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PREFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION XXXI

ne sont pas assez générales, assez semblables d'un individu à l'autre, leurs conditions nécessaires et suffisantes sont trop complexes et ne sont pas assez souvent et assez uniformément réunies pour servir à classer, d'une manière satisfaisante, les types moraux. Nous en sommes donc réduits à la classification analytique et le plus sûr est toujours, pour apprécier et classer un individu, de recourir aux séries de classes différentes convenablement systématisées, en tenant compte bien entendu des traits généraux et des combinaisons de qualités qu'il peut présenter, et de définir autant que possible par quelle synthèse particulière il combine les difTérents éléments de sa personnalité.

Bien entendu, tout ceci n'a rien d'absolu. L'existence des lois de coordination et de Subordination n'olTre à priori, et abstraitement considérée, rien d'absurde et de contradictoire. Une humanité idéale pourrait en montrer le développement. Rien n'empêche de rêver une collection d'êtres qui se classeraient régulièrement par groupes synthétiques comme les espèces animales ou les nations. Use pourrait bien qu'une telle société se développât quelque part en formes simples et régulières. Peutêtre même est-ce là le sort futur de notre humanité qui en se transformant simplifierait et régulariserait ses modes de vie, mais à prendre les choses comme elles sont maintenant si les faits de coordination et de subordination ont un grand intérêt en eux-mêmes, ils ne peuvent nous donner des lois générales concrètes utiles aune classification des caractères.

La science des caractères m'a paru avoir quelques rapports non seulementavecla psychologie générale, maisavecla morale. Cela aussi m'a valu des critiques. On m'a reproché d'avoir édifié hors de la réalité une classification avant tout morale « destinée à nous guider dans l'étude et la discussion des problèmes de la morale ». Un psychologue, rendant compte de mon livre S estime que l'auteur « classe nos caractères d'après ce que nous

(1) M. Philippe, dans V Année psychologique, 2- année, p. 7<S5.

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devrions être pour réaliser sa morale, et non d'après ce que nous sommes en fait ». J'avoue que j'ai été un peu surpris de celte remarque. Je crois avoir assez montré que mes types et mes cadres ont un autre fondement que des soucis moraux. Mes types ont été observés par d'autres, et, presque tous, par moi ; mes cadres, je viens de les défendre assez longuement pour n'y pas revenir. J'ai toujours eu le goût de l'observation psychologique et de la connaissance de l'esprit sous des formes assez variées, pour elles-mêmes. Quand j'ai étudié les caractères, lâchant de coordonner et d'interpréter mes observations personnelles et celles des autres, j'ai eu naturellement recours aux lois psychologiques qui me paraissaient exprimer le mieux la nature essentielle de l'esprit, aux plus capables, par conséquent, de me faire comprendre les faits. S'il sest trouvé ensuite que ma classification psychologitiue, construite d'après ces données expérimentales et théoriques, se trouvait également une classification morale, j'ai cru devoir le dire parce que la chose a son importance, mais, à vrai dire, elle n'a rien d'étonnant. Si la morale n'est qu'une idéalisation parfaite de la réalité, si la morale psychologique ou sociale n'est qu'une psychologie et une sociologie idéales correspondant à une réalité représentée, par hypothèse, aussi parfaite que possible, si les lois de la moiale ne sont que les lois naturelles d'un esprit parfait comme d'une société parfaite, ou bien le moyen de tendre vers cet état de perfection, il est assez naturel qu'en donnant des séries hiérarchisées de traits de caractères, ou des séries hiérarchisées de formes sociales, on donne une série hiérarchisée en même temps au point de vue psychologique ou sociologique et au point de vue moral.

Mais il élait peut être intéressant de remarquer que cela s'était en ell'et produit, sous certaines réserves dont il est inutile de parler ici, parce que notre synthèse en étaitencore accrue. Psychologie concrète, psychologie abstraite, psychologie idéale ont évidemment des parties importantes en commun. On y retrouve, considérés à des points de vue dilîérenls, les mêmes grandes vérités, les mêmes lois générales, les mêmes faits dominateurs, et il me semble que nos idées en psychologie abstraite,

IMll FACK DE LA DEUXIEME EDITION' XXXIII

nos constnf.ilions et nos théories de psychologie concrète, nos doctrines morales se vjTifient ainsi en se fortifiant l'une par l'autre. Si l»^s mêmes principes sont capables de nous guider en morale. d<* nonsaidiîrà constater et à comprendre la réalité, de nous rendr»^ raison des formes les plus générales de la vie de Tespiil, j»'stime que chacune de leurs applications relire une valeur nouvelle des applications parallèles et concordantes qu'elle peut su>ciler. Arriver ainsi à une synthèse abstraite qui rtMide compte de l'expérience présente, qui prépare ou qui aide à former la réalité i^léale et peut-être la matière de l'expérience fuUirf, et qui expi'imeen même temps les rapports essentiels des phénomènes, la nature intime et comme la substance des choses, «:Vst, il me semble, le but le plus élevé que le philosophe pui>st' attt^indre et vers lequel le psychologue puisse Taider dans sa marche. Je l'ai poursuivi dans la mesure de mes forces.

Fr. Pauliian.

PontchaïUairi-Pans, septembre octobre 1901.

PA'jr.HAV. — Les Caractères.

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