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PRÉFACE DE LA PREMIERE ÉDITION

J'ai déjà, dans mon volume V Activité mentale et les éléments de Vespril, proposé une théorie de la vie de l'esprit et donné un ensemble de lois abstraites s'appliquant à la psychologie générale. Aujourd'hui j'essaye de montrer comment les diverses manifestations de ces lois abstraites produisent des catégories diiïérentes de types psychiques. La psychologie concrète, l'étude des formes du caractère serait ainsi étroitement rattachée à la psychologie abstraite dont elle étudie, analyse et ordonne, pour ainsi dire, les différentes incarnations. Après la psychologie abstraite générale et la psychologie concrète générale, il faudrait étudier la psychologie idéale, c'est-à-dire la morale, et montrer comment elle est aussi une application particulière des lois générales abstraites, et comment tous les problèmes moraux peuvent être envisagés à ce point de vue. J'espère traiter un jour ce sujet sur lequel j'ai donné quelques essais. Mais la constitution complète et la compréhension de la psychologie et surtout de la morale exigent, sinon une conception achevée du monde, au moins un ensemble de vues systématiques sur l'homme et l'univers. Je les ai indiquées dans un chapitre de V Activité mentale ; ]&\o\i(\vs.\s encore les reprendre en /es améliorant et montrer que l'esprit de l'homme, ses lois générales, ses formes particulières, et son idéalisation progressive, si elle possible, sont des exemples de cette grande loi universelle qui fait passer tout ce qui se développe de la pluralité à l'umté, de l'incohérence à la systématisation, et du

WXVl LES CAUACTKllKS

hasard à la finalité, ou, si l'on aime mieux des termes qui s'appliquent plus spécialement à une forme particulière de celte transl'ormalion, de l'égoïsme à l'amour et de l'individualisme à la coopération.

Il est impossible d'examiner ici en quoi cette conception du déveltippement contredit l'évolutionisme tel qu'on Ta présenté jusqu'à maintenant. L'homogène primitif, l'unité d'évolution, la réduction totale de tous les phénomènes au mécanisme compris comme excluant la finalité, la subordination de l'idée de progrès à celle de changement, sont quelques-uns des points principaux sur lesquels ni les théoi-ies du "grand évolutionniste Spencer, ni les corrections ou les objections qu'on leur a proposées ne me semblent tout à fait acceptables. Le point de départ des transformations, leur point d'arrivée, leur marche progressive n'ont pas été étudiés d'une manière satisfaisante. Mais je ne veux ici que signaler comment prend place dans un ensemble de travaux impliquant unceitain nombre de théories générales le volume qui paraît aujourd'hui, et où ces théories devront souvent disparaître derrière les détails particuliers et les généralisations spéciales qui pei-mettent da le considérer comme formant à lui seul un tout distinct.

Le caractère d'une personne, c'est, en somme, ce qui la caractérise, ce qui fait qu'elle est elle-même, non une autre. C'est la nature propre de son esprit, la forme particulière de son activité mentale. Caractère, personnalité, individualité, ces trois mots désignent à peu près la même chose, un peu différemment considérée.

Cela suffirait à nous faire entrevoir la difficulté de l'étude du caractère et la complexité de son objet. Etudier les formes du caractère c'est rechercher et classer les diverses manières d'être de l'individu, en faire l'analyse et la synthèse, en montrer les éléments et les combinaisons, et les rattacher aux grandes lois générales de la psychologie. Même en restant dans les généralités qui, seules, intéressent la science, c'est une tâche ardue que de montrer comment ces formes, ces types encore à demi abstraits, à demi concrets que l'éthologie examine, sont des manifestations de lois mentales abstraites, comment ils s'incarnent d'autre part dans la réa^lité concrète et vivante qu'ils composent et que nous montre l'expérience de chaque jour. Essayons d'abord de débrouiller un peu les données de l'expérience, et de trouver quelque fil conducteur.

Nous avons tous entendu apprécier par quelqu'une de nos

connaissances la nature d'une autre personne. Les termes dont

on se sert pour cette appréciation sont très variés, mais ce que

nous remarquerons pour le moment c'est que les qualités — ou

Paulhan. — Les Caraclères. 1

les défauts — qu'ils désignent ne peuvent appartenir toutes au même groupe de faits. Ils nous signalent des manières d'être qui ne sont ni semblables ni opposées, mais qui nous montrent un même individu, ou des individus divers, par des aspects difTérenls et nullement comparables. On dira, je suppose, d'une personne qu'elle est incohérente ou capricieuse, d'une autre qu'elle est gourmande, d'une troisième qu'elle est vive ou molle, d'une quatrième qu'elle est susceptible. Voilà je ne dirai pas seulement quatre jugements différents, mais quatre modes différents d'indiquer un caractère et d'apprécier une personnalité. Examinons de près ces appréciations, nous verrons la possibilité d'en faire sortir quatre classes différentes de qualités psychiques.

Si nous parlons de l'incohérence d'une personne ou si nous la jugeons capricieuse, nous mettons en lumière les rapports généraux des diverses tendances qui sont en elle, la façon dont elles s'associent, se combattent ou se remplacent, la forme générale abstraite de l'activité de son esprit. Nous voulons dire que chez elle toutes les idées, tous les sentiments, tous les actes ne se succèdent pas régulièrement et systématiquement, que l'on voit, à chaque moment, naître et dominer un désir imprévu, subitement éclos, sous l'influence d'une tendance latente et de quelque circonstance insignifiante, sans qu'il se puisse rattacher logiquement au sentiment qui dominait l'esprit quelques minutes plus tôt. Comme appréciation différente, mais du même genre, nous pourrions dire qu'une personne est toujours logique avec elle-même, ou qu'elle se possède parfaitement, ou encore qu'elle passe aisément d'un extrême à l'autre, ou qu'elle est contrariante. Tous ces mots expriment un même ordre de qualités ou de défauts, ils indiquent les rapports des tendances, des désirs, des idées chez un même individu, la façon générale dont ils s'appellent et s'associent; ils nous donnent une sorte de forme abstraite de l'esprit.

Il me suffit pour le moment d'indiquer cette première classe de types psychologiques, je tâcherai de donner plus loin une classification systématique et une interprétation psychologique des différentes formes qu'elle peut contenir. Je me bornerai de

même à présent à indiquer la nature des autres classes de traits de caractère que l'on peut former.

Passons donc à un autre jugement. La vivacité ou la mollesse que nous remarquons chez une personne n'ont pas des rapports très étroits avec la forme générale de l'association des tendances. La vivacité ni la mollesse n'empêchent ni ne produisent l'incohérence ou la logique. Bien que, dans la réalité, la vivacité s'accompagne parfois d'un certain manque de logique, il peut arriver que Ton soit vif, tout en ayant de la suite dans les idées ; il peut arriver aussi, plus fréquemment, que l'on soit incohérent avec lenteur. On conçoit que le fond du caractère restant le même et les éléments de l'esprit ne changeant pas, ces éléments puissent agir plus ou moins vite, s'appeler les uns les autres, se susciter avec plus ou moins de lenteur ou de précipitation. Ils peuvent de même se montrer plus ou moins complexes, plus ou moins vigoureux, plus ou moins résistants. L'étroitesse ou la largeur des idées et des désirs, la souplesse de l'esprit et du cœur, la constance, l'entêtement sont autant de traits de caractère qui rentrent dans la même classe. Tandis que la première comprend les formes générales de l'association des éléments, celle-ci retient les différentes manières dont les éléments peuvent réaliser ces formes générales. Elle permet de rendre moins abstrait le jugement porté d'abord par la considération de la première catégorie de qualités. Toutefois les deux premières classes, comme on peut l'apercevoir déjà, et comme nous le verrons mieux encore tout à l'heure, sont assez étroitement liées. Il ne s'agit dans les deux que des formes de l'activité psychique. En réalité nous n'avons vu que les subdivisions d'un même genre.

Si, au contraire, nous examinons un autre des jugements indiqués plus haut, celui qui concerne la gourjpandise, nous entrons dans un ordre de faits tout à fait nouveau. Ce qui est indiqué ici ce n'est plus une forme de l'association des éléments, c'est un de ces éléments, un des plus importants. La gourmandise n'a rien à voir ni avec l'enchaînement systématique ou incohérent des phénomènes, ni avec la lenteur et la vivacité, la persistance ou la faiblesse des tendances. Ce que le mot nous révèle, c'esi

l'existence d'une tendance qui tient, dans la vie de la personne que nous apprécions, une place relativement considérable, c'est la prépondérance relative de certains désirs et de certaines idées bien définis. Un homme gourmand, c'est celui qui sacrifiera d'autres plaisirs, ou quelques devoirs à la satisfaction de son goût. La prédominance des sensations gustatives, des images qui rappellent ces sensations, des désirs qui les suscitent de nouveau et de tous les états de conscience qui s'associent plus ou moins étroitement avec ceux-là, voilà ce que signifie le mot de gourmand. Tous nos goûts, toutes nos tendances peuvent donner lieu à des qualifications analogues, depuis les plus infimes jusqu'aux plus élevées, depuis la gloutonnerie jusqu'à la passion de l'artiste ou du savant, jusqu'à l'amour de la patrie, jusqu'au mysticisme. Ce n'est plus ici la forme, c'est le fond du caractère que nous envisageons. Il ne s'agit plus de savoir s'il existe une ou plusieurs tendances maîtresses quise subordonnent le reste de l'esprit, mais quelles sont ces tendances. Notre appréciation perd de plus en plus son caractère abstrait et se rapproche de la réalité observable, en se combinant avec les précédeates. Nous avons maintenant le^^nd et l'apparence du caractère, les tendances qui constituent l'individu, la forme que prend leur activité et l'allure générale des rapports d'association ou de lutte qu'elles ont entre elles.

Le quatrième jugement dénote une quatrième catégorie de qualités, elle difl'ère des trois précédentes en ce que les qualités qu'ont peut y ranger sont des combinaisons de plusieurs traits empruntés aux classes précédentes. Ce sont des produits secondaires de la vie, de l'activité des tendances dans certaines conditions, et, si grande que puisse être leur place dans l'existence, elles doivent être, au point de vue scientifique, considérées comme subordonnées. La susceptibilité, par exemple, implique un certain amour-propre, un désir d'être estimé de soi-même ou des autres, qui est une tendance, et se place, par conséquent, dans la troisième des catégories que nous avons indiquées, dans la seconde grande classe de nos caractères, mais elle suppose aussi une sensibilité assez vive des éléments psychiques, elle signifie que quelques-uns de ces éléments entrent en activité

SOUS la moindre excitation. Cette facilité de mise en jeu est un mode d'activité qui rentre naturellement dans la seconde subdivision et dans la première grande classe. De même, la jalousie suppose une tendance : l'amour, quel qu'il soit, et elle suppose aussi un arrêt, une inhibition de cette tendance par diverses idées, par divers sentiments, et ceci, en certains cas au moins, se rapporte aux relations générales des éléments de la personnalité, c'est-à-dire à la première classe des traits de caractère.

Si nous regardons de près ces qualités composées nous remarquerons en elles une particularité importante. Non seulement elles varient comme toutes les autres, selon les individus, mais elles ne sont pas du tout semblables à elles-mêmes, si ce n'est très superficiellement, et, pour ainsi dire, à l'extérieur. Êlre menteur, par exemple, c'est bien, d'une manière générale, dire des choses qui ne sont pas vraies, mais le mensonge peut caractériser deux états d'esprit absolument opposés : l'état d'esprit de l'homme qui, ayant un résultat à atteindre, y marche par tous les moyens et combine puissamment les vérités et les fictions, et aussi celui de l'homme sans consistance, qui lâche tout ce qui lui passe par la tête sans penser à la vérité, à la fausseté ou aux conséquences de ce qu'il dit. Dans le premier cas, le mensonge est le produit d'un caractère très fortement organisé, dans le second, il est un symptôme d'incohérence. De même la lenteur de la décision, trait de caractère, peut provenir soit de la mollesse de l'esprità concevoir une idée, de sa difficulté à éprouver un sentiment ou, au contraire, d'une excessive vivacité, qui rend présents à l'esprit, au même moment, une foule de motifs et d'idées différents qui empêchent tout composé psychique stable de se former. L'anémie et l'hyperémie du cerveau ont parfois des conséquences analogues, de même l'extrême pauvreté et l'extrême richesse de l'esprit. Aussi serait-ce un tort d'étudier en elles-mêmes ces formes composées et dérivées, il vaut mieux les examiner chaque fois avec les éléments qui les composent.

Il me paraît que les quatre classes que nous venons de reconnaître s'appliquent assez exactement à la réalité, et que, en même temps elles peuvent comprendre tout ce qui se rapporte

b LES CARACTERES

au caractère. La tendance, son mode d'action, ses rapports généraux avec les autres tendances existant dans le même individu, ce sont là d'incontestables réalités, et — si l'on comprend dans les tendances, les sentiments, les émotions, les désirs et les idées qui ne sont que des parties de leur activité — ce sont les seuls éléments du caractère qu'on puisse reconnaître. Tous ceux que l'on pourrait indiquer se ramènent aisément à ceuxlà ou à leurs combinaisons, et ceci, je l'espère, ressortira avec évidence de l'ensemble de ce travail.

Nous avons dû reconnaître déjà que nos quatre subdivisions n'avaient pas toutes la même importance. La seconde se rattache naturellement à la première et la quatrième ne contient aucun élément original. Si donc nous considérons les qualités premières, susceptibles de constituer par leur prédominance des types psychologiques, nous aurons deux grandes classes à étudier : 1° la classe des qualités qui se rattachent à la manière d'être des tendances, au caractère général de leurs relations dans un même individu; la cohérence, la logique, le contraste, la vivacité, la ténacité, etc. ; 2° la classe des qualités qui sont constituées par les tendances mêmes, tendances organiques comme la gloutonnerie, ou sensuelles comme la gourmandise, intellectuelles, etc. La première classe comprend les formes de l'activité mentale, la seconde les éléments concrets qui dirigent cette activité. Nous n'aurons plus ensuite qu'à examiner certaines relations générales des qualités, certains faits synthétiques significatifs où les qualités déjà étudiées prennent une apparence particulière dont il est indispensable de tenir compte pour arriver à une bonne appréciation du caractère individuel.

Considérons maintenant la question au point de vue de la psychologie abstraite. Nous savons que l'esprit de l'homme est un composé d'éléments eux-mêmes plus ou moins complexes qui peuvent exercer, chacun pour soi, une activité indépendante, ou s'associer en des systèmes de plus en plus vastes. La grande

loi de l'association des éléments psychiques les plus simples pou r former les éléments supérieurs et de ceux-ci pour former les tendances, des tendances pour constituer la personnalité, la loi qui domine toute la vie de l'esprit, c'est la loi d' association systématique qui exprime l'aptitude de chaque élément, désir, idée ou image, à susciter d'autres éléments qui puissent s'associer à lui pour une lin commune, et qui indique aussi ce fait que chaque élément est un composé unifié d'éléments, d'un ordre inférieur, associés de façon à constituer une unité supérieure à eux-mêmes et qui les synthétise. Cette loi se complète par la loi d'inhibition systématique qui exprime l'arrêt que chaque élément psychique tend à imposer à tout élément qui ne peut s'associer harmoniquement à lui. Du jeu comhiné de ces lois dérivent la loi du contraste qui est la troisième grande loi de la vie mentale, et enfin les lois d'association par contiguïté et ressemblance, moins importantes, quoi qu'on ait dit^

Ainsi l'étude des formes du caractère se ramène à la recherche des éléments psychiques principaux qui constituent la personnalité : tendances dominantes, idées fixes, désirs prépondérants, des relations qu'ils ont entre eux, en s'aidant l'un l'autre, ou en s'entravant selon qu'il y a prédominance dans la vie mentale de l'association systématique, de l'inhibition, du contraste, de l'association par contiguïté et ressemblance, de leurs différentes manières d'être et d'agir : de leur sensibilité, c'est-à-dire de leur facilité d'action plus ou moins grande, de leur pureté, c'est-à-dire de l'accord systématique plus ou moins complet de tous les éléments secondaires qui s'unissent pour former un composé psychique supérieur et de l'élimination plus ou moins imparfaite de tout élément dissonant, enfin des qualités complexes qui résultent des combinaisons de tendances ou de formes abstraites. Les éléments de l'esprit et les lois de l'activité mentale sont toujours l'objet de nos recherches, mais au lieu de les examiner en eux-mêmes, comme je l'ai fait dans un volume précédent, j'étudie ici les divers types que produisent les diverses manifestations concrètes de ces lois générales, la

(4) J'ai développé toutes ces vues dans mon livre, VActivité ynentale et les éléments de Vespnt, auquel je me permettrai de renvoyer le lecteur.

prédominance de tel ou tel de ces éléments. Ramener tous les traits de caractère aux éléments psychiques les moins composés et aux formes les plus simples des grandes lois psychologiques, tout en montrant la nature de la combinaison qui les produit : voilà le but de la science du caractère. Nous étudierons donc successivement les types caractérisés par une forme particulière des lois de l'association systématique, de l'inhibition et du contraste, et ceux qui sont produits par la prédominance d'un élément psychique particulier. Les traits composés du caractère seront analysés et rattachés à leur principal élément, et rappelés à propos des autres si cela paraît utile.

Les rapports de la science du caractère à la psychologie étant bien définis, il est à peu près indispensable de dire quelques mots de ses rapports avec les sciences voisines, la physiologie d'une part, la sociologie de l'autre. On sait que pendant longtemps la théorie des tempéraments, aujourd'hui assez oubliée, a fourni une classification de types fondés sur des données physiologiques et pathologiques. On pourrait faire aussi bien une classificationfondée surdes données sociologiques. Sans méconnaître en rien Tintérêt de ces tentatives et l'importance de la biologie et de la sociologie pour la constitution d'une science psychique, il me semble que la psychologie doit être avant tout psychologique. Il serait sans doute très important de pouvoir établir que tel état organique normal ou morbide, ou que tel ou tel état social tend à produire tel ou tel type humain. iMais ce n'est pas cette question que nous nous sommes proposé d'étudier ici, c'est la nature même de ces types et leur interprétation psychologique. Le reste ne peut venir qu'accidentellement en discussion. Ce qui nous intéresse directement ce sont les éléments psychiques enjeu et les lois de leur activité. A ce point de vue les phénomènes biologiques ou sociaux apparaissent comme des causes ou des effets, non comme des éléments du caractère. Une névrose, par exemple, pourra donner au caractère une teinte sombre,

un milieu social donné développera chez l'homme l'héroïsme ou le goût des exercices du corps, ou le sens commercial. Inversement, une tendance à la colère peut déterminer la maladie et la mort de l'organisme, un génie administratif ou militaire modifiera pour longtemps la vie des peuples. Il y a là toute une série très compliquée d'actions et de réactions curieuses, difficiles à suivre, mais qui ne nous intéressent pas directement et qui ne tiendront dans cette étude qu'une place secondaire. La psychologie du caractère est notre sujet principal, et peut-être a-t-on méconnu sa place dans la science psychique. La psychologie, en effet, ne se distingue pas tant de la physiologie par l'étude du phénomène de conscience si instable et si variable, que parce qu'elle étudie une synthèse non physiologique de phénomènes physiologiques, comme la physiologie étudie une synthèse non chimique de phénomènes chimiques, et la sociologie une synthèse non psychologique de faits psychologiques. Il ne se passe dans le corps que des phénomènes physico-chimiques, dirigés selon des processus vitaux, de même il n'y a dans l'esprit que des phénomènes physiologiques, sans en excepter les faits de conscience qui ne diffèrent des autres que par le mode dont nous les percevons^ et sont, comme le son et la couleur, des parties d'un fait complexe. La vraie matière de la psychologie c'estl'élément social, l'individu entier. Les éléments de l'individu regardent les uns la biologie seule, les autres la biologie et la psychologie, comme la chimie biologique regarde la physiologie et la chimie et, à mesure qu'on les prend plus complexes, ils deviennent de plus en plus psychologiques. Le caractère, c'est l'arrangement de phénomènes biologiques en vue d'une fin sociale. L'étude de l'ensemble de l'individu, du type moral, du caractère, appartient essentiellement à la psychologie. C'est elle qui établit la transition entre les sciences voisines, la science des organismes et la science des sociétés, qui tendent un peu trop peut-être, à l'absorber, chacune de son côté.

(1) Voy. l'Activité meniale et les éléments de l'esprit, p. ol6-o24. (Paris, F. Alcan.)

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