des bassesses, qu'ils avaient bien soin d'attribuer a ces infortunés sur leurs registres, alors même qu'ils ne les avaient pas toujours obtenus.
Parmi les milliers d'options que j'ai recueillies, spécialement dans les inventaires des couvents de Capucins, une seule m'a paru émaner d'un optant intelligent des périls voilés sous la forme des questions et sous la proposition de la pension. Cet optant était le P. Hugues de Paris (Noël Ménager), savant orientaliste, ancien procureur général de l'ordre. Il était confesseur des Clarisses d'Amiens,
lorsque, l'inventa ire des Capucins de cette ville fut dressé, le 10 mai 1790, et voici son option :
< Sieur Hugues-Noël Ménager, dit Fr. Hugues, « nous a déclaré qu'il ne veut aucune pension, et « espère, avec la grasse (sic) de Dieu, mourir dans « le saint habit qu'il a le bonheur de porter. Lec- « ture à lui faite, il a dit que telle était son inten- « tion, et a signé ainsi : FR. HUGUES.» (Archives de la Somme.)
Par là, le P. Hugues conservait une^indépendance dont son zèle a profité pendant toute la durée de la Révolution pour faire de grands biens. Il est mort à Amiens, en 1808, à l'âge de quatre vingt-huit ans, laissant une mémoire sans tache.
L'avenir qu'ils avaient en perspective paraissait aux religieux aussi sombre quelle que fût leur option. L'efiroi et l'embarras ont inspiré généralement leurs réponses ; ces sentiments sont manifestés par la variété de ces réponses, en face de questions captieuses et imif ormes. Certains étaient surtout préoccupés de Tinjure faite à la liberté religieuse; alors . ils protestaient de leur inviolable fidélité à leur saint ^ état. D'autres étaient abattus par l'inquiétude de l'avenir, et différaient leur réponse jusqu'au moment où cet avenir leur paraîtrait plus clair. D'autres se faisaient encore des illusions sur la compassion que les maîtres du pays auraient pour eux, et ils mêlaient l'expression de ces illusions à
la formule de leur option, soit pour la vie comnmne, soit pour la vie privée. Enfin, beaucoup voyaient que tout était perdu, et ils choisissaient purement et simplement Tune des deux portes qui leur étaient ouvertes, suivant qu*ils espéraient trouver par Tune ou par l'autre le moyen de mener une existence moins malheureuse.
On va voir tout cela dans le relevé de trois inventaires, que je prends sans choix dans mes notes. Je fais seulement observer que les originaux étaient extrêmement mal dressés, et que c'est la seule cause de l'imperfection de mes notes :
Couvent des Capucins de Dijon. (Inventaire du 29 avril 1790.)
PP. Lazare de Montcenis (Joseph-Marie de la Chaize), âgé de soixante-deux ans, gardien.
— Honoré-François Olivier, vicaire, ci-devani
maître des novices, quarante ans.
— Antoine de Mo'ntcenis (Pierre-Xavier de la
Chaize), soixante-seize ans.
— Augustin Petit, soixante-dix ans.
-^ Antoine Favonet, soixante-dix-sept ans, absent pour cause de desserte.
— Siméon Pierret, soixante-quatre ans.
— Pierre de Dijon (Jean-Baptiste Heulte),
soixante et un ans. - •
PP. Ambroise Petit, cinquante-six ans.
— Fidèle Bouchot, alias Bouchoux, cinquante-
six ans.
— Stanislas Rolland, quarante ans, absent pour
cause de desserte, ancien professeur de théologie.
— Gaspard Robin, trente-quatre ans, professeur
de théologie.
— Épiphaue Guillaume, vingt-neuf ans.
— Balthazar Fumez, trente-trois ans, absent pour
cause de desserte.
— Damase de Flammerans (Pierre -François
Saget), vingt-sept ans.
— Eugène Desmurs, quarante et un ans, absent.
— Justin Hey, trente ans, absent.
-r- Hippolyte DussoN, vingt-quatre ans, étudiant en théologie.
— Victor Demaret, vingt-cinq ans, étudiant en
théologie. '
— Gaspard de (Jean-Claude Gibert) ,
trente ans, étudiant en théologie.
— Isidore de (Nicolas Grim) , trente
ans, étudiant en théologie.
"- Laurent de Vuillafans (François -Xaviei^ Moroge), vingt-trois ans, étudiant en théologie.
. — Grégoire Bovet, trente ans, doit partir sous peu de jours pour un couvent du Dauphiné.
P. Rémi Boudet, quarante ans, parti hier pour un couvent du Lyonnais.
FF. Joseph-Marie de (Joseph-Claude
Drouelle), soixante-neuf ans.
— Ange-Marie de (Jean Drouelle),
cinquante-sept ans.
• — Lucide de (Jean-Baptiste Berger),
soixante et un ans.
— Eusébe Fournier, trente-deux^ans.
— Georges Amiot, trente-deux ans.
De ces vingt-huit religieux, le^P. Pierre de Dijon (Jean-Baptiste Heulte) est le seul qui « déclare « vouloir jouir de la liberté qui lui est accordée, et < ne restera pas dans la maison. » Tous les autre-» disent être contents de leur état, mais ne pouvoii* indiquer ce qu'ils feront «tant qu'ils ne pourront pa< « prévoir le nouveau régime que les religieux au- « ront à suivre, ni queïs sont ceux avec qui il- « auront à vivre. » Le Père Gardien déclare ensuiteque, la maison n'ayant ni revenus, ni argent, il n'a pas de comptes à présenter.
Peu de jours après, quelques absents sont rentrés, d'autres ont fait des réflexions, et voici les déclarations qu'ils vont faire à l'hôtel de ville :
1" mai 1790. « Le P. Balthazar Fumez a déclare « ([u'il était content de son état, qui rhonorait et
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« faisait son bonheur. » Il ajoute remettre à plus tard sa décision.
2 mai. Eugène Desmurs déclare « vouloir user de la liberté accordée par les décrets, et en user le plus tôt possible. »
2 mai. Le P. Damase Saget déclare que, « ayant mieux réfléchi, il opte pour la liberté. »
4 mai. Le P. Justin Hay déclare que, « s*il est relevé de ses vœux, il usera de sa liberté. »
5 mai. Rémi Boudet déclare « vouloir user de sa liberté* »
Le 24 janvier 1791, pour des raisons que je ne découvre point, de nouvelles déclarations sont provoquées. Seize des religieux susdits y répondent. Les deux FF. Drouelle et le F. Lucide Berger veulent rester dans la maison, ou avec les religieux de leur ordre ; le F. Georges Amiot veut quitter le cloître le plus tôt possible ; les PP. Laurent Moroge et Isidore Grim veulent simplement rester dans la maison; le P. Hippolyte Dusson veut rester, inais quittera si on réunit des religieux de différents ordres ; le P. Augustin Petit veut demeurer toute sa vie dans l'état qu'il a embrassé; les PP. Victor Demarêt, Ambroise Petit et Gaspard Gibert veulent simplement rester dans la maison ; le P. Pierre Heultej conséquent avec lui-même, veut sortir, « et il prêchera avec joye l'excellente morale de la
d'hui comme dans tous les temps, est en possession de donner tant de lumière et tant de prélats à l'Église, tant de justes et tant de saints au ciel !