LISTE GÉNÉRALE
DES RELIGIEUX CAPUCINS DE FRANCHE-COMTÉ DRESSÉE AU DERNIER CHAPITRE PROVINCIAL DE
l'ordre (1788).
La liste qui va suivre a été formée au moyen de deux documents. L'un appartient aux archives du grand séminaire de Besançon, et indique la distribution des religieux dans les divers couvents de la contrée à la suite du chapitre provincial de 1788; cette pièce, qui a dû être écrite simplement à l'aide de la mémoire de son auteur, ne donne les noms des religieux que d'une façon incomplète, et en omet plusieurs. L'autre document est un relevé des registres du noviciat, portant les noms de famille et d'origine, la date des vêtures, et, quand il y a lieu, celle des décès jusqu'en l'an 1791.
Les notes biographiques jointes à près de deux cents noms, ont été empruntées à des sources que ûous avons pris soin d'indiquer.
La plus abondante a été l'Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Doubs, de il 89 à i801, par Jules Sauzay. (Besançon, 1867-73, 10 vol. in-8°). Si parfois nous avons oublié de faire connaître l'origine d'une note^ presque toujours nous l'avons due à cet auteur. Son œuvre, fruit de recherches longues, patientes et judicieuses, se recommande aussi par l'excellent esprit qui l'anime d'un bout à l'autre ; elle restera comme le modèle de tous les travaux semblables, et il serait à désirer que M. Sauzay trouvât un imitateur dans chacun des départements de la France. Aucun des livres qui ont été jusqu'ici consacrés à l'histoire de cette époque, à la fois lamentable et glorieuse pour TEglise de France, ne témoigne d'un zèle aussi laborieux et aussi éclairé.
En 1788, notre province des Capucins comptait environ trois cent-cinquante religieux. De plus, la Franche-Comté avait fourni, autant qu'on le peut conjecturer, une centaine de sujets aux autres provinces de cet ordre. Sur cette centaine, cinquantecinq nous sont connus, et nous les ferons figurer à la suite de la présente liste.
Ce chiffre de vocations religieuses, dans un seul des nombreux ordres qui florissaient sur notre terre, prouve que les doctrines du jansénisme, aussi bien que celles de la philosophie, n^ avaient point encore produit des effets aussi déplorables que dans la plu-
part des provinces du royaume de France. Ce fait nous paraît trop honorable à notre contrée, poui que nous manquions de le faire ressortir.
La prospérité spirituelle des Capucins ne ncm^ honore pas moins. Les ennemis de Dieu et de soi: Eglise ont toujours redouté les ordres religieux ; il^ sentent tout ce qu'il y a d'irrésistible puissance dans ces armées pacifiques, qui, sans autres armes que la vertu, conquièrent des royaumes, au sein desquels elles se perpétuent en les maintenant soumis ai: sceptre de Dieu. L'arme qu'il faut opposer à de semblables conquérants est évidemment la déconsidé- ' ration, la calomnie : persuadés que ces hommes n< sontpas vertueux, les peuples cesseront certainement de leur obéir. Les adversaires de l'Église se sont donc appliqués, pendant toute la longueur du xvni" siècle, à flétrir les ordres religieux, plus spécialement celui des Capucins, parce qu'il était le plus populaire et le plus influent sur les masses. Sans cesse répétés, les injures, les moqueries et les mensonges de l'impiété ont fini par s'imposer même aux meilleurs esprits. Le préjugé qui en est résulté a produit la Commission des Réguliers en 1766, puis la destruction des ordres religieux en 1790. Ce même préjugé subsiste encore, et beaucoup de vrais et fidèles chrétiens, beaucoup même d'historiens iudicieux et impartiaux tiennent le relâchement des mœurs monastiques, à la fin du siècle dernier, comme
in fait absolument acquis, alors que rien n'est plus faux.
M. Sauzay, contraint par ses études à juger les Capucins d'après leurs œuvres, a porté sur eux un jugement équitable, dans son Introduction (§ IX). Cependant, à la fin, il s'est exprimé de façon à faire croire que la proportion des malheureux que la Révolution devait nécessairement pervertir, s'est trouvée, parmi les Capucins, beaucoup plus considérable qu'elle n'est en réalité. Après une vue d'ensemble, fort élogieuse pour cet ordre, et dont le sens général consiste dans uue affirmation très forte de la ferveur où il s'était conservé, M. Sauzay ajoute :
« Au reste, il régnait chez les Capucins une assez grande liberté d'allures pour laisser se dessiner parmi eux les physionomies les plus diverses. Des âmes très pieuses s'y trouvaient mêlées, sans rien perdre de leur sérénité, à un certain nombre de natures bohémiennes, que le côté plébéien, précaire et aventureux de la vie des Capucins avait surtout séduites, et qu'une révolution pouvait transformer à peu de frais en tribuns débraillés, ou en prêtres de la Liberté. Aussi, vit-on sortir à la fois, de la plupart de leurs couvents, des saints et des cyniques, les martyrs et des gueux. » '
C'est un peu trop dire ; car tout ordre religieux, surtout celui des Capucins, est forcément une école et un séjour où seule la vertu est enseignée et pra-
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tiquée; rien n'y est livré à Taventure, Mais, parmi ' ces hommes qui remplissent leur existence d'oeuvres véritablement saintes, il en est dont la vertu, incapable de se soutenir par elle-même, ne subsiste que par le voisinage d'une vertu plus forte. Si le monde arrache ces infortunés à la compagnie des saints, ils sont aussitôt perdus. C'est ce qui est arrivé pour trente Capucins Francs-Comtois, sur plus de quatre cents qui nous sont connus. Cette proportion, qui est seulement d'un treizième, assure aux Capucins une incontestable supériorité, si on les compare à n'importe quelle société humaine.
En somme, la liste qui va suivre et les notes dont nous avons pu l'enrichir, mettent dans la plus éclatante lumière ce fait, souverainement honoi^able pour l'Eglise et pour notre pays : que les ordres religieux, spécialement celui des Capucins, étaient encore, au siècle dernier, dignes, non seulement delà confiance des peuples et des gouvernants, mais de leur vénération et de leur admiration. Notre groupe de Capucins, en effet, se subdivise ainsi :
Vingt-quatre sont morts pieusement de 1788 à 1792, avant que la persécution eût pu les contraindre à la retraite ou à l'exil.
Dix sont morts avec l'auréole du martyre y soit surl'échafaud, soit dans l'horreur des prisons, soit sous les coups de la fureur populaire.
Deux cents n'ont laissé aucune trace qu'il nous
ait été possible de saisir pendant la durée de la persécution. Pour tout homme habitué à Tétude de cette période lamentable de notre histoire, cette absolue disparition est l'indice d'une fidélité religieuse qui, pour rester intacte, s'est condamnée à un exil que la proximité des frontières reùdait facfle, ou à une vie de, retraite et de réclusion pleine de douleurs et de dangers. Cette régie est tellement sûre, que très peu d'exceptions y sont possibles. Nous n'hésitons donc pas à qualifier de confesseurs de la foi les deux cents religieux dont les actes nous sont inconnus.
Une centaine d'autres confesseurs de la foi ont laissé des souvenirs assez précis pour que ce titre leur soit absolument acquis. On verra un grand nombre d'entre eux passer les huit années les plus rigoureuses de la persécution dans l'exercice des plus héroïques vertus, au point qu'un seul de ces hommes généreux serait une gloire suffisante, et même étemelle, pour la société qui l'a produit.
Quarante-trois autres confesseurs de la foi ne sont devenus dignes d'être appelés ainsi qu'après une rétractation généreuse des erreurs auxquelles ils avaient souscrit à l'origine de la Révolution. Cette rétractation faite, ils ont, comme les précédents, souffert les rigueurs de la persécution, soit dans l'exil, soit dans la retraite, soit dans les prisons, et même dans la mort. Sur ces quarante-trois confes-
seurs de la foi, seize ne nous ont point fourni de preuve authentique de leur rétractation ; nous l'avons conjecturée en vertu d'un fait que l'étude de la Révolution a rendu certain pour nous : c'est que tout membre du clergé schismatique qui disparaît des listes de ce clergé à partir de l'an 1795 ou 1796, s'est rallié à l'Église catholique à cette époque, et s'est mis à l'abri de la persécution par la retraite ou par l'exil.
Enfin, trente religieux environ se sont jetés dans le schisme. Pour la plupart, ils sont restés dignes d'être admis, après rétractation, dans le clergé orthodoxe, rétabli en 1801.