PRÉFACE DE LA DEI'XIÈME ÉDITION XXI
la mesure où toute science l'exige. Nous admettrons donc que chaque élément du caractère exerce quelque influence sur les autres et qu'il esta son tour influencé par eux. Il y a un ajustement indéniable et une dépendance réciproque des qualités de caractère chez un individu donné. On voit même s'ébaucher quelques associations habituelles de traits de caractère, par exemple la timidité et la susceptibilité, la timidité et l'obstination, peut-être la sensualité sexuelle et la gourmandise, etc. Nous en verrons tout à l'heure la nature et la raison.
Mais il n'est pas exact, et l'expérience ne me paraît laisser sur ce point aucun doute, que le déterminisme mental prenne des formes régulières dans l'association des qualités. Déjà le déterminisme physique, quoique bien moins compliqué, n'en a pas toujours. Les explosions de mines ne produisent pas, chaque fois, des éclats identiques ; précisément parce que tout y est déterminé et que les conditions ne sont jamais absolument les mêmes, le résultat variera continuellement. De même les él.éments de la personnalité sont si nombreux et si complexes, leur influence peut s'exercer en tant de façons difl"érentes que le déterminisme de leur action ne peut donner lieu à des produits réguliers et toujours semblables. Ces éléments eux-mêmes ou leurs qualités, même quand nous les appelons du même nom, diflerent toujours d'un individu àl'autre. L'ambition de l'un n'est pas l'ambition de l'autre ni la vivacité de celui-ci celle de son compagnon. Cette diversité des éléments pris en eux-mêmes, des voisins qu'ils rencontrent, des conditions de leur activité, entraîne d'innombrables combinaisons mentales qui font de chaque individu concret un être à part. S'il ressemble aux autres hommes sur beaucoup de points, il se rapproche des uns par un côté, des autres par un autre, sans que sa ressemblance avec eux sur un point puisse garantir sa ressemblance sur des points difl'érenls. De là le caractère instable et peu régulier des associations de qualités. Un caractère afl"ectueux, par exemple, peut entraîner des dispositions à la jalousie, mais il peut aussi l'empêcher de naître ou de se développer. Il arrive que le bonheur de l'être aimé suffit à celui qui aime au point de l'empêcher de trop soufl'rir de ce qu'il ne reçoit pas de lui ce bonheur. ïnver-
sèment la jalousie implique souvent une cerfaine aflectuosité, cependant cela n'est pas absolument régulier. On peut être jaloux par amour-propre, par préjugé, par imitation, etc. Il est à remarquer qu'une qualité mentale complexe peut èlre obtenue par des associations d'éléments très divers. Pour faire un tempérament de poêle (<îe qui regarde à la fois le caractère et Tintelligence) nous rencontrotis des combinaisons extrêmement dilVérentes de qualités intellectuetles et morales. Une sensibilité afr^ctive vive, ample et expansive, jointe à quelque dédain du mélierde littérateur, une certaine élévation des idées et des sentiments, un niépris assez prononcé de l'art pour l'art, une insuClisance notoire du sens de la plastique avec un certain sentiment de l'harmonie générale du vers et une grande facilité à associer les mots aux seniiments y peuvent arriver, mais aussi un grand souci de la plastique avec un certain mépris de l'expansion sentimentale, une âme hautaine et renfermée, le culte du beau en soi elune certaine difficulté du travail. Et je crois bien qu'on pourrait reconnaître dans ces portraits un peu schématiques deux des poètes les plus célèbres du xix® siècle.
Il me semble que ces quelques exemples suifisent pour indiquer le vice des lois de coordination et de subordination que Ton voudrait trop généraliser. On voit à quelle vague pauvreté ou à quellnsassertions arbitrairesaboutirait la tentalived'étu<lier psychologi(|uement comme type concret unique et régulier le « poète » ou le « jaloux ». Il faut bien remarquer que nies exemples, loin de constituer des exceptions, représentent l'immense majorité des cas. Je ne vois pas unirait de caractère qui en implique forcément un autre, à moins que cet autre ne soit le même sous un autre nom.
I 3. — Entrons un peu plus dans le détail en examinant certains essais pour déterminer des lois de coordination. Nous y trouverons, je crois, des occasions d'en voir mieux les inconvénients et aussi de préciser mieux les faits réels qui ont pu en inspirer l'idée. M. Malapert^ a fait en ce sens, il y a quelques
(1) Malapert, Les éléments du caractère et leurs lois de combinaison, 1807. J'ai examiné ce livre d.iiis la Revue philosop/iigue (juillet 1898/ et je iuis pouf écrire cette itrelace, qucK^ues eiupiuats a mon arlicle.
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années, une tentative intéressante, mais dont les résultats me paraissent, en' somme, confirmer mes idées. Il me reproche précisément le manque de corrélation entre les dilîérents traits de caractère que j'ai étudiés et il a essayé d'établir des relations entre les modes divers de l'intelligence et de la sensibilité : « Si tous les degrés d'intelligence, dit-il, sont compiitibles avec tous les degrés de sensibilité (sauf, manifestement, les cas trop véritablement morbides), du moins telle ou telle forme d'intelligence s'accommode mieux de telle ou telle forme de sensibilité. En un mot l'apathique, le sensilif, l'émotionnel, le passionné, sont naturellement inclinés vers certaines qualités et certains défauts d'esprit ; ils sont en quelque sorte prédestinés à posséder une nature définie d'intelligence, à l'exclusion des autres. »
Pour serrer de plus près la question, M. Malapert examine quelle nature d'esprit est plus particulièrement associée à chacun des modes essentiels de la sensibilité. Chez les apathiques par exemple, la nature de la sensibilité, « si elle est trop accentuée, est très défavorable... aux acquisitions intellectuelles, à la promptitude et à la facilité de l'assimilation, à la vivacité d'esprit... ; par contre ce peut être là une aptitude favorable à l'appropriation durable, à lacompréhension. Ce qui est acquis l'est solidement et pour longtemps, la mémoire gagne en ténacité et en fidélité ce qu'elle perd en facilité et en promptitude, les associations ont le temps de se corriger les unes parles autres; et... à tous les degrés, ce qui se manifeste c'est la régularité, avec le manque de feu, d'imprévu, d'inspiration. »
Ce qui ressort de là, c'est surtout que l'intelligence est supposée avoir naturellement les qualités de la sensibilité qui prennent des noms différents selon qu'elles se manifestent dans les idées ou dans les phénomènes affectifs. C'est là une loi de corrélation qui ne mérite pas absolument ce nom, l'analogie de ce que l'on obtiendrait par exemple en biologie si l'on remarquait que les individus ayant lesjambes très solides ont, dans des cas nombreux, les bras au moins assez vigoureux. Encore ces corrélations ne sont-elles pas sûres puisque M. Malapert doit signaler des gens « qu'à certains égards on peut classer parmi les apa-
lliiques, mais chez qui l'étude, la connaissance, l'activité intellectuelle sont un besoin, un plaisir ou une passion. » Et c'est où l'on peut reconnaître encore les avantages de la classification analytique.
Viennent ensuite les corrélations simplement possibles ou douteuses : «l'attention pourra se maintenir... ce peut être une aptitude favorable à l'appréciation durable )>... etc. Et, en effet, il ne faut pas trop s'illusionner sur l'équilibre intellectuel des apathiques. Ils raisonnent souvent faux et je ne suis pas convaincu que leur mémoire « gagne en ténacité et en fidélité ce qu'elle perd en facilité et en promptitude)). Si la mémoire est tenace, ne serait-ce pas en ce qui concerne les choses qui intéressent le plus l'apathique ? Alors cette ténacité ne serait pas tant un effet de l'apathie que des exceptions qu'elle présente.
Bien entendu je ne veux pas nier que ces corrélations apparentes ou douteuses n'aient jamais rien de réel. M. Malaperten indique certainement de positives et on lira avec profit les chapitres qu'il consacre à leur recherche. Seulement le problème, sous la forme trop générale qu'il lui a donnée, ne me paraît pas comporter de solution satisfaisante, et bien qu'il en ait vu assez nettement les difficultés, M.Malapert ne leur a pas, sans doute, accordé assez d'importance.
§ 4. — M. Georges Dumas, dans une lettre privée, m"a fait aussi quelques objections à propos de la corrélation des traits de caractère, et signalé des faits intéressants. M. Dumas accepte d'ailleurs, dans son principe, ma classification des types, il pense seulement qu'une théorie des corrélations de ces types élémentaires la compléterait avec avantage. Je le penserais avec lui si cette théorie me paraissait possible et si l'expérience n'en montrait, à mon avis, la vanité.
« Je me demande, m'écrit M. Dumas, si chez des aliénés dont le caractère est souvent en évolution rapide et de formation récente, on ne pourrait pas arriver à établir quelques rapports de causalité entre les qualités d'ordre différent que vous distinguez si justement.
« Par exenjple, voici X..., un persécuté du type Lasègue que
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je vais qualifier très sommairement en me plaçant aux quatre points de vue dont vous parlez. Je dirai qu'il est :
« A. unifié, B. enlété, étroit, aveugle, G. orgueilleux, D. ombrageux, etc., etc.
« Ne pensez-vous pas que la qualité C, c'est-à-dire l'orgueil, soit ici dans une certaine mesure la cause de l'aveuglement, de l'étroitesse, de la tendance systématique à tout ramener à soi, et sans doute aussi delà susceptibilité, c'est-à-dire des qualités A, B, D?
« Voici un maniaque Y, dont je dirai qu'il est :
(( A, incohérent, B. mobile, vif, G. optimiste, D. menteur...
« Ne pensez-vous pas que, dans l'espèce, l'extrême vivacité, la suractivité des éléments, détermine l'incohérence et que A est la conséquence de B?
<( Il m'a paru résulter de ces quelques remarques que, chez mes aliénés, les qualités A, B, G sont tour à tour causes, et tour à tour résultantes, suivant les cas, et, dès lors, je me demande si je me trompe, ou si je vous ai mal compris, car je crois que vos différents cercles peuvent selon vous s'entrecouper et non s'engendrer. »
Je suis tout à fait d'accord avec M. Dumas, au contraire, sur ce point que des traits de caractère peuvent en déterminer ou en développer d'autres. Ge que je ne pense pas, c'est que cette influence prenne généralement dans l'humanité des formes régulières, forme des groupes constants de types complexes où une des qualités détermine toujours un groupement semblable des autres, de manière à fournir une base possible à la classification des caractères. J'admets parfaitement que la vivacité soit une cause d'incohérence chez l'aliéné dont parle M.Dumas. Maison ne peut en tirer une règle absolue. La vivacité peut produire l'incohérence, elle peut aussi, en certains cas, avoir des eff'ets exactement opposés. Un homme que les circonstances obligent à examiner vite une situation et à se décider vivement pense et agit mieux parfois que s'il a tout le temps de réfléchir. Le contraire se produit aussi. D'autre part et si nous considérons des personnes diff"érentes, il est des gens vifs plus équilibrés que d'autres qui sont mous, et le contraire arrive
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encore. Sans doute une vivacité excessioe, comme une lenteur excessive sont favorables à l'incohérence, mais à quoi reconnaissons-nous qu'elles sont excessives, sinon à ce qu'elles ^nuisent à la systématisation?
Au fond les corrélations restent trop individuelles. Elles sont très réelles dans chaque esprit, mais dans chacun, les conditions étant différentes, les résultats différeront aussi. Chez certaines personnes un amour naissant suscite et développe des sentiments élevés, chez d'autres il n'excite que l'égoïsme et la brutalité. L'affliction assouplit certains caractères, elle en raidit d'autres et les révolte. 11 y aune telle diversité dans les éléments des caractères, tant de difl*érence dans les conditions de leur fonctionnement que les résultats de leurs actions sont de formes très variées tout en étant aussi rigoureusement déterminées dans tous les cas. Les corrélations observées peuvent être fort intéressantes et il importe à l'étude du caractère de les relever aussi soigneusement que possible dans tous les cas observés, mais il faut ici se défler beaucoup de la généralisation.
Çà et là, cependant, on peut voir s'ébaucher certaines associations plus fréquentes que d'autres. Il est hors de doute que l'existence de certains traits de caractères aide à la formation ou au développement de cerlaines qualités, tandis qu'elle nuit à d'autres. Il arrive aussi qu'on relève des associations Assez fréquentes de qualités, facilement explicables en bien des cas. Parfois même on peut comprendre que telle personne doit présenter, malgré les apparences, tel trait de caractère, et une observation minutieuse montre en elTet que l'induction a été plus sûre que l'expérience primitive.
Mais, en certains cas, d'abord, notre prévision peut être fondée sur l'allure particulière d'une personnalité qui reste uiiitiue. Nous avons affaire à une combinaison de Irai l s fort complexes dont nous pouvons comprendre ou deviner une résultante ou une conséquence. Seulement cette combinaison concrète ne se reproduira peut-être jamais, même dans l'ensemble déjà un peu abstrait des qualités et des éléments que nous considérons, et ne peut servir de base à l'énoncé d'une loi suffisamment générale. Encore notre prévision ne saurait-elle prétendre à l'infail-
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libilité. Dans d'autres cas, si les associations et les combinaisons de traits sont plus abstraites, elles ne sont pas assez générales ni assez fréquentes pour qu'on en puisse tirer des lois universelles et des principes de classificalion, et parfois elles sont remplacées par des associations dilïerentes et même opposées. Les groupes psychiques qu'on pourrait former avec elles ne seraient ni assez importants, ni assez réguliers, ni assez coordonnés pour qu'on puisse répartir entre eux les individus. Le nombre des combinaisons possibles est aussi trop élevé et ces combinaisons sont trop compliquées, f>our que la science puisse définir à l'avance toutes ces combinaisons et même pour qu'elle y trouve quelque intérêt. Et si l'on s'en tient à quelques combinaisons relativement fréquentes on dressera une série de types qui laissera de côté une trop grande partie des individus à classer.
Voici une association de traits que j'ai plusieurs fois remarquée : les gens timides sont souvent susceptibles et rancuniers. Il est aisé de voir la raison de cette combinaison de qualités : une sensibilité vive jointe à une certaine préuccupalion de soi tend à les produire toutes les trois. Cependant elles ne sont pas inévitablementassociées, elles peuvents'isoler chacune à part, ou entrer dans d'autres combinaisons. D'ailleurs leur groupement, fùt-il constant et régulier, ne donnerait pas une caractéristique très importante et suffisante pour déterminer une classe notable de types, et enfin, à supposer qu'il en fût ainsi, nous ne pourrions associer à cette classe d'autres classes formées d'une manière analogue, et permettant, par leur ensemble, un classement général de tous les caractères.
§ 5. — Si nous tâchons maintenant de systématiser ce que nous apprend l'expérience sur les faits de coordination et de subordination des qualités et des éléments du caractère, nous arrivons, il me semble, à les ramener à deux causes principales, et l'examen de ces causes confirme ce qui vient d'être dit.
L'une de ces causes, c'est l'unité de cause, et l'autre, c'est l'unité de fin. Elles ne sont point sans rapports entre elles.
La première se montre dans les cas où un même caractère dominateur suscite et développe plusieurs qualités. La sensi-
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l»ilité vive et la préoccupnliou de soi tendent à produire, dans certaines circonstances, la timidité, la susceptibilité et la rancune. La préoccupation de soi et l'afTectivilé profonde tendent à produire la jalousie, la tendance à l'accaparement, le goût des petites coteries, de l'isolement à deux ou à un petit nombre. Une grande vivacité dans le jeu des éléments nerveux peut déterminer la tendance à la colère, l'expansion, la franchise (sous une de ses formes au moins), le courage et la témérité, Tenscmble de qualités qui correspond à peu près à ce qu'on a appelé le type sanguin. Et dans ce dernier cas surtout nous voyons t'influence de l'unité de cause, abstraction faite, autant que possible, de la finalité, les précédents pouvant se rattacher aussi bien à l'influence de l'unité de fin.
Selon la loi de l'association systématique, tout élément psychique tend à faire naître, à conserver, à développer les éléments qui peuvent s'associer à lui en vue d'une fin commune. Cette unité de fin est, on le comprend, une cause puissante d'association et de combinaison de traits de caractère. Or le& principales fins que poursuit l'esprit, consciemment ou non, et qui peuvent unir des éléments assez nombreux, ce sont la conservation de l'existence et son développement, la satisfaction des principales tendances, etc., c'est-à-dire la réalisation de certains équilibres, de certaines harmonies plus ou moins semblables et plus ou moins diflérents d'un individu à l'autre. Ainsi quand nous constatons chez une personne l'existence d'une tendance assez développée, nous pouvons être sûrs de trouver à côté d'elle un certain nombre de manières d'être, de traits de caractère qui la soutiennent. Il y a là des corrélations et des dépendances incontestables. Seulement il faut que ces^ traits de caractère qui sont subordonnés à une tendance, s'accordent aussi, tant bien que mal, avec beaucoup d'autres, et comme ces autres tendances sont nombreuses et variables d'un individu à l'autre, comme il y a aussi plusieurs façons de satisfaire la première, les groupes de traits de caractère venant soutenir celle-ci varieront infiniment selon les individus. Aussi, l'équilibre de l'esprit est-il obtenu de manières très dilTérentes. Par exemple un homme très impressionnable peut, pour éviter
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bien des heurts el des froissements, être poussé au mensonge. C'est une façon pour lui de gaider son équilibre mental, mais s'il a en même temps l'horreur instinctive ou raisoniiée du mensonge, il lui faut chercher autre chose, il se tournera alors vers une dissimulation qui ne le force pas à mentir, et lâchera de donner le change sans mentir expressément, ou bien il alTectera une sorte d'impassibilité hautaine. Et voilà des types diiïérents dérivés, selon la diversité des circonstances, d'une même cause et d'un même besoin.
Il se produit ainsi continuellement des associations et des combinaisons de traits de caiactère qui parfois se ressemblent el parfois s'opposent, car les oppositions peuvent servir à l'équilibre. J'ai étudié ailleurs qut;!(|ues-unes de ces associations qui prennent l'apparence d'un contraste assez singulier, par exemple la combinaison, queje viens d'indiquei', d'une impressionnabilité très vive avec une impassibililé apparente bien marquée, celle-ci dérivant de celle-là. Elle s'explique par une sorte de défense de l'esprit. Sa sensibilité le met à certains égards, dans un état d'infériorité, elle le rend trop vulnérable et l'expose aux attaques; alors, instinctivement, l'esprit dissimule cette sensibilité, et feint de ne rien sentir, et même, très logiquement, il se suggère de ne rien sentir et, dans une certaine mesure, il s'empêche de sentir, en sorte que la sensibilité excessive tend à s'accompagner d'une sorte d'insensibilité. De môme la poltronnerie peut tendre à faire prendre au poltron l'apparence du courage et même de la témérité, toujours dans un but de défense individuelle, et produire ou développer certains traits de caractère comme la vantardise, labrusquerie, l'arrogance, etc. Mais si les circonstances inlérieures changent, si la poltronnerie ne s'accompagne pas d'un amour-propre assez vif, ou si elle coexiste avec la timidité, la corrélation des faits change complètement, la poltroujierie produira l'hésitation, l'allure prudente et réservée, etc. Souvent la finalité est moins compliquée et plus sin)plcment appar»Mite. Par exemple, la susceptibilité peu! produire ou développer la sauvagerie, l'amour de la solitude; la vanité sûre d'elie-mêuie, au contraire, conduit à cultiver les relations de société, etc. Cependant la combinaison de
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la vanité et de rimpressioanabilité peut pousser Tindividu à un isolement voulu et alTecté. Nous retrouvons toujours et la dépendance des traits de caractère, et l'immense variété des formes de cette dépendance.
L'étude de ces corrélations est extrêmement intéressante et peut donner des résultats précieux, mais il ne faut pas lui demander ce qu'elle ne peut fournir: un principe de classification, et l'établissement d'un certain nombre de groupes où rentreraienl tous les caractères. Elle ne peut donner aux groupes de la série unilinéaire le caractère de réalité concrète qui leur manque. Ni l'unité de la cause ni l'unité de la fin ne déterminent toujours les mêmes combinaisons. Une même cause, la vivacité, peut produire la franchise expansive ou le mensonge bavard. Une même fin, le besoin de parer aux inconvénients que peut entraîner une impressionnabilité excessive, peut produire soit une fausse impassibilité, soit une disposition au mensonge. Le désir de n'avoir pas d'afTaires fâcheuses avec les autres peut engendrer, chez un homme, la crànerie et l'audace apparente qui détournent les autres de s'attaquer à lui, ou la timidité, la prudence, la réserve qui ne leur en donnera pas l'occasion. Si au lieu de considérer une cause et une fin, on en considère deux, trois, un nombre toujours croissant, évidemment le nombre des possibilités se restreint à mesure, mais à mesure aussi le groupe d'esprits qu'elles peuvent servir à déterminer va diminuant, et si nou-^ pouvions les envisager toules, "alors le groupe se réduirait à l'individu, et la valeur générale de la corrélation disparaîtrait après avoir progressivement diminué, tandis que sa précision deviendrait complète après avoir progressivement crû.
Ainsi, on voit bien s'ébaucher dans un immense fouillis de caractères rigoureusement mais irrégulièrement déterminés, certaines combinaisons de qualités et de formes d'esprit plus constantes et plus stables, mais il n'existe pas de corrélations à la fois sures et générales, en nombre suffisant pour former des groupes qui comprendraient tous les caractères. Ces groupes restent flous, mal définis, leurs mailles ne sont pas assez serrées pour retenir tous les individus, et de plus ces combinaisons